Actualité web & High tech sur Usine Digitale

[Etude] FaberNovel ouvre le moteur de Tesla

Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Étude C'est au tour de Tesla d'être décryptée par le cabinet spécialisé en innovation, FaberNovel. La spécificité de cette entreprise est de mixer originalité de la vision, utilisation du logiciel et industrialisation. Car chez Tesla, il n'y a pas que les moteurs qui sont hybrides, le modèle économique l'est fondamentalement. Qu' Elon Musk réussisse ou non son pari, il aura réussi à "disrupter" non pas un mais trois secteurs : l'automobile, l'énergie et le logiciel.

FaberNovel ouvre le moteur de Tesla
Qu'il réussisse ou non, Elon Musk aura montré qu'il est possible de repenser de fond en comble l'automobile. © Tesla Motors

Le mérite de l’étude que FaberNovel (sobrement intitulée Uploading the future) consacre à Tesla est de s’éloigner des annonces quotidiennes et autres polémiques soulevées par son créateur pour capter la "big picture". Ou comme on dit en bon français de remettre en perspective la stratégie suivie par la firme d’Elon Musk, au-delà des annonces permanentes qui alimentent le fameux bruit de fond, parfois appelé buzz. L’ambition des auteurs qui y ont travaillé pendant plusieurs mois, assurent-ils, est de capter ce qui fait la spécificité de Tesla, et de le rendre intelligible et "utilisable par les industriels dans la conduite de leurs affaires", indique Kevin Echraghi, le principal auteur.

 

Ce qui rend l’entreprise insaisissable à l’analyse sectorielle classique, c’est qu’elle se situe au confluent de trois industries existantes : l’automobile, le logiciel et l’énergie. Voir en Tesla un concurrent de Ford ou de Renault, ce serait donc rater une bonne partie du projet. Un peu comme quand on continuait à considérait Apple comme un fabricant d’ordinateurs au moment où il lançait iTunes et révolutionnait le marché de la musique. Pour le coup, assure-t-on chez FaberNovel, pour comprendre Tesla, il faut sortir des cadres traditionnels : disrupter sa façon de penser en quelque sorte.

 

La singularité de Tesla pour les auteurs tient à l’articulation de trois éléments : l’entreprise a développé simultanément une vision, un système industriel et un réseau de logiciels. Tesla, ce n’est pas un des trois, c’est l’articulation originale et pensée des trois éléments.

 

Avoir une vision ça rapporte

Au commencement donc était la vision du fondateur de Tesla. Ne demandez pas à Musk s’il fabrique des voitures ou des batteries, son projet est tout autre, plus ambitieux. "Avoir une vision ambitieuse est un moteur efficace,  explique Kegin Echraghi. Tesla veut accélérer la transition du monde vers les énergies renouvelables." C’est cette vision que l’entreprise a réussi à partager avec ses financiers, ses clients actuels et à venir, mais aussi ses salariés actuel.. et à venir. Grâce à cela, assure l’étude de FaberNovel, Tesla arrive, par exemple, à attirer des ingénieurs diplômés de Stanford qu’il paie moitié moins que les normes californiennes. L’entreprise leur vend la participation à un projet mobilisateur.

 

Idem pour les actionnaires qui pour le moment acceptent de ne pas avoir de dividendes, Tesla ayant fait le choix d’invertir encore et encore dans le développement de ses produits. Et pour le moment ça marche : l’entreprise est la première capitalisation boursière du secteur automobile. Cela a de quoi surprendre quand l’expert de FaberNovel rappelle que GM vend 10 millions de voitures par an et Tesla en a vendu 76 000 l’an dernier. Pour expliquer cet écart, on dira que les boursiers investissent sur les perspectives d'avenir d'un modèle qui les a séduits.

 

L'industriel dans la Valley

Mais ce qui fait la singularité de Tesla par rapport aux autres géants californiens, c’est son ancrage dans le monde physique.  "Tesla a créé un véritable système industriel", résume Kevin Echraghi.  Tout n’y est pas que datas et signes : Tesla est aussi un industriel qui peut aller à l’encontre des règles du secteur, par exemple en ayant une production très intégrée, quand la plupart des constructeurs ont fait le choix de sous-traiter le plus possible (Tesla réfléchit à vendre des assurances). Autre "disruption" de Tesla : la marque a commencé par commercialiser une version luxueuse, les recettes servant à financer un modèle moyen de gamme et ainsi de suite. L’autre révolution apportée par Tesla concerne l’intégration du logiciel dans la voiture, qu’il améliore en permanence. Là où jusque-là il fallait acheter le dernière modèle pour avoir les ultimes progrès. Tesla en mettant en jour son OS régulièrement améliore l’expérience de conduite de ses conducteurs.

 

C’est là que l’on voit que le modèle de Tesla est aussi une hybridation du monde automobile et de celui du logiciel. "Le logiciel est au cœur de la voiture et pour comprendre le modèle Tesla, il faut comprendre que Tesla accumule des données qui servent à améliorer son service et donc font vendre davantage de voitures qui produiront davantage de données … pour arriver à la voiture autonome", explique Kevin Echraghi, décryptant l’effet de réseau sur lequel parie Tesla. De même le "logiciel" est utilisé pour optimiser l’emplacement des lieux pour recharger les batteries. Surtout, le "logiciel" est au cœur du projet de voiture sans conducteur. A terme "il remplacera le chauffeur et cela aura d’importantes conséquences ", assure l’auteur de l’étude. Comme la voiture classique a modelé nos vies, la voiture sans chauffeur aura un impact sur les vies et donc sur la société : c’est plus de temps libre pour chacun, plus de sécurité, moins de morts…

 

Le logiciel dévore la voiture

De même, grâce au logiciel, Tesla est en train de créer un réseau de voitures connectées qui pourrait, à terme, changer son modèle économique. Il est tout à fait possible d’imaginer que demain un salarié, au lieu d’immobiliser sa voiture dans un parking, proposera à des tiers de l’utiliser pendant la journée. Ainsi, il pourra obtenir des revenus qu’il partagera avec Tesla.

Telles sont les ambitions de la société d’Elon Musk. Comme l’a souligné en présentant l’étude Stéphane Distinguin, rien ne dit qu’il réussira ou non. Mais ce n’est pas là le plus important. Ce qui compte, c’est de comprendre comment cette entreprise est en train de remodeler plusieurs secteurs économiques et au-delà la manière d’appréhender le transport en général.

 

8000 dollars par minute

Les principaux défis auxquels doit faire la firme d’Elon Musk concernent d’abord l’industrialisation. Elle doit réussir à produire et vendre les 300 000 exemplaires promis de son Model 3. Même avec ses usines hyper automatisées, l’entreprise peine à assurer le rythme et brûle du cash entre-temps. Les analystes ont estimé que Tesla dépensait 8000 dollars de cash par minute ! A terme, c’est la vision du fondateur qui pourrait être aussi critiquée. D’aucuns pensent que la voiture qu’il promeut et produit pollue autant que les voitures thermiques, pollution à laquelle il faut ajouter celles des métaux lourds utilisés.

 

C’est une véritable course de vitesse qui est engagée par les ingénieurs et le fondateur de Tesla pour montrer que sa vision était la bonne malgré les critiques. "Comme beaucoup d’acteurs du numérique, Tesla montre que les frontières entre les industries n’ont plus de raison d’être", explique Stéphane Distinguin. En énonçant les six théorèmes de Tesla, FaberNovel ambitionne de les mettre à la disposition de tous les industriels pour qu’ils les assimilent enfin.

 

L'intégralité de l'étude FaberNovel/Gafanomics sur Tesla Uploading the future  peut être consulté ICI

 

 

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

media

Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l'utilisation des cookies.OK

En savoir plus
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale