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Internet par satellite : "il y a de la place pour plusieurs fournisseurs", selon Michel de Rosen d'Eutelsat

Entretien Michel de Rosen, le PDG d'Eutelsat, répond aux annonces de One Web qui veut développer une constellation de 900 mini-satellites en orbite basse pour diffuser internet partout sur la planète. Pour le numéro un d'Eutelsat, qui fournit des services de TV et d’Internet par satellite à plus de 150 pays, soit potentiellement près d'un milliard d’individus, les satellites géostationnaires actuels sont capables de rivaliser.
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Internet par satellite : il y a de la place pour plusieurs fournisseurs, selon Michel de Rosen d'Eutelsat
Internet par satellite : "il y a de la place pour plusieurs fournisseurs", selon Michel de Rosen d'Eutelsat © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

L'Usine Digitale - OneWeb a sélectionné Airbus Defence & Space pour lui fournir une constellation de 900 mini-satellites Internet. Craignez-vous cette nouvelle concurrence ? 

 

Michel de Rosen - Le marché de la connexion Internet est un marché gigantesque. Il s’agit de desservir près de 4 milliards d’habitants et pour lesquels les réseaux terrestres ne sont pas toujours à la hauteur. Il y a de la place pour plusieurs fournisseurs satellites et pour différentes approches. OneWeb fait le choix de l’orbite basse à environ 800 km d’altitude et Eutelsat celui de l’orbite géostationnaire à 36 000 km d'altitude. Les seules règles à respecter dans ce secteur sont en définitive celles de la performance et du prix : il faut réussir à être bons dans ce que l’on fait, notamment en effectuant des choix technologiques et commerciaux pertinents. Il faut aussi souligner les effets secondaires de l’annonce de OneWeb : elle donne une visibilité à l’innovation importante qui anime le secteur spatial et elle valorise la capacité fondamentale du satellite à apporter la connectivité en tout point de la planète au même coût. A travers cette notoriété accrue, c’est l’ensemble de l’industrie qui bénéficie de cette annonce.

 

Comment allez vous réagir ? Comptez-vous changer d’orbite ? 

 

Nous ne sommes pas obtus et nous n’avons pas de religion quant à la technologie satellitaire à déployer. Nous nous adapterons en fonction de la demande de nos clients sans rien nous interdire. La technologie des satellites en orbite géostationnaire est selon nous bien adaptée aux marchés de la connectivité et progresse à grands pas. Avec notre satellite Ka-Sat, en service depuis 2011 et dédié exclusivement à la connexion Internet, nous avons divisé par dix le prix du Mbps (Millions de bits par seconde - NDLR) avec des tarifs à l’utilisateur final comparables à ceux de l’ADSL. Nous couvrons également l’Amérique Latine, et la Russie occidentale sera couverte en 2016. D’autres projets seront annoncés cette année. Nos satellites concentrent leur puissance vers des régions ciblées. Ce n’est pas le cas des constellations. Outres les zones habitées, elles couvrent également les océans, les déserts… Un gaspillage certain de capacités !

 

Vous parlez d’une flotte de quelques satellites contre plusieurs centaines pour OneWeb. Pouvez-vous rivaliser ? 

 

Les satellites ne sont pas du tout comparables. Un satellite géostationnaire est une constellation à lui tout seul ! Avec l’arrivée de Ka-Sat, les satellites géostationnaires ont déjà vu leur capacité passer de 10 Gbps à plus de 90 Gbps (1Gbps équivaut à 1000 Mbps, NDLR). Les générations  suivantes visent des capacités à 500 Gbps voire en Terabps (soit 1 million de Mbps - NDLR). En outre, la flexibilité permettra de diriger cette capacité au fil du temps précisément là où se trouve la demande. Ainsi, les satellites GEO serviront de mieux en mieux un nombre croissant de clients en offrant de nouvelles applications comme l’Internet des objets, le haut débit mobile ou la connectivité des avions…

 

Pensez-vous que l’industrie spatiale peut relever le défi des mega-constellations ? 

 

La somme des défis est considérable. Notre métier paraît presque simple par comparaison. Outre une production en série des satellites à des niveaux jamais envisagés, Il va falloir augmenter considérablement la cadence des lancements. Si l’industrie investit et s’organise pour répondre à un pic de lancements pendant un an, que fera-t-elle l’année suivante des usines et des équipes ? Au niveau de l’équipement des utilisateurs, la complexité technologique pose aussi de grands et nouveaux défis. Il faut encore améliorer les technologies des antennes pour qu’elles puissent garder la connexion en basculant d’un satellite en orbite basse à un autre, puisqu’ils défilent sans cesse. Il faudra également éviter les embouteillages dans l’espace, obtenir des multiples pays et autorités concernés les licences d’émettre et mettre en place des réseaux de distribution à l’échelle mondiale… 

 

Après SpaceX qui a contraint l’industrie européenne à revoir son modèle, c’est au tour de OneWeb de bousculer les opérateurs de satellites traditionnels. Pourquoi l’Europe apparaît-elle autant à la traîne sur l’innovation ?

 

Le succès introduit un excès de confiance et de conservatisme. Dans l’industrie des lanceurs, après des années de leadership, les dirigeants ont cru qu’Arianespace était installée dans le succès. Or si Ariane 5 est très fiable, elle est également très chère. Le fondateur de SpaceX, Elon Musk, a saisi une opportunité en lançant une fusée low-cost. Aujourd’hui l’Europe a pris la mesure de la menace et a réagi. La critique ne s’applique pas aux opérateurs de satellites. Eutelsat a été un pionnier avec Ka-Sat qui a transformé le paysage de la connexion à haut débit par satellite en Europe.

 

Nous avons d’autres projets qui représentent des ruptures technologiques au service du client : avec l’Agence spatiale européenne (ESA) et Airbus, nous préparons "Eutelsat Quantum", un satellite paramétrable par logiciel. Depuis le sol, les opérateurs pourront reconfigurer en temps réel ses principaux paramètres : zone de couverture, débit, puissance, fréquences… Ce sera une nouvelle révolution, et nous en initierons d’autres. 

 

 
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