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[FIC 2020] Identité numérique : où en est la France ?

La France ne possède pour l'instant pas d'identité numérique régalienne, mais elle planche sur cette question depuis quelques années. Aujourd'hui, où en est-on vraiment dans l'Hexagone ? L'ID Forum, qui s'est tenu en parallèle du FIC 2020, a été l'occasion de revenir sur les enjeux technologiques, économiques et sociétaux de cette problématique.
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[FIC 2020] Identité numérique : où en est la France ?
[FIC 2020] Identité numérique : où en est la France ? © Alice Vitard

Pour la deuxième année consécutive, le Forum International de la Cybersécurité a accueilli l'ID Forum pour sa première journée du 28 janvier 2020, un événement entièrement dédié à la question de l'identité numérique. Alors que la solution d'identité numérique de La Poste vient d'être déclarée conforme au niveau de sécurité "substantiel" de l'ANSSI, une interrogation demeure : où en est vraiment l'Etat français ?

 

Lutter contre les usurpations d'identité

La France ne dispose pas pour l'instant d'un service d'identité numérique étatique, mais c'est un projet qui mûrit depuis quelques années. Avoir un outil d'identification en ligne permet de lutter contre les usurpations d'identité, mais constitue également l'occasion de développer des services en ligne publics ou privés qui exigent un haut niveau de sécurisation, par exemple l'inscription d'un enfant à une crèche municipale. 

 

"L'identité numérique s'inscrit dans la tradition républicaine et régalienne de l'Etat de garantir les données d'identité au sens de l'état civil", déclare Valérie Péneau, directrice de la mission interministérielle sur l'identité numérique. Débuté en 2018, ce programme a pour objectif de réfléchir à la mise en place d'une solution viable. "On a des auditions parlementaires en cours et on attend les résultats de certains groupes d'experts", nous apprend Valérie Péneau. Le calendrier est un peu lent car "l'Etat français vise le niveau de sécurité 'substantiel' ou 'élevé'" au sens du règlement européen eIDAS du 23 juillet 2014. Dans ce cadre, c'est l'ANSSI qui examinera le dossier en suivant un cahier des charges très précis.

 

"L'identité numérique ne veut pas dire reconnaissance faciale"

Mais les choses sont en train de s'accélérer avec "la mise à disposition du public en 2020 d'Alicem", un outil sous l'égide du ministère de l'Intérieur qui permettra d'accéder à des services publics en ligne grâce à une authentification par reconnaissance faciale. Malgré les très nombreuses critiques faites à son encontre, un panel d'une "centaine d'utilisateurs" teste actuellement la solution.

 

Mais gare aux fantasmes pour Christine Hennion, députée des Hauts-de-Seine et membre de la mission parlementaire sur l'identité numérique. "Identité numérique ne veut pas forcément dire reconnaissance faciale. Cela va dépendre des usages. Notre groupe de travail fait un gros effort de définition pour bien poser le problème", explique-t-elle. Elle annonce d'ailleurs qu'une consultation publique à ce sujet devrait bientôt être disponible sur le site de l'Assemblée nationale pour "faire participer les citoyens" à ces choix. 

 

Quel modèle économique ?

Au-delà des défis techniques et sociétaux, l'identité numérique c'est aussi des enjeux économiques très importants. La question centrale est celle du modèle économique. La Poste a choisi de rendre accessible gratuitement son service d'identité auprès du public, mais de le facturer pour le BtoBtoC. Par exemple, si une banque veut utiliser cette solution pour offrir la possibilité à ses clients d'ouvrir un compte bancaire en ligne, elle devra payer. En Europe, il y a globalement autant de modèles économiques que de pays. Par exemple, en Belgique, le service "Itsme" fournit à chaque citoyen belge une identité mobile unique et sécurisée. Les fournisseurs de confiance sont rémunérés quand ils apportent une identité dans le système. Les entreprises paient le service selon le nombre d’utilisateurs, les services utilisés et l’intensité d’utilisation.

 

L'instauration d'une identité numérique publique pose également la question de la place des industriels du secteur. "Il faut une étroite collaboration entre le gouvernement qui émet l'identité régalienne et les industriels de l'identité qui pourront déployer les solutions technologiques", estime Philippe Barreau, président de la Secure Identity Alliance, entité regroupant 3M, Gemalto, Morpho (Safran) et Oberthur Technologies. Créé en 2013, ce groupe a pour mission principale d’assurer une meilleure transition vers des documents électroniques et de proposer des solutions de sécurité d'e-gouvernements en ligne. Pour lui, "l'écosystème de l'identité numérique doit s'inscrire dans la durée avec une visibilité économique sur le long terme pour les utilisateurs, pour les fournisseurs de service et la souveraineté de l'Etat".

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