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Intel : "Nous voulons résoudre les problèmes d’expérience utilisateur de la réalité virtuelle"

Entretien La prochaine grande bataille pour la réalité virtuelle sera le marché des appareils tout-en-un, qui fonctionnent sans avoir besoin d’un smartphone ou d’un ordinateur. Nombreux sont les acteurs à s’y intéresser, qu’il s’agisse d’Oculus, de Qualcomm ou d’Intel. Ce dernier a fait une démonstration de force lors du CES 2017 avec un nouveau prototype de son "projet Alloy", qui permet de virtualiser en un instant un environnement réel et d’y naviguer à plusieurs. Pour en savoir plus sur les projets du fondeur, L’Usine Digitale s’est entretenue avec Achin Bhowmik, le vice-président et directeur général de la division "Informatique perceptuelle" d’Intel.

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Intel : Nous voulons résoudre les problèmes d’expérience utilisateur de la réalité virtuelle
Achin Bhowmik tenant dans ses mains la première version du projet Alloy. © Intel

L’Usine Digitale – Qu’est-ce qui a motivé la création d’Alloy ?

Achin Bhowmik - Elle était l’évolution naturelle de nos travaux sur RealSense. Nous nous en servions déjà pour faire de la reconnaissance de visages ou de gestes, nous l’avions intégrée à des tablettes pour faire de la capture en 3D, puis nous l’avons embarquée à bord de drones et de robots pour les aider à naviguer dans leur environnement. Passer à des applications de réalité virtuelle et augmentée était au final assez simple à mettre en œuvre.

 

En quoi se différencie-t-il des autres casques de réalité virtuelle ?

Les casques actuels du marché sont de très bons appareils, mais ils ont des problèmes d’expérience utilisateur : ils demandent un PC très puissant auquel ils sont raccordés par un voire plusieurs câbles, et ils nécessitent d’installer des capteurs externes dans la pièce pour suivre les déplacements de l’utilisateur dans l’espace. De plus, s’ils proposent une immersion saisissante, ils vous coupent complètement du monde extérieur, qu’il vous est impossible de voir et encore moins d’intégrer à l’environnement virtuel. Enfin, ils ne vous permettent pas d’interagir directement avec vos mains, même pour des actions toutes simples. Le projet Alloy est né de notre désir de résoudre tous ces problèmes avec RealSense.

 

La démonstration au CES 2017 combinant plusieurs casques Alloy dans un même environnement était impressionnante. Mais quels usages ciblez-vous pour cette technologie ? Avez-vous des scénarios spécifiques en tête ?

Nous explorons encore ce qui peut se faire en matière d’usages. Le premier marché sera clairement celui du divertissement, mais le marché professionnel ne sera pas délaissé pour autant. Par exemple, j’imagine sans mal une utilisation dans les concessions automobiles, pour pallier le manque d’espace.

 

Ensuite il y a l’éducation. Si j’essaie d’expliquer à mes élèves la structure des molécules ou du système solaire… C’est difficile à visualiser en 2D, mais avec Alloy ils pourraient le voir comme en vrai. Il y a aussi les musées. Vous vous promenez dans un musée où vous visitez le Taj Mahal et des informations contextuelles pourront s’afficher automatiquement. Les visites deviendront interactives. Ces usages coexisteront avec des applications grand public comme des jeux multijoueurs ou des retransmissions de matchs de basketball immersifs [ndlr : Intel a fait l’acquisition en novembre 2016 de la start-up Voke, qui se spécialise dans le streaming sportif à 360°].

 

Intel a connu plusieurs échecs sur le marché mobile face à ARM. Pensez-vous que l’architecture X86 soit la plus appropriée pour faire de la réalité mixte avec ce type d’appareil "tout-en-un" ?

Si on regarde les casques de réalité virtuelle qui ont du succès aujourd’hui, ils sont divisés en deux segments. D’abord le haut de gamme, avec l’Oculus Rift ou le HTC Vive. Ils utilisent un PC pour le gaming, qui consomme dans les 500 Watts de puissance. Ils ont des performances et des capacités très importantes par rapport au deuxième segment, celui de l’entrée de gamme. Il inclut les appareils du type Samsung Gear VR, dont les performances sont intrinsèquement limitées par leur puissance de calcul. Et de ce point de vue, l’architecture que vous utilisez n’a pas vraiment d’importance : que ce soit du X86 ou de l’ARM, vous êtes limités par la consommation énergétique.

 

Le projet Alloy nous permet de combiner ces deux mondes. Un appareil mobile avec la capacité de calcul d’un ordinateur portable, avec le même processeur que vous trouvez dans une Surface Pro 4 et une carte graphique qui consomme entre 10 et 15 Watts. C’est de ça dont on a besoin pour une expérience de qualité, et au total cela représente 20 à 25 W. C’est vraiment très proche de l’architecture d’un laptop. Il y a des puces Movidius [ndlr : racheté par Intel en 2016] spécialisées dans le traitement de l’image, des caméras RealSense… C’est essentiellement un PC. D’ailleurs il utilise Windows.

 

 

Quand peut-on s’attendre à voir les premiers appareils commerciaux basés sur Alloy ?

Nous travaillons déjà avec des partenaires à ce sujet. Des entreprises de très grande envergure. L’arrivée sur le marché se fera en fin d’année 2017.

 

N’est-ce pas cependant étonnant de voir Intel et Microsoft développer chacun des technologies concurrentes, avec Alloy et RealSense d’un côté, et la technologie de positionnement d’HoloLens, basée sur Kinect, de l’autre ?

Il n’y a pas de concurrence du tout. Nous sommes partenaires. Terry Myerson [ndlr : vice-président exécutif de Microsoft en charge de la division Windows & Devices] a d’ailleurs annoncé qu’Alloy est supporté par Windows Mixed Reality. C’est vrai que si vous regardez les technologies de base, elles semblent similaires. Mais HoloLens est un appareil disposant d’une puissance de calcul légère et qui utilise un écran transparent. La différente est très significative. Si je veux afficher un chapeau virtuel sur votre tête, HoloLens n’affiche que le chapeau.

 

Avec un casque de réalité virtuelle, j’ai besoin de plus de puissance car je vous intègre d’abord dans le monde virtuel avec de rajouter le chapeau. Au final, cela revient à ce que je disais sur la puissance de calcul et l’énergie qu’elle nécessite. HoloLens augmente le monde réel de façon subtile. Pour un résultat plus immersif, il me faut plus de puissance. A l’avenir j’imagine que les puissances de calcul évolueront et que les capacités liées à la réalité virtuelle deviendront accessibles aux appareils de réalité augmentée, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui.

 

Des démonstrations plutôt convaincantes au CES 2017

 

Nous avons eu l’opportunité de tester Alloy en privé lors du CES 2017. La démonstration à laquelle nous avons pris part était la même que celle de la conférence d’Intel le jour d’avant. En enfilant le casque, on voit l’environnement inchangé au travers de ses caméras. Puis il scanne la pièce et virtualise tout ce qui s’y trouve : murs, table basse et autres canapés disparaissent et sont remplacés par un décor de science-fiction, tout en gardant les mêmes proportions. La table basse, par exemple, n’est pas juste invisible, elle est transformée en un objet aux mêmes dimensions. Des robots volants attaquent alors depuis l’horizon (car la pièce est devenue le haut d’une tour délabrée et le plafond et le haut des murs ont disparu). Le but est de les abattre à l’aide de contrôleurs basiques.

 

Tout n’était pas parfait lors de la démo : la précision des tirs était douteuse et le positionnement ainsi que la forme de l’environnement virtuel pas toujours totalement raccord. Mais elle reste malgré tout impressionnante, d’autant qu’elle peut être effectuée à deux en même temps. Une autre démonstration faite sur le stand Intel permettait quant à elle de visualiser ses mains dans un environnement virtuel avec une fidélité proche du photoréalisme.

 

D’autres entreprises développent des capacités similaires à Alloy, comme Qualcomm avec son VR835 ou Google avec Tango. En quoi votre offre est-elle meilleure ?

Nous travaillons avec la plupart des entreprises concernées. Il y a beaucoup d’expérimentations dans ce domaine, mais nous sommes vraiment très impliqués dans RealSense. Nous avons décidé très tôt que nous investirions beaucoup de moyens pour le mettre en avant. Le marché est déjà large et il va croître encore plus, et nous avons de nombreux partenariats en cours dont je ne peux pas vous donner les détails aujourd’hui.

 

Outre Alloy, à quelles autres applications de RealSense doit-on s’attendre dans les mois et années à venir ?

Il aide les robots à sortir de l’usine. Notre CEO était au NRF Retail's BIG Show 2017 en début d’année et nous y avons présenté un robot autonome pour la gestion des magasins. J’étais moi-même à Taïwan il y a 2 mois pour le lancement du premier robot domestique d’Asus qui utilise RealSense. Il y a aussi des applications très prometteuses dans le médical, par exemple avec Makers Labs à San Francisco qui s'est associé à une start-up pour effectuer des scans 3D du corps humain à la recherche d’anomalies. Et on se met par ailleurs à faire du deep learning directement sur l’appareil.

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