Fibre optique : "Alerte rouge" sur la santé économique de la filière

Selon le lobby du secteur des infrastructures télécoms, la sous-traitance, responsable sur le terrain du déploiement de la fibre optique et de sa maintenance, est dans une situation économique plus que tendue du fait de l'inflation et des pressions tarifaires des opérateurs commerciaux. Le ministre délégué au Numérique Jean-Noël Barrot a annoncé un "groupe de travail", et l'Arcep va saisir le médiateur des entreprises.

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Fibre optique :

Philippe Le Grand, président d'Infranum, le syndicat de la filière des infrastructures télécoms, n'a pas ménagé les effets mélodramatiques ce mardi, dans le cadre de l'Université du très haut débit qui se tient à Toulouse les 5 et 6 octobre, pour alerter sur la santé économique des responsables du déploiement et de la maintenance des réseaux télécoms.

"il faut revaloriser la chaîne de sous-traitance"

"La filière traverse une crise profonde, que j'espère conjoncturelle et pas structurelle. La chaîne de sous-traitance souffre, elle peine à vivre de son métier et doit être revalorisée." "C'est une alerte quasi rouge sur les difficultés de notre filière, et sur les risques qui pèsent sur la sous-traitance, frappée par l'inflation", affirme encore Philippe Le Grand, qui souhaite travailler sur trois axes : "les prix de détail, qui sont trop bas", la contribution financière des Big Tech "qui utilisent le plus le réseau et ne contribuent pas à son financement", et la revalorisation des rémunérations de la chaîne de sous-traitance.

Des déclarations qui interviennent alors que Scopelec, une coopérative (Scop) télécoms spécialisée notamment dans l'installation et l'entretien des réseaux de fibre optique, qui a récemment perdu 40% de son chiffre d'affaires réalisé avec son plus gros client Orange, a été placée en redressement judiciaire le 26 septembre par le tribunal de commerce de Lyon, acculée par une dette de 150 millions d'euros. Sans repreneur, l'entreprise risque de mettre la clé sous la porte.

amener les opérateurs à négocier

La directrice générale d'Orange, Christel Heydemann, a précisé qu'elle avait récemment procédé à une augmentation de 2,2% sur les tarifs des contrats de sous-traitance en cours, pour minimiser l'impact de l'inflation. "Christel Heydemann nous a tendu la main pour améliorer la situation économique, nous allons la saisir. Mais il faut que cela aille bien au-delà de la répercussion de l'inflation. Il s'agit de passer l'hiver", répond Philippe Le Grand.

Le ministre délégué au Numérique et aux Télécoms Jean-Noël Barrot a réagi en annonçant un groupe de travail pour mettre tout le monde autour de la table d'ici la fin de l'année. Mais l'initiative paraît timide aux yeux des partenaires des opérateurs.

Quant à Laure de la Raudière, la présidente de l'Arcep (le régulateur des télécoms), elle déclare qu'elle va saisir le médiateur des entreprises, puisqu'il s'agit de négociations contractuelles entre entreprises. "Nous avons besoin que l'ensemble des acteurs de la filière soit correctement rémunérés. Si nous avons une amélioration de la qualité de service, il faut que tous les maillons de la chaîne y trouvent un intérêt. Vous pouvez compter sur moi pour faire remonter cette alerte au gouvernement."

prix trop bas, manque d'attractivité

"Il serait temps", glisse un sous-traitant de rang 1, à la vue du branle-bas de combat qui arrive. "Les 2,2%, c'est juste un rattrapage, ce n'est pas suffisant", juge cette société, qui affirme les avoir intégralement répercutés sur ses propres sous-traitants. "Les techniciens préfèrent partir pour installer des panneaux solaires ou des bornes de recharge de véhicules électriques", déplore-t-il. Mais il n'y a pas que les petites mains du bout de la chaîne, souvent microentrepreneurs, qui tirent la langue si l'on en croit les professionnels du secteur. "Tout le monde souffre, à tous les niveaux", estime l'un d'eux.

Selon un opérateur d'infrastructure, l'inflation sur les composants du déploiement de la fibre (bois, hélium, silice, énergie…) représenterait une augmentation des prix de 15% sur un mètre de câble, sans compter la hausse des coûts liés à la pose de la fibre (salaires, goudron, transport). En outre, les promotions des opérateurs pour conquérir de nouveaux clients, avec parfois des abonnements proposés à des tarifs moins élevés que l'ADSL, se répercutent sur l'ensemble de la filière, y compris sur les salaires des techniciens responsables des raccordements. L'industrie fait ainsi face à une crise d'attractivité, l'amenant à recruter des personnels moins qualifiés, d'où des problèmes de qualité.

Problèmes de qualité dont il a évidemment été beaucoup question lors de ce congrès des télécoms. Mais contrairement au sujet du partage de la valeur, celui-là a déjà été largement traité par la filière, qui s'est mise d'accord sur un plan qualité présenté à l'Arcep et au gouvernement. Ce plan doit maintenant être décliné dans des avenants aux contrats liant les opérateurs d'infrastructure, comme Orange, XpFibre et Altitude Infra, aux opérateurs commerciaux (Orange, Free, Bouygues Telecom, SFR...) qui sont ceux qui dépêchent les techniciens sur le terrain pour raccorder leurs clients.

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