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Facebook veut faire du "privacy by design" un avantage concurrentiel dans l'AR/VR

Vu ailleurs Facebook veut désormais favoriser le Privacy by Design dans la conception de ses produits de réalité virtuelle et augmentée, quitte à réduire ses exigences en matière d'expérience utilisateur. C'est le sujet d'un mémo interne écrit par Andrew Bosworth, qui dirige les efforts AR/VR au sein de l'entreprise américaine.
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Facebook veut faire du privacy by design un avantage concurrentiel dans l'AR/VR
Facebook veut faire du "privacy by design" un avantage concurrentiel dans l'AR/VR © Facebook Reality Labs

Andrew Bosworth, VP of AR/VR chez Facebook, a publié fin décembre une note interne intitulée "The Big Shift" dans laquelle il plaide pour une meilleure prise en compte de la confidentialité des utilisateurs. Obtenu par OneZero, ce mémo demande aux employés de la firme de prioriser la vie privée dans le développement de nouveaux produits, même si cela se fait au détriment de l'expérience utilisateur.

Favoriser le Privacy by design
Ainsi, à partir de janvier 2021, "au lieu d'imaginer un produit et de l'adapter pour qu'il correspond aux dernières normes en matière de confidentialité et de sécurité des données (…) nous partirons du principe que nous ne pouvons collecter, utiliser ou stocker aucune donnée", détaille Andrew Bosworth. Il ajoute qu'il incombe à Facebook de "démontrer pourquoi certaines données sont vraiment nécessaires pour que le produit fonctionne".

Cette approche de "Privacy by Design", au cœur du Règlement général sur la protection des données, va devenir très importante sur le marché de la réalité virtuelle dans lequel Facebook s'est taillé une place de choix grâce à sa marque Oculus, rachetée en 2014. Et elle sera sans aucun doute déterminante pour s'imposer sur le marché présumé beaucoup plus large des lunettes de réalité augmentée, qui ne décollera pas avant encore plusieurs années.

En effet, la réalité virtuelle et augmentée ouvre de nouvelles fenêtres plus intimes sur le comportement des utilisateurs et peut impliquer de devoir utiliser certaines données biométrique des utilisateurs. Par ailleurs ces technologies s'appuient sur la visualisation en temps réel de l'environnement de l'utilisateur (son domicile par exemple), ce qui a beaucoup d'implications en matière de respect de la vie privée. Conscient de son déficit d'image de marque en matière de protection des données personnelles, Facebook ne veut surtout pas sous-estimer cette problématique.

La société mène d'ailleurs un projet de recherche, baptisé Aria, dont l'objectif est d'évaluer les défis technologiques et sociétaux liés à l'avènement de lunettes de réalité augmentée. Les lunettes Aria, dédiée à l'amélioration de Live Maps, seront uniquement portées par les employés et uniquement sur les campus de Facebook et à leur domicile.

S'inspirer de Microsoft
Mais Andrew Bosworth veut aller encore plus loin et faire du respect de la vie privée un avantage concurrentiel. "Laissons les autres entreprises se démener pour nous suivre", écrit-il dans sa note interne. A ce titre, il estime que Facebook devrait s'inspirer de la démarche de Microsoft, société dans laquelle il travaillait en tant que développeur au début des années 2000.

Microsoft a su restaurer son image de marque, à l'époque très négative en matière de sécurité informatique, grâce à d'importants efforts supplantant toute autre considération. "Aujourd'hui, Microsoft est considéré comme fournisseur de logiciels le plus digne de confiance au monde (…) Nous devons devenir les leaders incontestés dans la fourniture de logiciels respectueux de la vie privée", juge-t-il.

Encore beaucoup d'affaires à régler
Mais Andrew Bosworth est conscient que le chemin est encore long car Facebook est encore très souvent pointé du doigt pour sa mauvaise gestion des données personnelles. L'une des dernières affaires est la disparition des comptes utilisateurs Oculus au profit de comptes Facebook. Face aux préoccupations soulevées par les autorités allemandes quant à la légalité de ce changement, l'entreprise avait annoncé début septembre dernier qu'il interrompait temporairement la vente des casques de réalité virtuelle Oculus en Allemagne.

Facebook est également au cœur d'une controverse sur la nouvelle politique de confidentialité de WhatsApp, l'une de ses filiales. Finalement repoussées à fin mai 2021, ces nouvelles règles vont obliger les utilisateurs de la messagerie à accepter que certaines de leurs données soient transférées vers les entités du groupe Facebook.

Sur le bon chemin
Néanmoins, malgré ces affaires, le VP of AR/VR en est persuadé : Facebook est sur le bon chemin. "Nous devons nous sentir fiers du changement que nous entreprenons et confiants dans notre capacité à le mener à bien", conclut-il. Il faut dire que l'enjeu est majeur pour l'entreprise. Elle est certes technologiquement et commercialement très en avance par rapport à la concurrence, aussi bien avec ses produits déjà sur le marché (Oculus Quest 2) qu'avec ses nombreux projets de recherche (Codec Avatars, prototypes Half Dome).

Cependant, à mesure que la viabilité de ces marchés se confirme et que les technologies arrivent à maturité, une concurrence redoutable va émerger. C'est notamment le cas d'Apple, qui travaille aussi sur l'AR/VR depuis plusieurs années. Et ne soignant pas son image de marque, sévèrement écorchée depuis cinq ans, Facebook courerait le risque de voir le marché lui échapper au profit d'acteurs en lesquels le grand public à plus confiance. Facebook ne peut pas se le permettre, et c'est pourquoi Andrew Bosworth veut changer la donne.

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