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Imbroglio aux Etats-Unis sur les interférences de bandes de fréquences 5G avec les avions

Les compagnies aériennes américaines s'inquiètent de l'utilisation du spectre de fréquence de la bande C pour déployer la 5G. Exploiter cette bande de fréquences pourrait entraîner des perturbations quant au fonctionnement des radioaltimètres et engendrer des retards aériens. Les principales compagnies aériennes, qui ne se contentent pas des premières mesures de précaution émises par les opérateurs télécoms AT&T et Verizon, chiffrent à 1,59 milliard de dollars par an le coût de ces retards pour les passagers.
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Imbroglio aux Etats-Unis sur les interférences de bandes de fréquences 5G avec les avions
Imbroglio aux Etats-Unis sur les interférences de bandes de fréquences 5G avec les avions © Unsplash - Pascal Meier

Des compagnies aériennes américaines tirent la sonnette d'alarme autour de l'utilisation du spectre de fréquence de la bande C pour déployer des réseaux 5G. L'exploitation de cette bande de fréquences, qui doit débuter le 5 janvier, aura des conséquences sur certains appareils de communication embarqués sur les avions.

Les principales compagnies aériennes des Etats-Unis ont assuré mercredi 15 décembre 2021 que cela pourrait perturber quotidiennement des milliers de vols et coûter aux passagers 1,59 milliard de dollars par an en retards. Les opérateurs télécoms américains, quant à eux, ont déboursé plus de 80 milliards de dollars pour acquérir les droits sur ces nouvelles fréquences.

Un premier décalage
Après de premières alertes, AT&T et Verizon ont accepté en novembre dernier de décaler à début janvier le démarrage de l'utilisation de cette bande C. Mais les inquiétudes des compagnies aériennes ne se sont pas dissipées. Les acteurs de l'aéronautique et la Federal Aviation Administration (FAA) ont fait part de leurs préoccupations concernant de potentielles interférences entre ces nouveaux réseaux 5G et les appareils électroniques embarqués sur les avions, comme par exemple les radioaltimètres.

"Les radioaltimètres ne peuvent pas être utilisés pour remplir leur fonction prévue s'ils subissent des interférences dues aux opérations à large bande sans fil dans la bande de fréquences 3,7-3,98 GHz (bande C 5G)", écrit la FAA. L'agence gouvernementale a été contrainte de publier le 7 décembre de nouvelles consignes de navigabilité, avertissant que les interférences du spectre 5G pourraient entraîner des déroutements de vol. Mais l'agence n'a pas quantifié l'effet de ces nouvelles règles.

345 000 vols de passagers affectés
Ces mesures ne semblent de toute façon pas rassurer les compagnies aériennes. Scott Kirby, directeur général de United Airlines, a demandé à l'issue d'une audience de la commission du commerce du Sénat américain qu'AT&T et Verizon retardent à nouveau ce déploiement. Il assure qu'autrement cela pourrait conduire à retarder, détourner ou annuler environ 4% des vols quotidiens et affecter des centaines de milliers de passagers, rapporte Reuters.

"Le 5 janvier, à moins que quelque chose ne change, nous ne pourrons pas utiliser de radioaltimètres dans une quarantaine des plus grands aéroports du pays", a déclaré Scott Kirby. "C'est une certitude. Ce n'est pas un débat". Cela signifie, selon le DG de United Airlines, que dans les principaux aéroports américains seule une approche visuelle sera possible en cas de mauvais temps, de couverture nuageuse ou de brouillard important.

L'Airlines for America (A4A), qui regroupe de nombreuses compagnies aériennes américaines, estime que les nouvelles règles émises par la FAA auraient affecté près de 345 000 vols de passagers, soit 32 millions de personnes, si elles avaient été mises en œuvre avant la pandémie en 2019. Cela aurait également concerné 5 400 vols de marchandises et provoqué des retards et des annulations représentant 1,59 milliard de dollars par an pour les passagers.

Des mesures de précaution
En acceptant de décaler au 5 janvier le lancement commercial de ce nouveau réseau 5G, AT&T et Verizon, ont également acceptés d'adopter des mesures de précaution durant 6 mois afin de limiter les interférences. Le but est également de laisser le temps à la FAA de procéder à des analyses complémentaires et de parvenir à un accord avec son homologue dans les télécoms, la FCC. "J'ai confiance dans les mesures d'atténuation proposées par l'industrie du sans fil", a déclaré Jessica  Rosenworcel, présidente de la FCC, lors d'une conférence de presse rapportée par Bloomberg. "Je suis également convaincue que nous allons trouver des solutions pour déployer rapidement et en toute sécurité les services 5G."

En France, l'Agence nationale des Fréquences (ANFR) a recommandé la délimitation d'une zone de sécurité à proximité des pistes, dans laquelle le nombre et la puissance des émetteurs devrait être réduit. Mais l'implantation des antennes aux abords des aéroports a été validée.

Ce n'est pas la première fois que l'attribution de bandes de fréquences pour le déploiement de la 5G soulève des questions. Vers les premiers déploiements, les météorologues avaient tirés la sonnette d'alarme : les fréquences exploitées par la nouvelle norme de téléphonie mobile, très proches de celles de leurs satellites, pourraient réduire la fiabilité des prévisions. En France des mesures ont rapidement été prises pour éviter ces perturbations, mais les Etats-Unis ont été pointés du doigt.

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