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Facebook et autres doivent-ils vraiment camoufler leur volonté de conquérir le monde en mission humanitaire ?

La connectivité revendiquée comme un droit de l’homme. Mark Zuckerberg n’y va pas par quatre chemins pour lancer son projet Internet.org, dont il a fait la promotion en exclusivité sur la chaine d’information américaine CNN.
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Facebook et autres doivent-ils vraiment camoufler leur volonté de conquérir le monde en mission humanitaire ?
Facebook et autres doivent-ils vraiment camoufler leur volonté de conquérir le monde en mission humanitaire ? © Pascal Guittet

Avec Ericsson, Mediatek, Nokia, Opera, Qualcomm et Samsung, le patron de Facebook veut connecter les quelque 5 milliards d’individus qui n’ont pas encore de connexion à Internet dans le monde. Comprenez les 5 milliards d’adultes qui ne sont pas encore sur Facebook (le réseau a dépassé le milliard d’inscrits l’an dernier). 

Pour atteindre cette population globalement plus pauvre que celle qui est déjà connectée (qu’il s’agisse des pays d’Afrique subsaharienne ou des populations en difficulté au cœur même des USA). Mark Zuckerberg a lancé son projet Internet.org, en lui donnant trois objectifs : rendre l’accès à Internet plus abordable, utiliser les données plus efficacement et favoriser le développement de modèles économiques adaptés. Peu de détails pour l’instant, et c’est un euphémisme : les partenaires "développeront des projets conjoints, partageront leurs connaissances et mobiliseront l’industrie et les gouvernements pour que le monde entier soit en ligne”. Au-delà des membres fondateurs, Internet.org en appelle aussi aux opérateurs mobiles – qui joueront un rôle central dans le dispositif, même si ils en sont nommément absents pour l’instant - à l’éducation et aux ONG.

Récolter les données échangées par ces nouveaux mobinautes

L’intention est louable. Sans doute. Si l’on est convaincu que le bonheur est (entre autres) dans la connectivité bien sûr. Reste que cette initiative permettra aussi à tous ses protagonistes de récolter toutes les données échangées par ces nouveaux mobinautes. Même si elles ne sont pas nominatives, ces informations sont la clé de la réussite économique des géants de l’Internet. Les habitants des pays développés, et par conséquent connectés, commencent à peine à se rendre compte de la quantité de données qu’ils partagent en le sachant ou sans le savoir… Même si le scandale Prism les y a un peu aidés. Il n’y a que peu de raisons pour que les nouveaux internautes ne soient pas source d’informations pour Facebook et ses partenaires. Et sans aller jusque-là, si Internet.org promet une connexion à Internet ou un accès aux données "abordables", il ne les promet nullement gratuits. Ils seront donc source de revenu quoiqu’il arrive pour les membres du groupe. On notera d’ailleurs qu’aucun concurrent de Facebook ne fait partie de l’initiative…

Après tout, ces entreprises font du business. Et quoique l’on en pense, elles ne devraient pas avoir honte de vouloir en faire. Alors pourquoi s’évertuer à camoufler leur expansion vers les populations émergentes, en particulier, en mission humanitaire ?… Et à ce sujet, il ne faut pas jeter la pierre au seul Mark Zuckerberg. Google, par exemple, y va aussi de son projet Loon, basé sur des ballons wi-fi, destiné à fournir Internet pour tous…

Au Mobile World Congress 2012, la grand-messe de la téléphonie mobile, de nombreux acteurs affichaient leur volonté d’atteindre le "next billion". Traduisez le prochain milliard d’utilisateurs. Choquant au premier abord, l’idée de vouloir vendre des téléphones et des connexions à ces populations moins favorisées était au moins affichée de façon transparente.

Emmanuelle Delsol

 
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