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Exclusif : Les 3 pistes du rapport d'audit pour sortir STMicroelectronics de la crise

mis à jour le 26 octobre 2015 à 08H13
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Exclusif Le rapport d’expertise du cabinet Secafi, commandé par le Comité central d’entreprise de STMicroelectronics, épingle la stratégie de la direction. Et propose trois pistes pour sortir le groupe de la crise, sans vendre ni arrêter l’activité déficitaire de circuits numériques.

Exclusif : Les 3 pistes du rapport d'audit pour sortir STMicroelectronics de la crise
Exclusif : Les 3 pistes du rapport d'audit pour sortir STMicroelectronics de la crise © Pascal Guittet

C’est une véritable leçon de stratégie donnée à Carlo Bozotti. Le rapport d’expertise, commandé par le comité central d’entreprise de STMicroelectronics au cabinet Secafi et dont nous nous sommes procuré les conclusions, ne nomme pas le PDG du fabricant franco-italien de semi-conducteurs. Mais il épingle son action qui se traduit "depuis 10 ans, par la sortie des mémoires, de la télévision et des mobiles, et depuis 2 ans, par le ralentissement de ST et la baisse de ses marges dans toutes ses lignes de produits à l’exception des microcontrôleurs."

 

Il dénonce aussi "la priorité donnée depuis 10 ans au contrôle des budgets et des coûts, sans visions des marchés et des produits" et "une stratégie et une direction auxquelles n’adhèrent plus la grande majorité des salariés." Autant de critiques qui rejoignent, sans surprise, celles des syndicats et même celles de Bercy.

 

Circuits photoniques épargnés

Ce rapport fait le point sur l’activité DPG (Digital Product Group) pour laquelle la direction explore différentes options pour mettre fin à ses pertes chroniques. Cette activité englobe trois familles de circuits numériques avancés : les composants pour décodeurs et passerelles télécoms, les Asic (circuits intégrés à la demande) et les circuits photoniques (capteurs d’images, de luminosité, etc.) pour applications spécifiques. Elle représente près de 3000 personnes dans le monde, dont 1430 en France, et 15% du chiffre d’affaires de 7,4 milliards de dollars en 2014.

 

Les circuits photoniques semblent épargnés. Les remises en cause envisagées par la direction concernent surtout les circuits pour décodeurs et passerelles télécoms, qui constituent l’essentiel de l’activité DPG (1900 personnes dont 1030 en France) et le principal foyer de pertes. C’est sur ce segment que Secafi concentre ses réflexions.

 

Le cabinet reconnaît les difficultés de STMicroelectronics sur un marché dominé par l’américain Broadcom et en pleine transformation avec le développement des services de vidéo en ligne (Netflix, Apple TV, etc.) et la consolidation des équipementiers. Il rejette cependant les options de fermeture et de vente. Ces serait "perdre 1000 emplois très qualifiés en France et les compétences nécessaires pour rebondir sur des marchés émergents comme les serveurs ou l’Internet des objets, et, à terme, mettre les autres activités de ST en difficultés." Il propose trois pistes de sortie de crise.

 

1. Redimmensionner l’activité dans les décodeurs

A en croire Secafi, STMicroelectronics pourrait retrouver la rentabilité dans les circuits pour décodeurs en réduisant l’activité de moitié à environ 800 personnes. Le groupe dispose de deux atouts : une technologie FD-SOI (silicium sur isolant) plus avantageuse que celle en silicium massif de ses concurrents, et de grands clients potentiels en France, dont Technicolor et Sagemcom.

 

Le redressement est possible à condition toutefois d’investir davantage en R&D, de remotiver les équipes et d’aplanir l’organisation pour reconquérir les clients perdus à cause de problèmes de "time-to-market" ou de produits inadaptés.

 

2. Se Redéployer sur des marchés émergents

Le cabinet Secafi invite STMicroelectronics à mettre le cap sur les marché émergents en redéployant 600 des 800 personnes retirées du segment des décodeurs sur quatre segments particulièrement porteurs : 400 personnes dans l’Internet des objets, 100 dans les systèmes d’aide à la conduite automobile et 100 dans les composants de gestion de la puissance. Quant aux 200 personnes restantes, il propose de les transférer à la division des microcontrôleurs, une activité en forte croissance et qui intéresse aussi les marchés émergents.

 

Les opportunités s’annoncent alléchantes. Rien que l’Internet des objets offre un marché estimé par Gartner à 43,5 milliards de dollars en 2020, dont près de la moitié en microcontrôleurs et processeurs embarqués. Mais pour réussir ce redéploiement, STMicroelectronics devrait passer d’une approche de composants à celle de systèmes, à l’instar de Qualcomm, Intel ou Samsung. Il devrait également se renforcer dans le logiciel pour accompagner le mouvement de numérisation à l’œuvre dans tous les secteurs.

 

3. Aplanir l’organisation

STMicroelectronics souffre d’un cloisonnement historique entre la partie française à dominante numérique et la partie italienne à dominante analogique. Un problème accentué par l’organisation fin 2013 de l’entreprise en deux pôles d’activités. D’un côté, EPS (solutions de traitement embarqués) dirigé par Jean-Marc Chery, également numéro deux du groupe en tant que COO (directeur des opérations). De l’autre, SPA (capteurs, puissance et produits pour automobile), dirigé par Carlo Bozotti lui-même.

 

Le hasard fait que cette organisation bicéphale coïncide avec le découpage géographique de la société, accentuant la séparation entre les parties française et italienne. Le rapport de Secafi suggère de casser ce silotage en mettant en place une nouvelle organisation favorisant les liens et les coopérations internes. Car l’approche système, réclamée par les marchés émergents comme l’Internet des objets nécessite, de faire travailler ensemble différentes divisions du groupe.

 

Une urgence : renouveler la direction

Ces propositions vont-elles inspirer Carlo Bozotti ? Pas sûr. Car le droit d’alerte, exercé par le comité central d’entreprise le 6 octobre 2015 sur la base de cette expertise, se limite à STMicroelectronics France. Mais le rapport de Secafi conforte la position des syndicats et, paradoxalement, celle de Bercy, qui exige de la direction une autre stratégie "offensive". Il conclut par l’urgence "de renouveler l’équipe de direction, de redonner du sens et une motivation aux équipes et de stopper l’hémorragie des pertes de compétences".

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