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Ford, Google et Lyft esquissent une ville du futur qui ressemble à celle du passé

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Au CES 2018, plusieurs keynotes portaient sur la smart city et plus précisément sur l’avenir des rues de nos villes. Les constructeurs automobiles et entreprises technologiques se sentent de plus en plus légitimes pour parler de ce sujet. Et plaident pour une ville du futur… ressemblant à celle du passé.

Ford, Google et Lyft esquissent une ville du futur qui ressemble à celle du passé
Marcy Klevorn, présidente de Ford mobility, a présenté la vision du constructeur de la rue du futur au CES 2018. © CES

Au CES 2018, la rue était dans la place. Plusieurs keynotes de grands acteurs technologiques se sont concentrées sur l’aménagement des villes. Pas à l’échelle de l'agglomération, du quartier ou du bloc, mais de la rue. Une façon, sans doute, de mettre de l’humain dans une smart city trop "techno-centrée", et de se conférer une responsabilité sociétale. Voire de tenter de toucher les décideurs locaux, car les collectivités sont de plus en plus convoitées par les géants technologiques pour de grands projets liés à la connectivité et à la data.

 

Pour Sidewalk labs, "la ville n’est pas un produit"

 

 

Au CES, le dirigeant de Sidewalk Labs Rit Aggarwala s’est évertué à prouver que sa vision de la ville n’est pas purement technologique. "La technologie n’est qu’un outil pour changer les vies de millions, voire de milliards de gens", a-t-il affirmé.  D’ailleurs, les approches trop techno-centrées de la ville du futur ont toutes échouées, juge-t-il. "Il n’existe pas un modèle de smart city qui fonctionne ; on a essayé de construire la ville du futur depuis cent ans, et cela a échoué : elles se sont avérées trop centralisées, trop liées à des technologies rapidement obsolètes, trop impersonelles. Tous ces projets n’ont pas compris que la ville n’était pas un produit. Et la ville du futur ne ressemblera pas forcément à une vision du futur vue à la télévision, façon The Jetsons, Blade Runner, mais à plutôt à une ville du passé, du début du XXe siècle. Car la digitalisation va permettre aux villes de faire passer au second plan des équipements lourds, les machines et les véhicules qui encombrent les rues, pour remettre les gens au cœur de l’environnement urbain. Nos rues d’aujourd’hui sont bâties autour de la voiture, avec de nombreux équipements pour protéger les piétons. La véritable promesse du véhicule autonome, plus que la mobilité, est la recomposition des rues. La technologie doit être utilisée pour créer des espaces urbains plus pratiques, modulaires, personnels". Sidewalk Labs va pouvoir mettre sa philosophie en pratique à Toronto, où une friche industrielle géante lui a été allouée comme terrain d’expérimentation.

 

Ford veut "rendre les rues" aux habitants

Chez Ford, en 2018, on retrouve la même promesse de "redonner la rue" aux habitants, alors que son fondateur célébrait la "liberté de mouvement" créée par l’automobile et promettait de donner l’accès à une autoroute à chaque être humain ! Le partage de l’espace urbain était le thème de sa grande keynote, et son stand au CES était une reconstitution d’un petit bout de ville, avec sa rue, sa place, son café. "Si vous pouvez changer une rue, vous pouvez changer le monde", s’est enthousiasmé Jim JHackett, le PDG du constructeur automobile, reprenant une citation de l’ancien maire de New York Michael Bloomberg.

 

 

"Les quatre voies, parkings et autoroutes urbaines ont remplacé les squares et les places où se rassemblaient les habitants, constate le PDG de la marque. Le temps que nous passions ensemble est maintenant perdu dans les embouteillages : nous passons 36 heures en moyenne par an dans le trafic !" C’était mieux avant, explique-t-il en substance. "Il est ironique de constater que nos rues ont été laissées à l'écart de l'ère du partage alors qu'elles ont été historiquement la première ressource partagée dans les zones urbaines. Avant les voitures, les rues de la ville étaient des centres sociaux animés où voisins et familles pouvaient se rassembler, les vendeurs pouvaient vendre leurs marchandises et les enfants pouvaient jouer", rappelle-t-il.

 

Ford explique travailler avec des designers, urbanistes, élus locaux pour imaginer la rue du futur. Pas de façon totalement désintéressée : il compte lancer des services de véhicules autonomes dans la décennie 2020 et planche avec la start-up Autonomic sur une sorte de "système d’exploitation" de la ville permettant de gérer les déplacements plus intelligemment, pour redonner de l’espace aux vélos, piétons, commerces de proximité…

 

Lyft imagine la rue (partagée) du futur

 


Lyft veut aussi jouer un rôle actif dans la reconfiguration de la ville : la société se considère comme bien plus qu’une entreprise de transports. Elle contribue déjà à changer les habitudes de ses utilisateurs, a rappelé son co-fondateur John Zimmer au CES. Il a révélé les premiers résultats d’une étude interne qui sera révélée plus tard cette année : 250 000 utilisateurs réguliers du service de VTC américain ont décidé de se passer de leur deuxième véhicule ; 50% déclarent "moins utiliser leur voiture".

Plutôt tôt en 2017, Lyft s’était associé au cabinet d’architecture Perkins+Will et de transport Nelson\Nygaard pour imaginer à quoi pourraient ressembler les rues de Los Angeles en 2040, quand, selon la start-up,  il n’y aura plus propriétaires de voitures dans les villes, seulement des utilisateurs de services de transports à la demande - notamment autonomes. Une deux fois quatre voies urbaine, telle qu’elle existe aujourd’hui, pourrait être transformée en deux fois une voie, avec ajout d’espaces verts, piste cyclable protégée, promenade, transports collectifs…  Pour donner vie à cette vision, Lyft plaide pour de nouveaux partenariats public/privé, "un mélange de nouveaux aménagements urbains ainsi que de nouveaux services de mobilité plus efficaces, avec des véhicules partagés et utilisés à 100% de leur capacité".

 

Avec ce type de proposition, Lyft se positionne habilement comme un interlocuteur potentiel pour les villes, là où son rival Uber a dans le passé joué davantage sur l’affrontement. Une bonne façon de se démarquer.

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