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FENS2015 : Comment remettre le citoyen au coeur de la transformation durable des villes

Valérie Peugeot, chercheuse pour les Orange Labs, démarre un projet de documentation des initiatives utilisant le numérique qui remettent le citoyen au cœur de la transformation durable des villes. Elle l’évoquera à Futur en Seine le samedi 13 juin.

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Remettre le citoyen au coeur de la transformation durable des villes
FENS2015 : Comment remettre le citoyen au coeur de la transformation durable des villes © Flickr c.c. Alcatel-Lucent

L’équipe de Valérie Peugeot, chercheuse en sciences humaines et sociales pour les Orange Labs, vient tout juste d’entamer un projet de recherche destiné à observer la façon dont les différents acteurs impliqués dans la transformation des villes s’engagent dans la question du changement climatique, en particulier avec le numérique… Un thème qu’elle évoquera à l’occasion de la table ronde "La ville, laboratoire de la transition numérique" organisée par Futur en Seine le 13 juin.

 

Le citoyen, parent pauvre de la transformation des villes


Selon la chercheuse, les parties prenantes dans la transformation des villes en vue d’un impact sur le changement climatique ont changé au fil du temps. Après le tournant du sommet de Rio en 1992, une démarche très classique a opposé d’un côté, des gouvernements qui se réunissaient dans de grandes manifestations, et de l'autre la société civile, avec une posture d’opposant, puisqu’elle ne possédait pas les clés pour apporter les réponses. Puis se sont ajoutés les très impliqués acteurs territoriaux et enfin, les entreprises avec des solutions technologiques "smart cities" , comme IBM et autres Cisco, puis des start-up.

 

"Mais dans cette diversification des acteurs, note Valérie Peugeot, le parent pauvre reste le citoyen. On organise des réponses sans l’associer." Pour la chercheuse, c’est toute l’histoire de l’urbanisme que l’on retrouve avec cette approche du haut vers le bas. Même avec les meilleures intentions du monde.

 

des approches encore trop top-down


Un constat global auquel Valérie Peugeot tient néanmoins à apporter quelques nuances. "Les acteurs ont compris qu’ils ne pourraient pas réussir sans associer les habitants. Et ce qui nous intéresse dans notre projet, c’est de regarder les dispositifs numériques qui existent ou vont exister pour aider les habitants à être individuellement ou collectivement parties prenantes."

 

Paradoxalement, malgré le web et le peer-to-peer, les infrastructures identifiées sont de nouveau centralisées et les outils restent principalement top-down. "On crée par exemple de grands tableaux de bord pour collecter toutes les données, constate-t-elle, avec une espèce de vision panoptique de la ville, très anachronique à l’ère du web 2.0. Comme si l’on avait oublié que chacun d’entre nous peut désormais être un micro-acteur, un prosumer (consommateur actif, ndlr), un acteur de nos vies et de nos villes. S’il doit y avoir un tableau de bord, ce n’est pas celui de la ville, mais celui de l’individu ! " Un dispositif pour connaître son impact énergétique en fonction de sa mobilité, ou en fonction de ses actions à son domicile, par exemple.

 

L’équipe de Valérie Peugeot observe trois niveaux d’intervention possible pour remettre le citoyen au cœur de la démarche, par le numérique en particulier : l’outillage de l’individu, l’outillage du collectif et la co-élaboration de la ville. "On voit apparaître les balbutiements de systèmes pour des achats immobiliers locatifs intégrant les critères de distance ou de modes de transport, ou des achats de grande consommation intégrant l’impact environnemental."

 

Encore plus balbutiants, une 3e génération d’outils dits de "réflexivité" apparaît. Eux ne guident pas le citoyen dans ses choix en amont, une fois pour toute, mais l’accompagnent et le réorientent au long de sa démarche.

 

Une co-élaboration de la ville avec ses habitants

 

Pour ce qui est de l’outillage du collectif, trois courants se dessinent. Les villes en transition (transition cities) dans lesquelles des communautés d’habitants s’auto-organisent avec les entreprises, les administrations. Ensuite, les villes collaboratives (sharing cities) avec des organisations de partage de ressources pour éviter que chacun n’achète un objet et qui annonce leur volonté de participer à la réduction du changement climatique. Même si comme le reconnait la chercheuse, il y a parfois un décalage entre la théorie et la réalité.

 

Le dernier courant, celui des biens communs (les commons) consiste cette fois en communautés qui s’auto-organisent pour partager leurs ressources dès le départ, sans notion de propriété.

 

Enfin, une dernière tendance consiste à engager les habitants dans une co-élaboration du cahier des charges. Certaines villes proposent de simuler un quartier par exemple, et de collaborer avec  les habitants pour ce faire, jusqu’à la visualisation des impacts environnementaux et financiers d’une modification telle qu’un étage de plus à un immeuble par exemple. "Ce que le numérique nous apprend, c’est que l’on peut réinjecter des doses de participations dans la démocratie", insiste Valérie Peugeot.

 

Il faut tirer les leçons des erreurs des urbanistes purs, et tirer le meilleur du numérique. "Il existe beaucoup de petites choses formidables sur ces sujets, estime la chercheuse. Mais il faut les faire monter en visibilité. Les démarches de smart cities bottom-up ont été peu documentées. C’est ce que nous voulons faire avec notre projet de recherche. Mais attention, les deux coexisteront, smart cities bottom up et smart cities industries. Il est essentiel qu’elles se rencontrent."

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