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[Interview] "L'open data est une façon de redistribuer la connaissance", Jean-Marc Lazard (Opendatasoft)

Entretien Historiquement réservé aux administrations publiques, l'open data concerne désormais tout le monde de la PME à la multinationale qui souhaitent créer de la valeur à partir d'une masse de connaissances. Le Covid-19 a notamment accéléré les choses dans le secteur de la santé et a montré l'importance d'avoir accès à certaines données pour piloter la crise. Jean-Marc Lazard, CEO et fondateur d'Opendatasoft spécialiste de la visualisation et du partage des données, revient sur ce mouvement qui prend une place de plus en plus importante tant dans le secteur public que privé.
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L'open data est une façon de redistribuer la connaissance, Jean-Marc Lazard (Opendatasoft)
[Interview] "L'open data est une façon de redistribuer la connaissance", Jean-Marc Lazard (Opendatasoft) © Opendatasoft

L'Usine Digitale : Du rapport Bothorel sur les données publiques à la présentation par le gouvernement de son plan de transformation numérique de l'Etat, l'open data est sur toutes les lèvres depuis quelques années. Pourriez-vous nous livrer une définition de ce concept ?
Jean-Marc Lazard : L'open data est une façon de partager de la donnée qui correspond aux besoins actuels du numérique. Le sujet est le suivant : comment valoriser et partager au mieux la masse de connaissances qui se crée en permanence pour trouver des solutions à des problèmes, pour développer de nouveaux services ou encore pour mieux faire fonctionner les entreprises et les administrations.

L'open data renvoie à la fois à des formats, c'est-à-dire comment expose-t-on des données dans des formats standards, à des licences, ce qui permet de savoir l'usage que l'on peut faire des données, ainsi qu'à des conditions économiques équitables de la réutilisation de ces données. Sur ce troisième point, lorsque les données viennent de la sphère publique, nous nous attendons à ce qu'elles soient gratuites dans une certaine mesure. Il ne faut pas être dans une logique de rente car elle bloque l'innovation en limitant l'accès à l'information.


Concrètement, à quoi sert l'open data ? Pouvez-vous nous donner un cas d'usage ? 
Pendant la crise sanitaire du Covid-19, l'open data a beaucoup été utilisé par les acteurs locaux. En France, des villes et des régions se sont servi de leurs plateformes open data pour collecter des données par exemple sur les commerces locaux pour savoir où acheter des fruits et des légumes directement au producteur. Ainsi, grâce à l'open data, des plateformes locales se sont très rapidement créées.

Cela montre que le Covid-19 a accéléré les choses. Dernier exemple en date : la semaine dernière, la Caisse nationale d'Assurance maladie (Cnam)  annoncé qu'elle allait désormais publier toutes les données statistiques de vaccination. Depuis cette publication, les acteurs locaux se saisissent de cette information. Ce qui montre que l'open data est une façon de redistribuer la connaissance qui est souvent très centralisée comme en France.


Au sein de cet écosystème, quelle est la mission d'Opendatasoft ?
Opendatasoft fournit une solution sur le cloud qui simplifie l'accès aux ressources internes ou externes. La plateforme permet d'accéder aux ressources de façon sécurisée et harmonise les données car elles viennent de diverses sources et n'ont pas forcément toutes le même format. Elle gère également leurs publications via des API, des modules de visualisation… Cela permet d'exposer les données comme les réutilisateurs l'attendent.

La moitié de nos clients sont des administrations et l'autre des entreprises. Nous avons beaucoup d'administrations locales et une dizaine de ministères. Du côté des entreprises, il y a la SNCF, Veolia, EDF, Engie, le groupe Kering…

Existe-t-il des secteurs où l'open data est plus difficilement applicable ? L'open data des décisions de justice semble prendre beaucoup de temps. Selon l'arrêté du 28 avril 2021, la consultation des décisions de justice en ligne sera possible progressivement d'ici décembre 2025.
Tout d'abord, la justice est un secteur par définition très réglementé. De plus, se sont constitués des éditeurs juridiques qui publient les décisions de justice, ce qui a permis de faire évoluer les choses. L'open data ne vient pas concurrencer ces modèles économiques mais il contribue à la transformation de ce secteur. Il y a également des sujets complexes à prendre en compte, comme l'anonymisation car les décisions de justice peuvent renfermer des données sensibles.

A l'inverse de la concentration dans quelques mains, l'éparpillement des données rend également plus difficile l'application de l'open data. Le monde agricole regorge de data mais ce n'est pas un secteur où l'open data est très développé car il y a beaucoup de petits acteurs. 

A ce titre, quelles pistes d'amélioration peuvent être envisagées ?
Le mot "data" a encore tendance à être un peu anxiogène. Il y a donc encore beaucoup de travail de pédagogie, notamment pour expliquer tous les bénéfices de l'open data. En tant que fournisseur de solution, nous avons la mission de rendre toujours plus simple la publication des données, grâce à des algorithmes capables de reconnaître certains types de données dans des fichiers par exemple. Ainsi, plus nous raccourcirons les cycles de diffusion de la donnée, plus nous rendrons possible l'exposition des données à forte valeur ajoutée.

Le cadre législatif est également en train de changer. La Commission européenne a présenté en février 2020 une proposition de règlement sur les données industrielles pour créer un marché unique des données. Qu'en pensez-vous ?
Ce concept d'espace d'échanges de données est une bonne chose. Cela correspond à la réalité d'écosystèmes par filière et/ou zone géographique. En revanche, dans la mise en œuvre, nous avons plutôt une vision décentralisée. A mon sens, l'idée n'est pas d'avoir une grande plateforme européenne où tout sera partagé. Nous promouvons une logique de mise en réseau, sur le même modèle qu'Internet, comme un "réseau social des données" dans un monde B2B. 

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