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[Interview] Pierre-Yves Escarpit, Cdiscount : "La livraison en l'absence du client a un grand avenir"

Entretien L’e-commerçant du groupe Casino multiplie les innovations. La dernière en date : la livraison en l’absence du client, que le retailer déploie désormais, en partenariat avec Chronopost et Somfy, à Bordeaux. Entretien avec Pierre-Yves Escarpit, DGA en charge des achats, de la supply chain et des systèmes d’information chez Cdiscount.
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[Interview] Pierre-Yves Escarpit, Cdiscount : La livraison en l'absence du client a un grand avenir
[Interview] Pierre-Yves Escarpit, Cdiscount : "La livraison en l'absence du client a un grand avenir" © Cdiscount

L'Usine Digitale : Vous êtes le premier e-commerçant à tester actuellement la livraison en l’absence du client en France. Comment est né ce projet ?

Pierre-Yves Escarpit : L’innovation n’est pas nouvelle pour Cdiscount, mais elle est structurée depuis trois ans notamment autour de la supply chain, avec une direction de l’innovation dédiée. En 2018, nous avons également lancé un programme d’incubation à Bordeaux, The Warehouse, destiné aux start-up qui imaginent la supply chain du futur. Cette fois, nous avons décidé de lancer un service de livraison en l’absence du client grâce à une serrure connectée. Derrière l’ensemble de ces innovations se cache une même volonté : celle d’anticiper les usages, qui évoluent néanmoins selon un rythme qui reste impossible à prévoir. Nous voulons être les premiers sur l’innovation, même si nous allons essuyer les plâtres !

 

Le projet a-t-il vocation à être déployé ?

P.-Y. E. : Ce n’est pas un test, nous croyons que la livraison en l'absence du client a un grand avenir ! En 2019, on estime à plus de treize millions le nombre de serrures connectées qui devraient être vendues dans le monde. Nous sommes convaincus que les modes de consommation vont évoluer et que l’usage des serrures connectées va se développer, et pas seulement pour la réception des colis. Nous nous sommes entourés de ceux qui nous semblent être aujourd’hui les meilleurs acteurs, Chronopost et Somfy, pour lancer un programme pilote mené depuis novembre 2018, d’abord dans trois villes du Sud-Ouest, et déployé à Bordeaux dès le 11 mars. Cette phase nous permettra d’identifier d’autres problématiques liées aux villes, comme l’accès aux immeubles, et de vérifier l’efficacité des process. Nous suivons également les taux d’équipement des ménages en serrures connectées et les prévisions de vente pour ajuster notre feuille de route.

 

Quels sont les freins identifiés à ce dispositif ?

P.Y E : Le taux d’équipement est une donnée clé. Il faut savoir qu’aujourd’hui, l’installation d’une serrure connectée et de la caméra qui l’accompagne coûte environ 500 euros au consommateur. Nous misons sur la démocratisation de cet équipement, dont la généralisation aura un impact sur les prix. C’est aussi notre rôle de commerçant de contribuer à cette démocratisation, peut-être en proposant des offres commerciales pour les clients qui opteront pour ce mode de livraison. Il faut aussi prévoir une formation pour les livreurs qui doivent maîtriser de bout en bout ces nouveaux équipements. Pour le moment, nous travaillons avec Somfy, mais d’autres industriels se positionnent sur le marché des serrures connectées. Cela signifie qu’à moyen terme, il faudra également mettre en œuvre des process capables de s’interfacer avec tous les modèles qui arriveront sur le marché.

 

Toutes ces questions ont un coût, mais nous pensons également que les serrures connectées sont rentables : le colis est livré au domicile, il n’y a donc pas de seconde tournée pour le transporteur. Côté satisfaction client, c’est la levée d’un irritant, celui de devoir aller chercher son colis en point relais lorsqu’il n’était pas présent pour la réception de colis à domicile. Le bénéfice est double, même si tout le business model est encore à imaginer. L’ensemble de l’e-commerce doit y réfléchir sérieusement.

 

Quels sont les autres projets innovants testés actuellement sur la livraison ?

P.-Y. E. : Nous travaillons, tout comme Franprix, à la livraison par robot autonome en milieu urbain avec la start-up TwinswHeel, soit en utilisant le robot en point de retrait avec le client à ses côtés, soit le robot seul. Nous travaillons sur le volet réglementaire avec cette start-up qui a intégré The Warehouse à l’automne dernier. C’est un vrai sujet avant-gardiste, tout comme le projet Pelican, dont l’objectif est de développer la livraison par drone en milieu urbain.

 

Quelle est votre approche de l’innovation ?

P.-Y. E. : Notre approche est celle du Proof of concept (Poc) et de l’open innovation. Nous travaillons avec de nombreuses start-up et nous essayons de suivre notre intuition, comme par exemple avec Exotec, qui a mis au point des systèmes de préparation de commande avec des robots autonomes fabriqués en France. Nous avons la chance d’appartenir à groupe multi-enseignes, l’innovation peut par conséquent concerner l’ensemble de nos activités. Nous bénéficions de certains retours d’expérience, comme celui de Monoprix avec Ocado, dont les robots seront opérationnels début 2020. 

 

Comment lutte-t-on même lorsqu’on s’appelle Cdiscount, face à un géant comme Amazon qui a consacré en 2018 22,6 milliards de dollars en R&D ?

P.-Y. E. : Chez Cdiscount, nous considérons que l’innovation peut être autre que technologique, elle peut être rupturiste juste avec de bonnes idées. C’est le sens de notre dernier projet de livraison dans les fermes, mené avec Agrikolis. Ce dispositif, qui s’appuie sur les exploitations agricoles comme points de retrait des commandes en milieu rural, permet de recréer du lien sur ces territoires et d’apporter un complément de revenus aux agriculteurs. Ce qui est certain, c’est que nous sommes le seul pays du monde à lutter aujourd’hui contre les géants.

 

Livraison en l'absence du client : Amazon et Walmart précurseurs, Franprix première enseigne française
Amazon a été le premier commerçant au monde à tester la livraison de colis en l’absence du client. Dès 2017, l’e-marchand américain a déployé Amazon Key qui permet au livreur de déverrouiller un domicile lorsque le client n’est pas présent. Depuis, il a fait évoluer son dispositif : depuis le printemps dernier, il est disponible dans certains véhicules des abonnés Prime. Le géant de Seattle déploie également actuellement dans une quarantaine de villes américaines un nouveau service de livraison de la commande dans le garage du client, baptisé Amazon Key for Garage, et considéré comme moins intrusif. Le distributeur américain Walmart expérimente quant à lui un service de livraison dans le frigo du client. En France, c’est Franprix qui a été la première enseigne à tester la livraison en l’absence du client. Franprix, qui appartient comme Cdiscount au Groupe Casino, a commencé un programme pilote dès fin avril 2018, comme le révélaient nos confrères du magazine LSA, aux côtés de deux start-up, Clac des Doigts et Oh my Keys.

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