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Evènements numériques : l'overdose est proche

Les évènements sur le numérique pullulent mais ne se renouvellent pas. Même fond, même forme… Les participants risquent l'overdose, pour le conseiller en stratégies de l’innovation et auteur du blog Opinions Libres Olivier Ezratty, qui donne un coup de pied dans la fourmilière.
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Evènements numériques : l'overdose est proche
Evènements numériques : l'overdose est proche © wikimedia commons

Juin 2015 était à l’image des derniers mois : une hypertrophie d’événements autour du numérique : Big de Bpifrance, université numérique du Medef, Cross vidéo days, Futur en Seine, conférence du numérique de Paris, assemblée générale de l'EBG et conférence Hellow Tomorrow pour ne citer que les plus importants, et uniquement sur Paris. C’est une véritable overdose d'événements sur le numérique, mis à toutes les sauces sponsorisées. Et ce n'est pas lié qu'au maelström traditionnel du mois de juin qui précède la torpeur estivale française !

Comment interpréter cette surdose d’événements ? Bulle entrepreneuriale, bulle de l'innovation ouverte, bulle de la transformation numérique, bulle du baratin sur le digital, bulle des événements IRL qui décrivent la manière de s’en passer ou bulle des bulles qui s'additionnent les unes aux autres ? Même les bons intervenants que l'on voit souvent ont tendance à s'user dans la niaque oratoire ! On radote, comme sur le risque dans la culture française.

Le silence devient rare

La bonne parole se doit d'être rare. L'orgie de parole et d'écrits les banalise. Le silence de la réflexion devient la rareté du moment. Chut ! Shut down ! Ou dure sera la chute ! Comme après l’éclatement de la bulle Internet en 2001, on pourrait assister d’ici peu à une décrue de ce déluge d’événements. Des intervenants de renom et de qualité s'expriment pourtant dans ces différents événements et font l'affaire. Le principal écueil vient du format des conférences qui ne se renouvèle pas assez.

Le pire ? Les conférences articulées principalement autour de tables rondes avec des intervenants qui ne sont pas leur propre patron et ne prennent pas beaucoup de risques. Certains des orateurs sont des sponsors que l'on ne bouscule pas trop car ils financent l’événement en question. Conséquence : l'humour et l'autodérision sont bien rares !

inviter des prix Nobel

Les interventions sont aussi trop courtes. On demande aux startups de se présenter en 10, puis 5, voire trois ou une minutes. Ce qui témoigne d’un manque de respect pour leur travail. Surtout si dans le même temps, les elevator pitch ont été précédés d’interminables préliminaires d’intervenants d’entreprises traditionnelles ou de notables locaux.

La scénographie de ces événements mérite d'être encore plus revisitée que le casting ! Les recettes sont pourtant connues : alterner les formats d’intervention, les agrémenter visuellement, mettre en avant les intervenant qui prennent le risque de provoquer, assembler dans les tables rondes des intervenants qui ont des positions très différentes, intégrer des interventions qui vont élargir la perspective comme celles de sociologues, chercheurs ou même des prix Nobel, inviter des étrangers et notamment des anglo-saxons, ne pas hésiter à faire venir des artistes et intégrer un bon habillage musical à la conférence. Une bonne partie de ces recettes ne nécessite pas de moyens financiers importants. Alors, qui dit mieux ?

Olivier Ezratty, conseil en stratégies de l’innovation, auteur du blog Opinions Libres

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