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Il faut aller bien au-delà de la fracture numérique affirme le Conseil national du numérique

Le CNNum a remis le 26 novembre son rapport sur l’inclusion numérique à Fleur Pellerin. Un "cadre de pensée pour l’action" qui veut en finir avec l’idée de fracture numérique et pointe l’urgence de former la population en permanence.

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Il faut aller bien au-delà de la fracture numérique affirme le Conseil national du numérique
Il faut aller bien au-delà de la fracture numérique affirme le Conseil national du numérique © DR

Le CCNum (Conseil national du numérique) a remis officiellement le 26 novembre, un rapport de plus de 300 pages sur l’inclusion numérique. Derrière le terme, pour commencer, l’idée de ne plus parler de fracture numérique. Une expression trop empreinte d’idées datant des années 90-2000, époque à laquelle on pensait qu’il suffisait d’un ordinateur et d’une connexion pour résoudre le problème. "On ne peut plus raisonner de la même façon avec 40% de la population connectée (comme dans les années 2000, ndlr), et quand ce taux atteint 80%, insiste Valérie Peugeot, vice-présidente du CNNum en charge du rapport et chercheuse en sciences humaines et sociales au sein des Orange Labs. Les 20% non connectés sont bien plus exclus !" De plus, comme les technologies ne s’arrêtent jamais d’évoluer, c’est toute la population, les 80% connectés et les 20% qui ne le sont pas, qui doit consentir un effort de formation permanent…

Sept recommandations

Le rapport du CNNum traduit l’importance de cet enjeu aux yeux de l’équipe d’une dizaine de membres du conseil qui s’est attelé à la tache durant 6 mois et a débattu avec une soixantaine d’acteurs impliqués sur le sujet. Il liste trois constats. Pour commencer, la diffusion rapide des technologies fait du numérique non plus une option, mais une exigence. Ensuite, sa pénétration croissante est concomitante avec une période d’accroissement des inégalités sociales et économiques. Enfin, le mythe des digital natives est dépassé. De là, il tire pas moins de sept recommandations :

  • faire de l'accès à Internet et ses ressources essentielles un droit effectif
  • faire de la littératie pour tous, le socle d’une société inclusive
  • s'appuyer sur le numérique pour renforcer le "pouvoir d'agir" de tous les citoyens
  • réinventer les médiations à l'ère numérique
  • ouvrir la porte de l’emploi numérique aux 900 000 jeunes à la dérive
  • aider les décideurs a embrasser les enjeux sociaux et politiques du numérique
  • disposer d'indicateurs adaptés a l'état actuel des sociétés numériques et aux nouveaux objectifs d'e-inclusion

Le CNNum précise sa définition de la littératie, terme emprunté à un de ses membres qui l’a remis au gout du jour, Bernard Stiegler : il s’agit de "l'aptitude à comprendre et à utiliser le numérique dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses compétences et capacités." Bien au-delà donc des seuls accès et connexion aux infrastructures, mais aussi des usages dans leur acception la plus simple, comme la capacité à naviguer sur le net ou à échanger des mails.

Si le document n’est qu’un outil de réflexion pour le gouvernement et les collectivités locales entre autres, il s’adresse aussi à toutes les bonnes volontés en la matière, et surtout fait une trentaine de propositions d’actions. Il préconise par exemple, au risque de s’attirer les foudres des collectivités, de consacrer un pourcentage des investissements prévus par le gouvernement dans le très haut débit au développement des usages. L’une des raisons en étant que, quoiqu’il arrive, il n’est pas question d’attendre le déploiement du THD pour s’attaquer au sujet de l’inclusion.

Mooc, e-learning, fablabs

Sans surprise, le rapport fait de la formation massive à la littératie numérique, de l’enfance à l’âge avancé, son action prioritaire. Avec l’enseignement du primaire jusqu’au lycée de "l’informatique, mais aussi de toutes les autres composantes d’une véritable culture critique du monde numérique, le développement à l’université, dans les écoles professionnelles, dans les grandes écoles, de la culture générale du numérique, au-delà des simples usages, de l’expérimentation et du déploiement de formes modernes d’enseignement." Au programme, entre autres : e-learning, Moocs, apprentissage individualisé à partir de contenus, fabLabs.

Repenser la médiation

Comme la littératie, la médiation numérique est considérée comme un levier vers une nouvelle politique d’inclusion. Cette démarche a pour objectif de faire passer le message et la connaissance entre ceux qui sont des habitués du numérique et ceux qui se sentent perdus. Mais là-encore, attention aux clichés, prévient le CNNum. Revenant sur les 80% de personnes connectées, Valérie Peugeot explique qu’eux-aussi doivent être au cœur du sujet. "C’est une cible mouvante. Des gens très cultivés, diplômés peuvent soudain se retrouver perdus dans leur travail face  au numérique, alors que des jeunes en galère, sans emploi, se révèleront très à l’aise." La médiation souffre selon le CNNum d’un fonctionnement en silo de ceux qui la pratiquent. Les espaces publics numériques (EPN), les espaces de co-working comme les Cantine, les médiathèques travaillent souvent chacun dans leur coin. Benoît Thieulin, président du CNNum, a d’ailleurs assuré que l’équipe menée par Valérie Peugeot jouerait son propre rôle dans la médiation pour porter la bonne parole partout en France.

L’urgence de la formation des élites

Enfin, pour atteindre les objectifs listés dans le rapport de conquête du numérique par les citoyens, le CNNum pointe une urgence particulière rarement évoquée. Il faut, selon lui, s’attaquer au manque de culture qui règne, selon le conseil, à la tête des administrations, mais aussi des universités, des entreprises… Sans quoi, puisque les dirigeants de ces structures sont aussi les décideurs, rien ne sera possible. Le chantier est imposant et urgent, tout comme l’enjeu, selon le conseil. Mais celui-ci, comme il l’a rappelé, n’a qu’un avis consultatif. "Ce document est avant tout un cadre de pensée pour l’action," rappelle Valérie Peugeot dans son introduction.

Emmanuelle Delsol

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