Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

[Interview] Firefox Reality : plongée dans la stratégie de Mozilla pour le web immersif

Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Entretien Mozilla voit le futur du web dans la réalité virtuelle et augmentée. Il vient de sortir Firefox Reality, un navigateur web pour casques de réalité virtuelle qui se pose comme une alternative libre aux solutions offertes par Facebook et Google. Le point sur les enjeux de ces technologies et sur la stratégie de Mozilla avec Andre Vrignaud, Head of Mixed Reality Platform Strategy.

Firefox Reality : plongée dans la stratégie de Mozilla pour le web immersif
[Interview] Firefox Reality : plongée dans la stratégie de Mozilla pour le web immersif © Mozilla

Mozilla a lancé son navigateur web conçu pour les casques de réalité virtuelle autonomes le 19 septembre 2018. Baptisé Firefox Reality, il est disponible pour l’Oculus Go, le Lenovo Mirage Solo et le Vive Focus. Pensé pour naviguer aussi bien sur les contenus 2D que 3D, il dispose de plusieurs fonctionnalités absentes des navigateurs natifs de ces casques, comme la navigation privée, la recherche vocale et une liste de contenus WebVR qui sera régulièrement étoffée et mise à jour. Pour faire le point sur la stratégie et les ambitions du champion du logiciel libre, L’Usine Digitale s’est entretenue avec Andre Vrignaud, Head of Mixed Reality Platform Strategy chez Mozilla.

 

L'Usine Digitale - Comment Firefox Reality se différencie-t-il des navigateurs natifs de ces casques, comme Oculus Browser ou Chrome ?

Andre Vrignaud - Notre approche est de trouver ce que veulent les utilisateurs et de leur donner. Nous sommes passés par trois versions différentes avant d’arriver à ce résultat. Puis nous sommes allés voir Blink UX, une agence spécialisée dans l’expérience utilisateur. Cela nous a permis d’avoir l’avis des utilisateurs, ce qui est essentiel pour réussir. Nous avons par exemple appris que les gens aiment le clavier virtuel, mais veulent aussi avoir accès à la recherche vocale, qui est un usage auquel ils commencent à être habitués. Cela nous a conduits à accélérer notre travail sur ce point et à inclure cette fonctionnalité au lancement.

 

Pouvoir trouver du contenu plus facilement est une autre demande récurrente non seulement des utilisateurs mais aussi des fabricants de casques. L’idée est de donner une raison aux gens d’utiliser leur casque régulièrement. Cela nous a conduits a créé le flux de contenu qui fait office de page d’accueil du navigateur. Et c’est aussi bénéfique aux producteurs de contenu ! Nous voulons créer un cercle vertueux qui renforcera l’écosystème WebVR.

 

Comment convaincre les développeurs de créer des expériences web plutôt que des applications pour les boutiques des plateformes ?

Cela va dépendre du développeur et de ce qu’il recherche, et ça prendra aussi un peu de temps. Aujourd’hui, on peut faire moins de choses avec une application web du côté visuel. Mais à l’avenir, de nombreuses améliorations, comme WebGPU, permettront d’avoir de meilleures performances. Et puis l’une des principales motivations est que beaucoup de gens ne veulent pas passer par les app stores !

 

Notamment les entreprises. Boeing ou Airbus, avec qui nous avons discuté, ne veulent pas avoir à concevoir d’applications natives pour chaque plateforme qu’il faut ensuite mettre à jour, faire valider… c’est un cauchemar à maintenir. Ils veulent une seule web app qu’ils peuvent mettre à jour pour tout le monde d’un coup. Ce n’est qu’un exemple, mais nous pensons que l’accessibilité en un clic, sans garde-barrière, est intéressante pour beaucoup de développeurs.

 

 

En parlant de liberté, sur smartphones, les éditeurs des plateformes (Apple et Google) imposent aux navigateurs web alternatifs d’utiliser un moteur spécifique, plutôt que celui qu’ils veulent. N’avez-vous pas peur que ce scénario se répète ?

Bonne question. Nous avons mis au point un navigateur prototype pour tirer parti des fonctionnalités de réalité augmentée des smartphones, mais ce n’est pas une priorité justement à cause de ces limitations. Firefox Reality de son côté utilise bien Quantum, notre moteur maison.

 

Nous ne pouvons pas contrôler ce que font les plateformes, nous pouvons juste créer le meilleur produit possible. Cependant, je ne veux pas donner de noms, mais plusieurs fabricants ont abandonné des partenariats justement à cause de ce genre de pratiques. Ils ne voulaient pas répéter ce qui s’est produit avec les smartphones. Nous sommes naturellement très heureux de travailler avec eux. Et ce que vous voyez pour le moment n’est que la partie émergée de l’iceberg, nous avons bon espoir de créer des partenariats plus approfondis à l’avenir.

 

Est-ce que vous avez une stratégie pour intégrer les diverses initiatives de Mozilla en matière de réalité virtuelle ? Comme Mozilla Hubs ou des liens avec la version PC de Firefox…

Oui, c’est exactement ce que nous avons prévu. Nous avons sorti une première version, mais nous allons rapidement inclure le support des comptes Firefox qui vont permettre de créer des marque-pages et de les partager entre différents appareils, mais aussi d’envoyer un lien d’un appareil vers un autre, ce qui permettra de juste mettre son casque et d’accéder rapidement à un contenu. Nous discutons avec plusieurs fabricants de casques chinois des tendances qu’ils identifient en matière d’usages, et l’un d’entre eux est la collecte de liens tout au long de la journée qui sont ensuite visionnés le soir. Nous voulons fournir une continuité totale d’expérience entre différents appareils.

 

Une autre utilisation est la consommation de contenus dans le casque à domicile, par exemple parce qu’il n’y a qu’une seule télévision ou qu’elle n’est pas assez grande, ou tout simplement pour regarder quelque chose en privé. Nous allons donc rapidement investir dans un "theater mode" qui permettra de visionner des vidéos à 360°.

 

A quelles autres fonctionnalités peut-on s’attendre à court ou moyen terme ?

Il y en a beaucoup… Je ne veux pas trop m’avancer car nous allons prioriser en fonction des retours utilisateurs, mais la gestion des comptes Firefox et le support de la vidéo à 360° seront sûrement les premiers ajouts. Nous voulons également améliorer le flux de contenu. Il y a également des opportunités autour de la voix, comme des commandes vocales ou une fonction de transcription de l’oral vers l’écrit. Et puis il y a bien sûr la réalité augmentée. Le travail continue chez Mozilla sur WebVR 2.0, qui a été renommé WebXR car il intègre la réalité augmentée. Nous devons comprendre ce qu’un navigateur web doit pouvoir faire en réalité augmentée pour créer des cas d’usages intéressants.

 

 

Et la gestion des mouvements sur six axes (6DoF) en réalité virtuelle ? Elle sera bientôt sur le marché, notamment avec le projet Santa Cruz d’Oculus…

Nous nous y intéressons. Nous voulons savoir ce que cela apporte à notre navigateur, quelle valeur cela ajoute. C’est un peu comme pour la réalité augmentée.

 

Les casques Samsung Gear VR et Daydream View ne sont pas pris en charge par Firefox Reality ? Est-ce aussi prévu pour plus tard ?

Pas pour le moment. De notre point de vue, le futur de cette industrie, ce sont les appareils tout-en-un. Nous nous concentrons donc là-dessus, et comme nos équipes sont déjà très occupées, ces casques ne seront pas compatibles de sitôt.

 

A l’heure où les pratiques de Facebook (propriétaire d’Oculus) et de Google en matière de données utilisateurs défrayent la chronique, est-ce que vous voyez la protection de la vie privée comme un différenciateur face aux autres navigateurs ?

Oui, c’est un sujet qui nous est très cher. La protection contre le tracking est activée par défaut dans Firefox Reality. Et cet aspect ne va faire que devenir plus sensible avec le temps. Avec la réalité augmentée, vous aurez des appareils capables de comprendre l’environnement qui vous entoure. Et pour en tirer de la valeur, ils voudront naturellement partager ces données. Il faudra faire très attention à tout ça.

 

Nous voulons que le navigateur web agisse comme un intermédiaire de confiance, garant des données utilisateurs. Notre philosophie s’oppose à l’idée d’envoyer toutes les données dans le cloud pour laisser ensuite le soin à d’autres d’y reconstruire un environnement. Il y a aussi un facteur sécurité auquel il faut faire très attention. Par exemple, l’un des défis du web est qu’un site peut remplir tous les pixels de l’écran, ce qui ouvre la porte à des usages abusifs de la part d’acteurs malveillants.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale