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Google tacle Microsoft sur fond de débat sur la rémunération des médias

L'animosité entre Microsoft et Google semble à son plus haut point depuis longtemps. Dans un billet de blog, Google avance que Microsoft ne défend la liberté de la presse et la juste rémunération des médias que pour s'accaparer des parts de marché et faire oublier les vulnérabilités sur ses serveurs Exchange, entre autres choses. Ces accusations plus ou moins fondées interviennent alors que Brad Smith, président de la firme de Redmond, soutient une future loi américaine sur la rémunération des médias en ligne et blâme son concurrent pour ses relations conflictuelles avec les éditeurs de presse.
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Google tacle Microsoft sur fond de débat sur la rémunération des médias
Google tacle Microsoft sur fond de débat sur la rémunération des médias © Microsoft

L'affaire australienne sur la rémunération des médias par Google et Facebook, et les prises de position de Microsoft sur le sujet, font voir rouge au géant de la recherche sur Internet. "Nous respectons le succès de Microsoft (…) mais ils font désormais des déclarations intéressées et sont même prêts à briser le fonctionnement du Web ouvert dans le but de saper un rival", écrit Kent Walker, vice-président des relations publiques et directeur juridique chez Google, dans un billet de blog.

En effet, il estime que son rival ne s'allierait avec les médias que pour s'accaparer des parts de marchés. La liberté d'expression ne serait pas sa réelle motivation, contrairement à Google qui serait "l'un des principaux soutiens financiers du journalisme au monde", d'après les affirmations de Kent Walker.

Une réponse à Brad Smith
Cette prise de position est en fait une réponse au président de Microsoft, Brad Smith, qui a soutenu vendredi dernier le "Journalism Competition and Preservation Act of 2021" devant le comité permanent de la Chambre des représentants. Ce projet de loi, déposé par le démocrate David Cicilline, permettra aux agences de presse de négocier collectivement avec des plateformes, telles que Facebook et Google, des conditions dans lesquelles leurs articles sont repris.

Lors de son audition, il a critiqué Google pour sa position monopolistique qui empêcherait les éditeurs de presse de négocier équitablement le montant de leurs rémunérations pour la reprise de leurs articles en ligne. Ce discours n'est pas nouveau puisque Microsoft se présente depuis plusieurs mois comme un défenseur de la presse face aux mauvaises pratiques de ses concurrents.

Microsoft propose Bing comme alternative
Ainsi, alors que Google menaçait de suspendre son moteur de recherche en Australie en réaction à une future législation, il discutait avec Canberra pour proposer Bing comme alternative pour la reprise des articles de presse en ligne. Une fois que les tensions en Australie se sont calmées, la firme de Redmond s'est attaquée au Vieux Continent. Elle s'est alliée avec quatre associations européennes de défense des intérêts des éditeurs de presse pour travailler sur la rémunération des médias en appelant à l'adoption d'une législation inspirée de la loi australienne. Puis a témoigné devant les Chambre des représentants des Etats-Unis, comme évoqué plus haut.

Il serait évidemment naïf de prétendre que Microsoft n'a pas un intérêt commercial dans l'affaire. Acteur légitime de la recherche sur Internet, il reste anecdotique en parts de marché face à Google. Il n'est donc pas surprenant qu'il tente de profiter de la situation pour faire valoir son alternative. Cependant, si Kent Walker n'a pas tort de le rappeler, son billet de blog se perd vite en conjectures qui n'aident pas son propos.

D'après lui, au-delà de l'aspect purement économique, Microsoft tenterait de faire oublier l'attaque SolarWinds. "Et ce n'est pas un hasard si le nouvel intérêt de Microsoft à nous attaquer fait suite à l'attaque SolarWinds et à un moment où ils ont permis à des dizaines de milliers de leurs clients (...) d'être activement piratés via des vulnérabilités de Microsoft", plaide-t-il faisant référence au fait que les hackers ont réussi à accéder à certaines parties du code source d'Azure, Exchange et Intune. Des allégations qui laissent perplexe.

S'exonérer de sa responsabilité ?
En effet, le directeur juridique n'explique pas en quoi le soutien à une législation, qui n'a aucun rapport avec la sécurité informatique, permettrait à Microsoft de s'exonérer d'une quelconque responsabilité. Au contraire, il semblerait que Microsoft joue la carte de la transparence en publiant régulièrement des informations sur cette attaque informatique. Brad Smith a d'ailleurs été convoqué en février dernier devant le comité de renseignement du Sénat pour apporter son expertise, aux côtés de CrowdStrike, FireEye et SolarWinds. 

Pire encore, Kent Walker affirme que l'attaque SolarWinds a un lien avec les failles découvertes sur les serveurs Microsoft Exchange, pour lesquelles la firme de Redmond a publié un correctif. Des hackers auraient réussi à pénétrer dans les comptes de messagerie professionnelle de nombreux organismes publics et privés. Or, ce lien n'a jamais encore été démontré. 

Un investissement moindre 
Google utilise également l'argument de l'investissement financier. Microsoft aurait versé "un montant beaucoup moins élevé à l'industrie de l'information que nous", argue Kent Walker. En octobre 2020, Google annonçait une enveloppe d'un milliard de dollars sur trois ans pour rémunérer les médias qui participent à News Showcase. Cette plateforme offre aux éditeurs de titres de presse la possibilité de choisir les articles qu'ils souhaitent mettre en avance en y ajoutant, au choix, des articles connexes, des images… pour augmenter la visibilité de leurs contenus.

De son côté, la firme de Redmond, qui propose Microsoft News aux éditeurs de presse, n'a jamais publiquement communiqué sur la part de son budget consacré aux médias. Brad Smith déclarait que "nous ne pouvons pas partager les revenus si nous n'avons pas de revenus à partager", appelant les éditeurs à davantage recourir à cet agrégateur d'informations. On rappellera par ailleurs que le secteur de la presse en ligne reste sinistré, malgré ce qu'en disent les plateformes.

Concurrents dans de nombreux secteurs
Contrairement à ce que Kent Walker tente de faire croire, le débat sur la liberté d'expression n'est qu'un prétexte pour tenter de démontrer sa supériorité, quitte à utiliser des arguments fallacieux. Microsoft et Google sont rivaux dans de nombreux secteurs tels que le cloud computing (Microsoft Azure/Google Cloud), les logiciels de visioconférence (Teams/Meet), les systèmes d'exploitation (Android/Windows) les moteurs de recherche (Bing/Search) ou encore les messageries (Outlook/Gmail). Il n'est donc pas étonnant que l'un s'attaque à l'autre.

De plus, Google est loin d'être un exemple concernant la rémunération des médias. En France, il a été accusé de détourner la loi sur le droit voisin en modifiant l'affichage de ses actualités en ne laissant que de simples liens avec les titres. A ce titre, l'Autorité de la concurrence lui avait demandé de négocier de "bonne foi" avec les éditeurs de presse. Alors que des accords ont été passés depuis, l'autorité accuse toujours Google de pratiques déloyales. De la même manière, Kent Walker place Google en défenseur du web ouvert et libre face aux propositions de rémunération des médias. Une position plutôt cynique considérant des initiatives de Google comme l'AMP, sans parler de l'hégémonie de son navigateur Chrome ou de ses pratiques en matière de tracking publicitaire.

Saboter le DSA
Sur l'aspect du lobbying, Google a été accusé en novembre 2020 d'avoir créé un plan sur 60 jours pour saboter le Digital Services Act (DSA), une législation européenne qui prévoit un encadrement plus strict des grandes entreprises technologiques.

Le "DSA 60-Day Plan Update" mentionne par exemple la possibilité de recourir aux services de l'Etat américain comme les bureaux de représentation du commerce ou les ambassades. Il est également question "d'encourager la DG Comp (Directorate General for Competition, la direction générale de la concurrence, ndlr)" à "déclencher un débat entre les services" bruxellois. Sundar Pichai, le CEO de Google et d'Alphabet, a présenté ses excuses tout en affirmant qu'il n'était absolument pas au courant de cette stratégie.

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