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Fibre optique : face aux pannes et aux malfaçons, la filière promet un plan d'action qualité

Le déploiement de la fibre optique avance vite, mais la qualité sur le terrain ne suit pas. Le 1er juin, l'écosystème a présenté un dispositif et des propositions pour sortir de l'impasse.
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Fibre optique : face aux pannes et aux malfaçons, la filière promet un plan d'action qualité
Fibre optique : face aux pannes et aux malfaçons, la filière promet un plan d'action qualité © twitter.com/Arcep

70% des locaux en France sont désormais raccordables en fibre optique (FTTH), et en matière de déploiement du très haut débit fixe, la France fait largement la course en tête en Europe. En 2021, pour la première fois, les accès fibre ont dépassé les accès ADSL.

Malgré cela, Laure de la Raudière, la présidente de l'Arcep, a "du mal à dire que le projet fibre est une réussite". Pourquoi ? A cause du "festival de pannes" qu'a dénoncé mercredi 1er juin le sénateur de l'Ain Patrick Chaize, président de l’Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel (Avicca), au colloque organisé par l'association à Paris.

En effet, si le plan très ambitieux de couverture du territoire fixé en 2012 a quasiment atteint ses objectifs, il n'en est pas de même pour la qualité de ces déploiements, qui "gâche la fête du plan France THD", regrette Philippe Le Grand, le président d'Infranum, la fédération des industriels de la filière. En novembre dernier, l'Arcep a présenté une feuille de route pour pallier ces dysfonctionnements (coupures, échec de raccordements, clients débranchés, malfaçons…).


une situation qui n'est plus acceptable

Six mois plus tard, la présidente du régulateur des télécoms "ne peut pas dire qu'il y a eu des améliorations". Laure de la Raudière a enjoint les opérateurs à déployer leur plan d'action d'ici à l'été afin de "professionnaliser la filière et les processus industriels sur le terrain", car "la situation de certains territoires aujourd'hui n'est pas acceptable" et les "pratiques ne sont pas suffisamment rigoureuses". C'est notamment le cas dans l'Essonne (où l'agglomération de Paris-Saclay a porté plainte contre les opérateurs), dans le Rhône ou à Neuilly-sur-Seine.

Un désaveu pour les pratiques des opérateurs d'infrastructure. Mais Philippe Le Grand l'affirme, un "plan d'action qualité engageant toute la filière" (opérateurs d'infrastructures tels qu'Orange, Covage, Axione… ; opérateurs commerciaux comme Bouygues Telecom, Orange, Free… ; intégrateurs tels que Sogetrel…) est prêt. Laure de la Raudière a pris acte de cette "prise de conscience", et attend désormais "des résultats concrets".

Mieux contrôler la sous-traitance

Ce plan d'action comporte trois axes : la labellisation des installateurs, qui doit notamment assurer que les techniciens sur le terrain disposent d'une formation adéquate ; des moyens de contrôle renforcés pour les opérateurs d'infrastructure, qui pourront avoir accès aux plannings d'intervention en amont et savoir quels sous-traitants interviennent et quand (sachant que l'Arcep dénonce depuis longtemps la sous-traitance en cascade, recommandant de limiter le nombre de rangs de sous-traitants à deux) ; et la mise en œuvre de comptes-rendus détaillés d'intervention par les techniciens, qui feront partie des "éléments contractuels entre l'opérateur d'infrastructures et l'opérateur commercial". Qui dit contractualisation dit pénalités en cas de défaut.

Cela ne pourra se faire que si les conflits avec les sous-traitants sont réglés. "Si en bout de chaîne les intervenants sont payés au lance-pierre, ça ne peut pas durer longtemps", remarque Patrick Chaize. 

Les premiers accords bilatéraux sont attendus fin juin. Philippe Le Grand prévient toutefois : "Cela ne résoudra pas tout. Certains points de mutualisation [l'endroit où se connectent les fibres des abonnés et des opérateurs commerciaux] sont aujourd'hui totalement inexploitables, ou vandalisés… Il va falloir un plan de réfection. Néanmoins nous espérons voir des effets dès l'automne."

Le chantier des "raccordements complexes" et de l'enfouissement

Les travaux de remise en état de ces armoires sont loin d'être les seuls nécessaires. Pour finaliser la couverture complète du territoire en fibre, il va falloir régler la question des "raccordements complexes", qui nécessitent des travaux de génie civil sur les "derniers mètres". Infranum évalue à 3,3 milliards d'euros les investissements supplémentaires sur le domaine public pour raccorder tous les Français. A cela s'ajoute un "plan national de résilience" estimé à 10 milliards d'euros, pour sécuriser l'infrastructure. Cette sécurisation passe par l'enfouissement des réseaux.

L'enjeu ici est extrêmement important. En effet, Orange a annoncé l'extinction progressive de son réseau cuivre à partir de 2026 jusqu'en 2030. Le réseau cuivre transporte les communications téléphoniques traditionnelles et l'ADSL. "Comment parler d'extinction du réseau cuivre si nous ne sommes pas capables d'assurer la qualité sur le réseau fibre ?", s'interroge Patrick Chaize. "Si on arrête le cuivre et que l'on se retrouve avec du tout fibre en aérien comme aujourd'hui, on va avoir un gros problème", avertit Antoine Darodes, ancien directeur de la Mission Très Haut Débit et aujourd'hui directeur du département Investissements transition numérique à la Banque des Territoires (groupe Caisse des Dépôts). Une tempête violente, par exemple, pourrait entraîner un blackout.

faire participer les big tech au financement ?

Les travaux de génie civil ne sont que la partie visible de l'iceberg pour le déploiement de la fibre. Dans le cadre d'un cheminement aérien, l'un des principaux chantiers actuellement n'est autre que l'élagage des arbres, indique Philippe Le Grand. La végétation peut gêner le passage du câble, et les chutes de branches entraîner des coupures de réseau. Selon Infranum, 50% des incidents pourraient être évités ou limités grâce à un meilleur élagage. En cas de tempête, sans le backup du réseau cuivre, c'est l'interruption des télécommunications. Les réseaux FFTH aériens représentent aujourd'hui 500 000 km de câbles.

Le nouveau gouvernement, qui ne dispose pas encore d'un ministre ou d'un secrétaire d'Etat dédié au numérique, n'en a donc pas terminé avec l'investissement public dans les télécoms. Car tout ne pourra reposer sur l'investissement privé des opérateurs, qui mettent de plus en plus la pression sur la question du "partage de la valeur" entre les opérateurs télécom et les GAFA. Au colloque de l'Avicca, la nouvelle directrice générale d'Orange, Christel Heydemann, en a remis une couche en répétant que les opérateurs réalisent 80% des investissements mais tirent moins de 50% des revenus du très haut débit, surtout en France où les prix sont inférieurs à ceux pratiqués ailleurs. Les opérateurs cherchent à faire participer les Big Tech au financement des réseaux, une initiative soutenue par la Commission européenne.    

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