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Fibre optique : sécuriser les armoires, une solution qui fait son chemin pour éviter les malfaçons

Collectivités, équipementiers et opérateurs testent des solutions de contrôle des accès aux points de raccordement situés dans l'espace public afin de diminuer les dégradations consécutives aux interventions des techniciens. Les solutions "connectées", comme celles de Nexans, semblent avoir de bons résultats. Mais elles sont encore très peu répandues.
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Fibre optique : sécuriser les armoires, une solution qui fait son chemin pour éviter les malfaçons
Fibre optique : sécuriser les armoires, une solution qui fait son chemin pour éviter les malfaçons © Nexans

Le ministre délégué au Numérique Jean-Noël Barrot a promis des mesures "d’ici à la fin de l’année" pour résoudre les problèmes de qualité sur les réseaux de fibre optique. Elles devraient être présentées le 23 septembre selon le quotidien Ouest France. Une réunion entre le ministre, les opérateurs et l'Arcep a eu lieu à Bercy à ce sujet le 5 septembre. 
 

un parc d'armoires de branchement récent mais détérioré

Ont-ils parlé des cadenas sauvages posés par des riverains à Neuilly-sur-Marne, ou des armoires mises sous clé par la mairie à Aulnay-sous-Bois, qui a dépensé 70 000 euros dans l'histoire sans avoir obtenu l'aval de l'opérateur télécom propriétaire du réseau ? Ces situations tendues et assez incroyables, racontées par nos confrères des Echos, sont le résultat de la dégradation continue des équipements de fibre optique dans l'espace public.

Selon la société Nexans, un industriel du câble, plus de 60% des armoires (qui servent au raccordement du dernier kilomètre), sur les 60 000 à 65 000 que compte le territoire, seraient détériorées, et "90% des détériorations sont le fait des interventions de raccordement". Ces dégradations n'ont pas systématiquement un impact sur la qualité du réseau, mais constituent un risque que plus personne ne peut ignorer.

La filière s'est emparée du problème en proposant un plan d'action qualité, et le sénateur Patrick Chaize, qui représente par ailleurs les collectivités engagées dans le numérique, a carrément déposé une proposition de loi "à visée coercitive" afin de contraindre les opérateurs et leurs sous-traitants à garantir la qualité des raccordements. Il a en outre demandé l'ouverture d'une enquête parlementaire sur l'usage des fonds publics dans les réseaux télécoms d'initiative publique.

les armoires connectées, une solution pour réduire les pannes

Il existe d'autres moyens pour sécuriser les armoires que de poser des cadenas sauvages. Nexans a développé une solution de serrure NFC, qui s'ouvre à l'aide d'un smartphone et d'une application. En ouvrant l'armoire, le technicien (quel que soit le niveau de sous-traitance) s'identifie par la même occasion. Un capteur installé dans l'armoire permet de savoir si sa porte est ouverte ou fermée, par qui, et d'horodater l'intervention. Une autre application sert à la supervision.

 


Les capteurs sont en mesure de détecter trois types d'anomalies : une porte forcée, qui alerte l'opérateur et la police municipale ; une ouverture trop longue (normalement une intervention ne dépasse pas quelques minutes) ; et un départ de feu ou une inondation grâce aux données de  température et d'humidité.

Cette solution complète, baptisée Infrabird, est expérimentée à Meaux (Seine-et-Marne) depuis le 26 janvier 2021, à la suite d'un appel d'offres lancé par Orange en tant qu'opérateur d'infrastructure, qui a équipé 30 des 90 armoires de cette ville de 55 000 habitants, et a fait signer une convention à tous les opérateurs commerciaux pour utiliser la solution. La durée de l'expérimentation a été prolongée quatre fois. Résultat : "Il y a 45% de pannes clients finaux en moins sur les armoires connectées avec Infrabird", indique Mathieu Brigot, manager produit et solution chez Nexans, sachant qu'il y a une cinquantaine d'interventions par an et par armoire.
 

l'effet dissuasif du fliquage

"À Meaux, cela améliore le SAV sur l'ensemble du parc d'armoires, même celles qui ne sont pas connectées. Les techniciens savent qu'ils sont fliqués. Il n'y a qu'en contrôlant ceux qui sont à l'origine du problème qu'on arrivera à le corriger en amont. Sinon cela restera des actions curatives. À mesure qu’Infrabird se développe, les différents intervenants ont conscience que les armoires sont de plus en plus surveillées. Cela a clairement un effet dissuasif."

Infrabird équipe aujourd'hui une cinquantaine d'armoires à Meaux, La Courneuve, St-Ouen et Mareuil-lès-Meaux, toujours avec Orange. Elle séduit les collectivités, comme Neuilly-sur-Marne, mais n'étant pas les propriétaires des réseaux, celles-ci sont dépendantes de la bonne volonté des opérateurs d'infrastructure – qui construisent et louent leurs lignes aux opérateurs commerciaux dans les zones peu et moyennement denses -, car ce sont eux qui payent. La solution de Nexans est facturée 35 à 40 euros par mois et par armoire sous forme de forfait (matériel et main d'œuvre). Des options supplémentaires sont proposées dans les zones les plus critiques, comme l'ouverture de porte à distance pour les interventions urgentes.

rentable pour les opérateurs ?

"Une porte à changer, c'est un peu moins de 100 euros, et une serrure 3 euros de pièces de rechange (hors coûts de main d’œuvre). Sachant qu'une armoire, c'est 400 clients, nous avons calculé qu'Infrabird ferait économiser 860 euros sur un coût annuel de plus de 3000 euros de réparation d'une armoire que l'on réparerait systématiquement", déclare Mathieu Brigot. "Le problème, c'est que les opérateurs d'infrastructure ne disposent que depuis peu d'un budget de maintenance. Jusqu'à présent, il n'avaient qu'un budget de déploiement". "Les prix baisseront s'il y a plus de volume", ajoute Nexans.

 


Certains services peuvent également être facturés aux opérateurs commerciaux (les fournisseurs d'accès internet, FAI). C'est le cas d'une option particulièrement utile pour surveiller les faits et gestes des techniciens : elle consiste, à partir des horodatages d'intervention envoyés aux FAI, à alerter automatiquement le technicien sur son mobile s'il a déconnecté un abonné, afin qu'il répare avant d'avoir quitté les lieux.

Concrètement, le FAI envoie une requête à l'ouverture de la porte de l'armoire et à sa fermeture, pour comparer les listes de clients sur le réseau et ainsi voir qui aurait été déconnecté dans l'intervalle. "Chez Orange et Bouygues Telecom, cela a permis de de passer de 12-13% de casse client lors des interventions à 0", précise Nexans. L'option, que n'a pas souhaité prendre SFR, coûte 15€ par mois et par armoire.
 

forte demande des collectivités

Nexans, qui est en train de développer une solution de sécurisation pour les points de branchement en hauteur, sur les poteaux électriques ou téléphoniques, espère connecter 50 000 à 60 000 armoires en 2025, date à laquelle le nombre d'armoires devrait atteindre 110 à 150 000 unités d'après l'industriel. Mais malgré l'actualité, et si les demandes d'information commencent à augmenter, la société ne reçoit pas vraiment plus d'appels d'offres qu'avant.

D'autre solutions existent sur le marché, comme celles de TKF ou d'Acome, qui n'ont pas plus de succès. L'opérateur d'infrastructure Altitude Infra, spécialisé dans les réseaux d'initiative publics, travaille de son côté avec des industriels sur sa propre solution, C-Clock. Il nous indique tester depuis deux ans une solution de sécurisation des armoires et de traçabilité des interventions, pour laquelle il mène actuellement des expérimentations dans le Grand Est, et bientôt dans le Doubs

Bilan : "Les premiers retours des expérimentations sont très positifs, se félicite Altitude Infra.  L’utilisation de la solution par les opérateurs commerciaux est de 100%, très peu de dégradations sont observées, les armoires sont globalement mieux tenues. Le brassage semble plus 'propre' que sur une armoire non équipée. Une tendance de baisse des échecs de raccordement a été également observée". Altitude Infra envisage par conséquent un "déploiement industriel à grande échelle pour répondre à la demande forte des collectivités". Les premiers déploiements pourraient avoir lieu d’ici fin 2022, début 2023.

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