[Interview] Ces levées plus importantes dans la cybersécurité, le signe d’une nouvelle maturité

Directeur d’investissements au fonds Cyber Impact Ventures depuis le début de l’été, William Lecat est un fin connaisseur de l’écosystème de la cybersécurité. Après plusieurs postes au ministère des Armées, ce polytechnicien a en effet bifurqué vers le secrétariat général pour l’investissement où il a piloté le programme d’investissement et de soutien à l’innovation dédié à la cybersécurité. Interrogé par L’Usine Digitale, l’expert détaille sa vision du secteur, en quête, comme les autres thématiques de la tech, de l’émergence de nouvelles licornes.

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[Interview] Ces levées plus importantes dans la cybersécurité, le signe d’une nouvelle maturité

L’Usine Digitale : Quelles sont les tendances que vous observez en matière d’investissement dans la cybersécurité ?

William Lecat : En 2019, une levée de fonds à 10 millions d’euros, c’était le record. La semaine dernière, Citalid a levé 12 millions d’euros, tandis que Tehtris obtient 44 millions d’euros. Cela illustre le chemin qui a été parcouru: nous arrivons à avoir des levées plus importantes alors qu’il y a quelques années, les entreprises qui arrivaient à ce niveau de maturité se faisaient racheter par des fonds américains. A Cyber Impact Ventures, nous sommes focalisés sur l’early stage, avec un financement compris entre 500 000 euros et 1,5 million d’euros. D’autres fonds comme Ace investissent dans une fourchette de 5 à 10 millions d’euros. C’est complémentaire et donc très prometteur, d’autant plus que d’autres fonds d’investissement s’intéressent à la cybersécurité.

J’ajoute enfin que ce marché reste très protégé de la crise économique qui s’annonce. En très forte croissance, de 10% en moyenne par an, il profite de la mise en exergue du numérique lors de la crise sanitaire. Et il y a enfin un alignement des volontés politiques françaises et européennes d’en faire un enjeu stratégique. C’est donc du point de vue de l’investisseur un marché très attractif, même s’il y a toujours des barrières à l’entrée. C’est un sujet technologique qui demande de la compétence pour entrer dans les dossiers.

Comment évoluent les start-up françaises ?

Alors qu’avant elles visaient d’abord les Etats-Unis, elles se déploient désormais en Europe, comme Mailinblack. Cette orientation est la clé pour développer des acteurs majeurs européens. Le marché est très stimulé et la demande est forte. Mais on voit qu’il y a eu un basculement. De fondateurs très technophiles qui n’avaient pas forcément une vision commerciale, on a basculé vers des entrepreneurs ayant à la fois la fibre de la tech et du business.

On observe également un marché de la ressource humaine très tendu. En dessous de cent personnes, cela n’impacte pas la start-up. Mais il y a une traversée du désert difficile pour les entreprises ayant entre cent et mille salariés. Donc, si vous voulez devenir une licorne, vous avez deux options. D’abord de faire de la croissance interne, mais c’est très dur avec cette difficulté dans le recrutement. Ensuite de faire des acquisitions ou des partenariats. Mais on voit que les mentalités changent là-dessus.

Quels sont les points faibles que vous observez chez les start-up? Et les secteurs prometteurs où elles pourraient percer ?

Il y a encore un côté très ingénieur, celui d’attendre d’avoir le produit parfait pour le commercialiser. On retrouve ce même biais chez nos voisins les plus actifs, comme l’Espagne, les Pays-Bas et l’Allemagne. Et le marché de la cybersécurité français est très morcelé, avec des start-up qui ont du mal à grandir. Mais l’écosystème est stimulé. Le cyber booster a ainsi obtenu un succès inattendu. L’objectif était d’accompagner 30 boîtes sur les cinq premières années, ce chiffre va être explosé. Cela prouve qu’il y avait un important besoin. Un autre point faible, c’est qu’il y a peu de casse. Cela veut dire en fait qu’il y a peu de prise de risque, et donc moins d’opportunités qui sont prises.

Pour les secteurs prometteurs, on peut regarder les secteurs qui se numérisent, comme la mobilité - par exemple l’automobile -, l’industrie avec les systèmes Scada, ou le médical. Nous les encourageons à viser un secteur précis, en ciblant l’offre de valeur et un client. Nous les accompagnons jusqu’à un million d'euros. Il y a également des thèmes que l’on voit revenir de manière récurrente. Dans la sécurité du cloud, il n’y a pas tant d’offres que cela, alors qu’historiquement la sécurité intégrée est minimale. De même, des start-up se positionnent sur des offres adressées aux petites structures. Enfin, la sécurité des données personnelles va bénéficier d’un appel d’air poussé par la réglementation européenne.

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