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Et si les villes régulaient la livraison du dernier kilomètre ?

Étude L’essor accéléré de nouveaux modes de livraison express va nécessairement changer les villes en profondeur. Dans sa dernière étude, la Fabrique de la cité (un think tank financé par Vinci) imagine trois scénarios possibles, tous déjà en œuvre, à des échelles différentes. Et lance l’idée d’une mutualisation des plates-formes logistiques face à l’atomisation des flux.

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Et si les villes régulaient la livraison du dernier kilomètre ?
Et si les villes régulaient la livraison du dernier kilomètre ? © Deliveroo

La mutation de la cité a déjà commencé, sous l’impulsion des Uber, Amazon, Deliveroo & co. Dans les grandes villes, les coursiers à pied, vélo, scooter, vélo-cargo, camionnettes, font désormais partie du paysage. La livraison en une heure s’impose comme un standard universel, pour le plus grand bonheur de consommateurs adeptes du "tout tout de suite". Une "ville as a service" façonnée par les start-up et géants du numérique, qui adaptent l’offre à la demande en temps réel à grand coup d’algorithmes.

 

La Fabrique de la Cité, think tank créé à l’initiative du groupe Vinci, note l’émergence de cette ville service, entièrement tournée vers la satisfaction du consommateur. Un client "aux attentes paradoxales", souligne Cécile Maisonneuve, directrice de la structure. "Il veut une ville sans bruit, sans pollution mais veut être livré rapidement et à toute heure".  Et si possible sans surcoût mais par une main-d’œuvre non sous-payée… Mission impossible.


L’auto-régulation par le marché ne suffira pas à respecter tous ces impératifs inconciliables. Le think tank imagine deux autres scénarios de réinvention de la ville… et d’appropriation de la question logistique par le pouvoir local, et la population.

 

un service public de la livraison ?

 

Le projet d'hôtel logistique multimodal dans le XVIIIe arrondissement à Paris

 

La Fabrique évoque tout d’abord une "ville plate-forme" qui se saisirait directement du sujet de la logistique du dernier kilomètre. "Il faudrait pour cela trouver du foncier, organiser les acteurs", insiste Cécile Maisonneuve – bref, faire preuve de volontarisme.

 

Le régulateur pourrait pousser le curseur de l’encadrement aussi loin qu’il le souhaite : re-création d’hôtels logistiques à proximité des centre-villes (le chantier d'un hôtel multimodal est lancé à Paris), interdiction de livraison à certaines heures, création de péages urbains pour limiter la pollution, par exemple… Une façon d’obliger les acteurs de la livraison à opter pour des modes de déplacement décarbonés. La Cité imagine même un système de "concessions logistiques locales" qui verrait certains acteurs, publics ou privés, gérer seuls la livraison dans un quartier ou un secteur précis pour limiter l’atomisation des flux.


Ce scénario butte sur plusieurs écueils. "Le consommateur final devra payer le surcoût lié à l’utilisation de véhicules non polluants", rappelle Philippe de Carné, vice-président innovation de Geodis. Cela risque de rendre la vie en centre-ville encore plus chère qu’aujourd’hui, et d’accentuer les inégalités sociales. Autre limite, les villes manquent de ressources, d’espace, et tout simplement d’envie de s’emparer du sujet. "Ce n’est pas le sens de l’histoire", tranche Jérôme Libeskind, président de Logicités, société de conseil spécialisée dans la logistique urbaine. "Les villes ont déjà beaucoup de compétences dans le domaine : qu’elles commencent à faire respecter les règles existantes avant d’en créer de nouvelles", ajoute Laetitia Dablanc, directrice de recherche à l’Institut français des sciences des transports (IFSTTAR).

 

Une ville davantage centrée sur elle-même

 

Etude autour d'une ferme urbaine par le cabinet d'architectes SOA

 

Les villes ont un autre levier d’action, qui a l’avantage de s’appuyer sur l’intelligence collective: leur capacité de résilience. Consommer local, favoriser l’économie circulaire, le recyclage, donc éviter l’importation de produits et les déplacements de marchandises inutiles. La Fabrique de la Cité parle de "rooted city" ou de  "ville territoire", un "territoire centré sur lui-même sans aller jusqu’à l’autosuffisance", explique Cécile Maisonneuve. C’est la ville des fabs labs, de l’impression 3D, des recycleries et repairs cafés, de l’agriculture urbaine connectée et parfois verticale.

 

révolutionner la voirie

D’autres concepts développés par le think tank, qui publiera bientôt son étude complète, conviennent à l’un ou l’autre des scénarios. L’idée de mieux partager la voirie, avec des espaces plus modulaires dont la vocation évolue selon les heures (stationnement, circulations douces et livraison… ) est largement partagée. Le principe de plates-formes logistiques automatisées, où drones et robots trouvent leurs places, s’impose également. Autant d’ingrédients et d’idées dans lesquels les décideurs et acteurs économiques peuvent piocher pour concevoir le "mix logsitique" idéal.

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