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IBM numéro un mondial du cloud, faut-il y croire ?

Dans un rapport publié par Infonetics, IBM se classe numéro un mondial du cloud computing en 2013. Plus surprenant, le cabinet d’études de marché positionne Big Blue comme le leader du logiciel à la demande, devant Salesforce. Décryptage d’une étude qui va à contre-sens des classements publiés jusqu’ici.
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IBM numéro un mondial du cloud, faut-il y croire ?
IBM numéro un mondial du cloud, faut-il y croire ? © Kansir - Flickr - C.C

Ginni Rometty, PDG d’IBM, peut se réjouir. Dans l’étude qu’il vient de publier sur le marché de l’informatique en nuage, Infonetics désigne son groupe comme le numéro un mondial du cloud compting en 2013. Big Blue arrive en tête avec une part de marché de 10,9%, devant Amazon, Salesforce, Microsoft et Deutsche Telekom, qui complètent le Top 5 mondial. Plus surprenant, le cabinet le positionne aussi comme le leader des logiciels à la demande, loin devant Salesforce, considéré jusqu’ici comme le roi de ce segment du cloud. Alors faut-il croire ces conclusions ?

Si IBM déclare un revenu de 4,4 milliards de dollars dans le cloud computing en 2013 et Salesforce un chiffre d’affaires de 4 milliards de dollars lors de son exercice fiscal clos le 31 janvier 2014, les chiffres bruts sont difficiles à interpréter car ni l’un ni l’autre n’en fournit la répartition précise sur les différents segments du cloud. Un travail de dissection réalisé par Clifford Grossner, analyste chez Infonetics et auteur de l’étude : "Les revenus d’IBM dans le cloud computing en 2013 proviennent pour 222 millions de dollars du cloud d’infrastructure et pour 4,2 milliards de dollars des logiciels à la demande. Ceux de Salesforce la même année sont issus pour 287 millions de dollars de plate-forme cloud et pour 2,6 milliards de dollars des logiciels à la demande. Le leadership d’IBM s’explique par la richesse de son offre avec plus de 100 applications en ligne, par l’étendue de sa base clients avec plus de 8,4 millions d’abonnés et par sa présence chez les 25 plus grandes entreprises mondiales du Fortune 500."

A chacun sa définition du cloud

De nombreux cabinets d’études de marché s’intéressent au cloud computing mais souvent d’une façon plus partielle. Synergy Research publie tous les trimestres sa vision des segments d’infrastructure et de plate-forme cloud. Au troisième trimestre, il place IBM à la troisième place avec environ 7% du marché sur ces deux segments, derrière Amazon Web Services (27%) et Microsoft (10%). Sur le segment du logiciel à la demande, PwC publie tous les ans un classement des 100 premiers éditeurs dans le monde. L’étude 2014 classe IBM huitième dans le logiciel à la demande avec 742 millions de dollars, derrière Salesforce, Microsoft, Intuit, ADP, SAP, Oracle et Cisco. On est loin des 4,2 milliards de dollars estimés par Infonetics en 2013. Mais la dernière étude de PwC se rapporte aux chiffres d’affaires de 2012. Quant aux cabinets Gartner, IDC ou Forrester, ils se focalisent souvent sur le marché du cloud public.

L’étude d’Infonetics couvre l’ensemble du marché du cloud computing qu’il soit privé, public ou hybride, et qu’il se rapporte à l’infrastructure, aux plates-formes de développement d’applis ou au logiciel à la demande. Le cabinet a réalisé un grand travail de clarification pour délimiter le marché. "Nous avons passé plusieurs années à définir le périmètre du cloud computing, car nous avons constaté une grande confusion sur le marché, explique Clifford Grossner. Alors que le marché a atteint un certain niveau de maturité, il manque encore une définition du cloud commune à tous les acteurs. Ce qui rend difficile l’évaluation du marché." Jusqu’ici, les spécialistes décomposaient le marché en trois segments : infrastructure (IaaS pour Infrastructure as a service), plateforme de développement d’applis (PaaS pour Platform as a service) et logiciel à la demande (SaaS pour Software as a service). Infonetics a jugé bon de créer un quatrième segment : CaaS (Cloud as a service), intermédiaire entre l’IaaS et le PaaS. Sur l’ensemble, il estime que le marché devrait passer de 40,3 milliards de dollars en 2013 à plus de 200 milliards de dollars en 2018, soit une croissance moyenne de 38% par an. Le logiciel à la demande en représente les deux cinquièmes. A chaque segment son leader : Google pour le CaaS et le Paas, IBM pour le SaaS et Amazon Web Services pour l’IaaS.

Leadership incontesté dans le cloud privé et hybride

La force d’IBM tient en grande partie à son leadership incontesté dans le cloud privé et hybride. L’estimation de sa position sur le marché du cloud computing est rendue difficile par son double rôle d’équipementier pour la construction de cloud et de fournisseur de services de cloud computing. "Son chiffre d’affaires dans ces domaines est en effet important, mais il provient en grande partie de la vente de matériels, logiciels et services associés au cloud computing et non des services cloud eux-même", tempère John Dinsdale, directeur de recherche chez Synergy Research.

Selon Clifford Grossner, le leadership d’IBM sur le segment du SaaS devrait perdurer au moins pendant les cinq années à venir. De quoi redonner confiance à Ginni Rometty, un peu fragilisée par les mauvais résultats du troisième trimestre 2014. Face à un chiffre d’affaires en chute de 4% à 22,4 milliards de dollars et un résultat d’exploitation en recul de 10% à 3,7 milliards de dollars, elle a du abandonner son objectif boursier de 20 dollars par action en 2015. Mais elle a décidé d’accélérer le virage du groupe vers le cloud computing en créant une division dédiée à ce business traité jusqu’ici de façon transversale dans les trois métiers d’IBM : matériel, logiciel et services. Avec à la clé, un investissement de 1 milliard de dollars voué au développement du SaaS.

Ridha Loukil

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