"Il faut éviter que trop de réglementation freine l'innovation", pour Fabien Aili

Présidé depuis septembre 2022 par Fabien Aili (par ailleurs Directeur vérification d'identité, biométrie & IA de Docaposte), le pôle de compétitivité Solutions Communicantes Sécurisées (SCS) entre dans sa feuille de route 2023-2026. Il entend prendre une nouvelle dimension en attirant les entreprises de services numériques (ESN), en se posant comme vivier de solutions sur la cybersécurité pour les TPE/PME, et en continuant de renforcer l’écosystème de Provence-Alpes-Côte d’Azur par de nouveaux axes de coopération.

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L'Usine Digitale : Comment envisagez-vous l’évolution du pôle sur les quatre prochaines années pour répondre à toutes les problématiques de transition numérique des entreprises ?

Fabien Aili : Nous voulons élargir notre positionnement pour peser encore plus dans le paysage numérique français et européen. Notre base d’adhérents a atteint un palier qui ne progresse plus, de l’ordre de 300-320 membres. Nous réfléchissons donc, d’une part, à des partenariats ou rapprochements avec d’autres pôles, avec déjà quelques idées sur le sujet.

Et nous souhaitons, d’autre part, parvenir à une plus grande diversité dans les typologies des membres pour conforter notre capacité à apporter des solutions opérationnelles aux sociétés qui nous sollicitent, par exemple pour trouver comment et avec qui réduire leur consommation énergétique ou améliorer leur empreinte environnementale. Sur notre socle traditionnel, nous comptons trop peu d’entreprises de services numériques (ESN) bien qu’elles soient des acteurs importants de notre écosystème. Intégrer ces prestataires nous permettra de couvrir plus complètement notre chaîne d’accompagnement. Dans l’idéal, grâce à cette stratégie, nous voudrions atteindre les 400 à 500 membres.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le pôle a fait tomber des barrières entre les secteurs microélectronique, télécommunications, logiciels, entre les territoires, Marseille, Nice, Sophia Antipolis, Toulon, entre industriels et académiques… Sur quels points peut-il progresser aujourd’hui ?

Le désengagement progressif de l’Etat a conduit les pôles à se réinventer pour aller chercher d’autres sources de financement et ne plus se contenter de survivre avec des subventions publiques ou du financement de projets. Nous avons développé un catalogue de prestations d’accompagnement dédié à la cybersécurité. Les grands groupes étant plutôt bien outillés dans le domaine pour se protéger, nous voulons que les TPE/PME puissent s’adresser à nous en sachant qu’elles disposeront d’une offre packagée pour leurs problématiques propres qu’elles n’ont pas les moyens de gérer seules.

Nous songeons même à faire appel à ces grands groupes pour qu’ils éclairent à nos côtés l’évolution de ces TPE/PME, leur transmettent leurs bonnes pratiques pour diminuer leur exposition aux risques cyber. C’est un axe de diversification de notre rayon d’action et de nos ressources. L’appui aux projets R&D reste un pilier pour encourager les adhérents à collaborer entre eux.

Quant aux querelles territoriales qui ont pu exister par le passé, elles s’atténuent encore avec la création du European Digital Innovation Hub (EDIH) eMove2Digitale, qui, sous la coordination du pôle avec les Universités Aix-Marseille et Côte d’Azur, agrège une multitude d’acteurs industriels, académiques et institutionnels et d’autres pôles de compétitivité pour soutenir le déploiement dans les entreprises régionales des technologies d’intelligence artificielle, des objets connectés et de la cybersécurité.

Le cofinancement de ce EDIH, labellisé en 2022 par l’Europe, est en cours de finalisation pour un lancement courant 2023. La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur a annoncé aussi vouloir fonder un "campus régional cyber" pour servir de point d’alerte et de traitement des cyberattaques. Le pôle a été consulté. Son lieu d’implantation, entre l’est ou l’ouest de la région, suscite des revendications, chacun faisant valoir ses atouts et sa légitimité pour l’accueillir, c’est de bonne guerre. Le pôle sera un facilitateur d’équilibre, comme il l’a toujours fait, puisque dans ses statuts, son siège alterne tous les deux ans entre Rousset (Bouches-du-Rhône) et Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes) !

Les start-up se plaignent souvent de ne pas trouver leurs premières références sur le territoire. Le pôle peut-il peser pour changer la donne ?

Dans le pôle, nous avons plus d’offreurs de solutions technologiques que d’utilisateurs. Les grands groupes peuvent rechercher des pépites dans l’écosystème, dans un mode partenarial qui peut générer du business pour la plus petite structure, mais ils ne peuvent pas toujours être pour elle une cible commerciale car leurs centres de décision sont à Paris ou ailleurs. De plus, depuis quelques années, se pose aussi un souci d’attractivité : l’écosystème évolue peu, faute de nouveaux acteurs qui s’implantent dans la région, ce qui limite les opportunités et possibilités de prospection pour les TPE/PME.

Enfin, il y a un problème de réglementation : l’Europe adopte des règles que la France rend parfois plus restrictives. Une start-up innovante va donc avoir tendance à aller explorer des pays ou des marchés moins régulés, plus souples, comme l’Amérique ou l’Asie, car elles y auront plus de facilité pour déployer leurs innovations et leur business. Il faut arriver à trouver le juste équilibre entre poser les bons garde-fous pour ne pas faire n’importe quoi et le frein à l’innovation que peuvent engendrer le contexte réglementaire et les nouvelles contraintes en cours d’élaboration.

Les grands groupes ont un rôle à jouer, en usant de tout leur poids et de leur lobbying, pour permettre que les petites structures, nées ici et souvent soutenues à leur amorçage ou dans leur R&D, puissent se développer dans la microélectronique, les logiciels, l’intelligence artificielle… et localiser l’industrialisation de leurs solutions en France. Soyons vigilants de ne pas bloquer l’innovation française !

Move2Digital, un projet fédérateur pour 2023

Visant l’appropriation par les entreprises régionales des technologies liées à l’Intelligence Artificielle, la Cybersécurité et aux objets connectés (IoT), Move2Digital fait partie des 10 "European Digital Innovation Hub" retenus en France par la Commission européenne et des 136 au niveau européen, dans le cadre d’un appel à projets du programme Digital Europe. Il bénéficie d’un cofinancement européen pour près de 2 millions d’euros. Coordonné par le pôle de compétitivité mondial SCS, Aix-Marseille Université et Université Côte d’Azur (en association avec l’INRIA), Move2Digital est un consortium composé de 9 clusters industriels et technologiques et 3 entités de recherche de premier plan, dont les pôles et clusters Capenergies, Éa éco-entreprises, Eurobiomed, Innov’Alliance, Novachim, Optitec, Pôle Mer Méditerranée et EU|BIC TVT Innovation, SAFE, et l’École des Mines de Saint-Etienne (Campus Georges Charpak Provence de Gardanne), ainsi qu’un second cercle de partenaires associés, composé des universités de Toulon et d’Avignon, CNRS, CEA,INSERM, École Centrale Marseille, Rising Sud et CCI.

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