IA générative : Microsoft relance la centrale nucléaire de Three Mile Island pour alimenter ses data centers
Gargantuesque, le plan l'est tant sur le plan économique que sur le plan environnemental. En relançant l'un des deux réacteurs du site historique de Three Mile Island, Microsoft mise sur une production de plus de 800 mégawatts d'électricité, et ce jusqu'en 2054.
Arrêtée en 2019, la centrale nucléaire américaine de Three Mile Island en Pennsylvanie reprend du service. La raison ? Microsoft souhaite exploiter l'énergie produite par l'un des réacteurs – l'unité 1 – pour alimenter ses centres de données aux Etats-Unis. La société Constellation, propriétaire du réacteur depuis 1999, a ainsi annoncé avoir signé un contrat d'achat d'électricité de 20 ans avec Microsoft "qui ouvrira la voie au lancement du Crane Clean Energy Center (CCEC) et au redémarrage de l'unité 1 de Three Mile Island".
Concrètement, l'accord prévoit que la firme de Redmond achète l'énergie issue de la centrale "dans le but d'aider à compenser l'énergie utilisée par ses centres de données […] par de l'énergie sans carbone". La centrale sera rebaptisée Crane Clean Energy Center en hommage à Chris Crane, CEO de l'ancienne société mère de Constellation.
Un redémarrage forcé
Si pour l'heure Constellation n'a pas encore déposé de demande auprès des régulateurs nucléaires fédéraux pour redémarrer la centrale, il s'agit de la suite logique du processus. "Il appartient à Constellation d'exposer ses raisons pour justifier le redémarrage, nous sommes donc prêts à nous engager avec l'entreprise sur les prochaines étapes", a déclaré Scott Burnell, porte-parole de la Nuclear Regulatory Commission (NRC). La firme a déclaré qu'elle s'attendait à ce que le processus d'examen du NRC soit achevé en 2027.
Le site est tristement connu après avoir vécu un drame marquant : l'unité 2 de la centrale nucléaire mise en service en 1974 a subi un accident le 28 mars 1979. Un dysfonctionnement du système de refroidissement a provoqué une fusion partielle du cœur du réacteur, entraînant le rejet d'une quantité de radioactivité. Cet accident a été classé au niveau 5 de l'échelle internationale des événements nucléaires (INES). Dans le cadre du contrat avec Microsoft, il n'est cependant pas prévu de remettre ce réacteur sur pied. Seule l'unité 1 fait partie du projet, mais la firme devra mettre les moyens pour s'assurer de sa résistance à l'épreuve du temps.
Un investissement conséquent, la quête de ROI jamais loin
Si l'on ne connaît pas le montant investi par Microsoft, l'enveloppe mise sur la table par Constellation est conséquente : l'entreprise prévoit de dépenser environ 1,6 milliard de dollars pour relancer la centrale, qui devrait être opérationnelle d'ici 2028. Des investissements importants qui doivent aider à remettre en état la centrale, notamment la turbine, le générateur, le transformateur d'alimentation principal et les systèmes de refroidissement et de contrôle.
Au-delà de l'approbation nécessaire de la commission de réglementation nucléaire des États-Unis, Constellation devra obtenir dans une demande séparée un renouvellement de licence qui prolongera l'exploitation de la centrale jusqu'en 2054 au moins. La relance de ce réacteur nucléaire pourrait créer 3 400 emplois directs et indirects pour une production d'environ 835 mégawatts d'électricité sans carbone.
Avant d'être mise à la retraite prématurément pour des raisons économiques en 2019, la centrale avait une capacité de production de 837 mégawatts, ce qui est suffisant pour alimenter plus de 800 000 foyers moyens. Au cours de sa dernière année d'exploitation, la centrale a produit de l'électricité à sa capacité maximale 96,3% du temps pour une masse salariale annuelle d'environ 60 millions de dollars et plus de 600 personnes employées à temps plein.
Répondre aux besoins énergétiques gargantuesques de la firme
Les accords d'approvisionnement en électricité avec les centres de données consacrés à l'IA font jaser depuis plusieurs mois. La démocratisation de cette technologie a mis à mal l'ambition des géants technologiques de devenir carbone neutre et Microsoft est l'un des plus touchés par ce dilemme.
En 2020, la firme prenait les devants avec des engagements climatiques à peine prétentieux : "D’ici 2030, Microsoft aura un bilan carbone négatif, et d’ici 2050, Microsoft éliminera de l’environnement tout le carbone que l’entreprise a émis soit directement, soit par la consommation électrique depuis sa création en 1975". Seulement voilà, l'arrivée de l'IA a chamboulé ses plans, à tel point que les émissions de gaz à effet de serre de la firme de Redmond étaient en fait environ 30% plus élevées au cours de l'exercice 2023.
Une consommation annuelle égale à celle d'Haïti
Après avoir investi plus de 13 milliards de dollars dans OpenAI, Microsoft s'est mis à plancher sérieusement sur le développement d'outils propriétaires mis rapidement à disposition des développeurs et du grand public. L'ensemble des fonctions Copilot annoncées ces derniers mois font partie de cette stratégie. Seul hic : si ce travail s'avère payant pour se démarquer sur le marché, les dessous du plan sont moins glorieux.
Le géant a émis 15,357 millions de tonnes de dioxyde de carbone au cours de son dernier exercice financier, comparable à la pollution annuelle par le carbone d'Haïti ou de l'Etat de Brunei. Et l'avenir semble bien sombre à en croire l'agence internationale de l'énergie dans son dernier rapport annuel sur les analyses et prévisions d'électricité jusqu'en 2026 : "D'ici 2026, le secteur de l'IA devrait connaître une croissance exponentielle et consommer au moins dix fois sa demande de 2023".
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