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French Tech, un label jacobin pour jouer collectif ?

Officiellement, le nouveau label French Tech  doit permettre aux grandes métropoles françaises de valoriser et booster leur écosystème numérique. En l'état, il gomme toute localisation, mais résoudrait le problème de communication à l’international.
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French Tech, un label jacobin pour jouer collectif ?
French Tech, un label jacobin pour jouer collectif ? © Pascal Guittet

Le premier réflexe est de se réjouir. En abandonnant la notion de quartier numérique, avancée dans sa propre feuille de route numérique, Fleur Pellerin fait preuve de lucidité. Le quartier n'est pas le bon périmètre pour les écosystèmes numériques. Même si Lille ou Montpellier cherchent à concentrer sur un périmètre, leurs écosystèmes numériques, c'est à l'échelle des métropoles que cela se joue, comme à Londres ou New-York,  voire à l’échelle nationale, comme en Suède ou en Israël.  Mais pour la France, que faire ? Pousser  uniquement les feux sous la  Capitale au détriment de Lille, Lyon, Bordeaux, ou Toulouse ? Assumer la multipolarité du numérique en France, au risque d’affaiblir le message ?

Avec le label France Tech, Fleur Pellerin a décidé de ne pas choisir. Ou plutôt de faire un autre choix. Celui de flécher, non pas des lieux, des villes ou des régions - comme on l’a connu avec les Pôles, les clusters -  mais une dynamique, celle de la croissance des start-up.

Flécher les accélérateurs de start-up

Du coup, les 200 millions prévus aux investissements d’avenir pour soutenir le développement de quartiers numériques, n’iront pas alimenter des projets fonciers, d’infrastructures, d’incubateurs  ou de soutien public aux transferts et à l’innovation… mais des initiatives privées, quelles qu’elles soient, du moment qu’elles visent à l’accélération, la croissance, des start-up, pour arriver à faire émerge, vite, de vrais champions internationaux, qui créent des millions d’emplois.

Les métropoles, qui postuleront au label, (Paris étant labélisé de fait !) pourront quand même bénéficier d’un fonds de 15 millions d'euros, destiné à la promotion de cette French Tech,  cette "équipe de France" des écosystèmes numériques.  Dans le PLF2014, ces 15 millions d’euros étaient initialement fléchés vers les fablabs des quartiers numériques (à moins qu’ils viennent d’ailleurs ?). Sans être abandonnés ces ateliers numériques ouverts seront financés dans l’enveloppe de 200 millions d’euros, comme outils aux services des start-up numériques. Sachant que, si officiellement tous les projets sont éligibles, les 200 millions seront prioritairement attribués à des projets accueillis dans des écosystèmes labélisés !

Le choix de Fleur Pellerin, de réorienter le projet et les fonds des quartiers numérique vers l’accélération des start-up, présente un risque.  Celui de voir des métropoles décider quand même d’aller, seules, promouvoir le dynamisme de leur écosystème numérique sur la scène internationale. A commencer par Paris, si jamais, la municipalité changeait de bord politique.

Le danger du terme "tech"

D’autant que ce label "French tech", choisi semble-t-il avec un large consensus des acteurs concernés, prête un peu à confusion.  Il est déjà utilisé par Ubifrance dans ses "french Tech tour", des voyage d’affaires de start-up françaises, pas uniquement numériques, à l’étranger. La connotation avec le numérique, n’est d’ailleurs pas évidente. Le "tech", renvoyant plutôt à un vieux démon de la France de pousser une innovation trop technologique, au détriment du service, du design, des nouveaux business modèles…

De plus, on peut se demander, comment il peut être décliné, par une métropole. Lille communiquera-t-elle sur "Lilles-Euratechnologies French tech" ? Car en donnant trois missions à ce label  (fléchage des métropoles avec un fort écosystème numérique, financement des initiatives privées d’accélération de la croissance des start-up numériques et visibilité internationale), on se demande comment le faire vivre, sans l’accoler à d’autres termes, comme " French tech team" ou  "French tech City" ou "French tech start-up policy" ?

Didier Deschamps - Fleur Pellerin, même combat ?

En revanche, si la mission French Tech, créée au sein du ministère délégué à l’Economie numérique et dirigé par David Monteau (ex responsable valorisation d’Inria) arrive à faire changer l'image du numérique en France. Si elle arrive à faire rimer le label avec l'idée d'une France qui a choisi comme moteur d’attractivité, non pas la fiscalité, le foncier ou le transfert technologique, mais l’accélération des start-ups existantes. Et que cette dynamique se créer dans ces lieux - métropoles - propices, qui ne seraient pas en compétition, mais prêts à jouer collectif. La mission aura gagné son pari. Et le label aura tout son sens.

Dommage que, dès le lancement, ce ne soit pas cette idée d’équipe de France des écosystèmes labellisés, qui ait été mise en avant. Mais cela relève surement de la stratégie politique, de la tactique même, pour réussir à mettre en place un jeu collectif. Didier Deschamps - Fleur Pellerin, même combat ?

Aurélie Barbaux

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