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Facebook, Google et d'autres somment Clearview AI de ne plus utiliser leurs images

Vu ailleurs Clearview AI a mis au point un dispositif de reconnaissance faciale permettant d'identifier l'auteur d'une infraction à partir d'une simple photo confrontée à une base de données de trois milliards d'images. Mais les pratiques de la start-up américaine, qui revendique 600 clients dont le FBI et une poignée d'entreprises privées spécialisées dans la sécurité, suscitent la polémique. Twitter, Google, Facebook, Venmo et LinkedIn ont mis en demeure l'entreprise pour qu'elle mette un terme à toute collecte d'images sur leurs sites respectifs. 
mis à jour le 07 février 2020 à 14H23
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Facebook, Google et d'autres somment Clearview AI de ne plus utiliser leurs images
Facebook, Google et d'autres somment Clearview AI de ne plus utiliser leurs images © Pixabay/geralt

Mise à jour le 07/02/2020 : Dans un article publié le 5 février 2020, CBS a révélé que Twitter, Google, Facebook, Venmo et LinkedIn ont mis en demeure la start-up Clearview AI pour qu'elle mettre un terme à toute collecte d'images sur leurs sites respectifs. Google, propriété de YouTube, a par exemple expliqué que "le règlement de YouTube interdit explicitement de collecter des données qui puissent être utilisées pour identifier une personne". De son côté, le fondateur de Clearview, Hoan Ton-That, a affirmé que sa société agissait en toute légalité : "notre système est conçu pour ne prendre que des informations disponibles publiquement". 

 

Article original : L'utilisation de la reconnaissance faciale par les forces de l'ordre interroge autant qu'elle inquiète. D'un côté, le recours à cette technologie pourrait permettre d'identifier plus facilement des délinquants, d'un autre elle est aujourd'hui loin d'être un outil parfait. Certaines entreprises ne s'embêtent pourtant pas trop de ces considérations, comme le révèle une enquête du New York Times publiée le 18 janvier 2020. La start-up américaine "Clearview IA" a créé un outil de recherche reposant sur la reconnaissance faciale. Baptisé "Clearview", le dispositif permet de rechercher puis identifier plus facilement les auteurs d'infraction.

 

600 clients dont le FBI

Le dispositif a un fonctionnement très simple : vous prenez une personne en photo, téléversez l'image et pouvez alors consulter des photos correspondantes de cette personne ainsi que les sites d'où les proviennent. L'outil de recherche repose sur l'existence d'une base de données regroupant trois milliards de photos aspirées depuis Facebook, Venmo et YouTube principalement. Et chaque photo prise et téléchargée ne fait qu'agrandir la base. Pour pouvoir utiliser l'outil, il suffit de s'inscrire via un formulaire assez classique (mail, numéro de téléphone, nom, prénom, fonction…), mais le site spécifie bien que Clearview ne s'adresse qu'aux personnes spécialisées dans l'application des lois.

 

"La technologie de Clearview a aidé les forces de l'ordre à traquer des centaines de criminels en général, notamment des pédophiles, des terroristes et des trafiquants sexuels", peut-on lire sur le site de la jeune pousse. Créée par l'Australien Hoan Ton-That, l'entreprise américaine revendique aujourd'hui 600 clients. Des centaines d'agences gouvernementales américaines utiliseraient déjà cet outil de recherche, dont le Federal Bureau of Investigation (FBI), plus une poignée d'entreprises privées spécialisées dans la sécurité.

 

Les autorités américaines utilisent cet outil

Interrogées par le NYT, les forces de l'ordre américaines ont affirmé qu'elles ne connaissaient que très peu le fonctionnement de "Clearview" mais qu'elles avaient déjà utilisé cet outil pour résoudre des affaires de vols à l'étalage, de vols d'identité, de fraude par carte de crédit, de meurtre et d'exploitation sexuelle des enfants. Le site de la jeune pousse va jusqu'à afficher le témoignage d'un policier canadien, spécialisé dans les crimes sexuels, déclarant que "Clearview est de loin la meilleure chose qui soit arrivé pour aider les victimes au cours des 10 dernières années. En une semaine et demie d'utilisation, nous avons procédé à huit identifications de victimes ou de délinquants". Sans plus de précision, difficile d'attester de la véracité de ce témoignage. 

 

De nombreuses inquiétudes

Les experts sollicités par le NYT sont unanimes : cet outil pourrait s'avérer très dangereux. "Les possibilités de militarisation sont infinies. Imaginez un gouvernement étranger qui l'utilise pour creuser des secrets sur les gens pour les faire chanter ou les jeter en prison", a expliqué Eric Goldman, co-directeur du High Tech Law Institute de l'Université de Santa Clara. Même son de cloche du côté de Clare Garvie, chercheuse au Centre de confidentialité et de technologie de l'Université de Georgetown. "Nous n'avons aucune donnée pour suggérer que cet outil est précis. Plus la base de données est grande, plus le risque d'identification erronée l'est aussi (…). Ils parlent d'une énorme base de données de personnes qu'ils ont trouvées au hasard sur Internet", indique-t-elle.

 

La Californie avait déjà montré une certaine réticence à laisser des technologies de reconnaissance faciale dans les mains des forces de l'ordre. Début octobre 2019, l'Etat a adopté la loi "AB 1215" qui a proscrit l'utilisation de la reconnaissance faciale dans les caméras corporelles portées par les policiers.

 

Et en France ?

Et en France, les forces de l'ordre pourraient-elles utiliser "Clearview AI" ? Juridiquement, la reconnaissance faciale est un "traitement automatisé" de l'image d'une personne, laquelle constitue une donnée personnelle. A ce titre, un organisme souhaitant mettre en place un tel système devra respecter toute la réglementation relative au traitement des données personnelles.

 

En principe, ces règles interdisent les traitements de données biométriques aux fins d'identification d'une personne physique de manière unique. Mais elles prévoient, dans le même temps, trois exceptions : lorsque la personne concernée donne son consentement, lorsque le traitement porte sur des données à caractère personnel qui sont manifestement rendues publiques par la personne concernée et lorsque le traitement est nécessaire pour des "motifs d'intérêt public important". L'arrestation d'un délinquant ne pourrait-elle pas être un "motif d'intérêt public important ?

 

Reste que la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) veille au grain. Dans une note explicative publiée en novembre 2019, elle rappelle que "s'il peut exister des cas légitimes ou légaux d'usage de la reconnaissance, ils ne doivent pas conduire à penser que tout est souhaitable ou possible". Mais les choses prendront sûrement plus de temps en Europe. En effet, la Commission européenne a récemment fait savoir qu'elle envisageait une interdiction temporaire – de trois à cinq ans – mais totale de la reconnaissance faciale en attendant d'instaurer des garde-fous.

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