Investissement, recherche, règles : quelle stratégie française pour le métavers ?

Le rapport de la mission sur le développement du métavers invite la France saisir les opportunités “métaversiques” naissantes en fédérant les acteurs par la recherche et les investissements, sans faire l’impasse sur les défis, réglementaires notamment, qui se présentent.

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Investissement, recherche, règles : quelle stratégie française pour le métavers ?

Il n’y aura peut-être pas de “métavers européen”, comme l’appelait de ses vœux Emmanuel Macron en mars 2022, mais la France pourrait avoir quelques cartes à jouer dans cet “’horizon commun des technologies sociales de l’immersion”, à en croire le rapport remis lundi 24 octobre à la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, et au ministre délégué au Numérique, Jean-Noël Barrot.

Fruit d’un travail de plusieurs mois et de consultations avec des experts de tous bords, le document présente au gouvernement des pistes de réflexion afin que ce dernier “puisse rapidement se saisir des chantiers essentiels à la constitution d’une stratégie française des métavers”. On notera que le rapport différencie l'idée de Métavers avec un grand M, similaire à l'Internet, que met en avant Meta, de celle de "métavers" comme "environnement en 3D temps réel avec une composante sociale", qui peut regrouper notamment de nombreux jeux en ligne.

Encourager le développement de briques technologiques

Plutôt que de se concentrer à faire émerger le ‘Google européen du métavers’, il semble stratégique de protéger, soutenir et encourager les acteurs en pointe sur des briques technologiques peut-être plus modestes mais essentielles à la constitution des métavers de demain”, notent d’abord les auteurs du rapport, Camille François, chercheuse à Columbia University, Adrien Basdevant, avocat au Barreau de Paris, et Rémi Ronfard, chercheur à l’Inria. Alors qu’ils recommandent de privilégier des solutions ouvertes et interopérables, ils suggèrent également à la puissance publique de “développer une analyse rigoureuse des différentes chaînes de valeur des métavers” pour ne pas se tromper d’objectif et louper le coche sur le long terme.

Pour ce faire, le rapport invite la France à investir dans une "recherche ciblée", notamment dans des champs de recherche interdisciplinaire et grâce à des dispositifs existants comme France 2030, avec l’ambition de “développer simultanément des métavers expérimentaux guidés par des besoins sociétaux (culture, santé, éducation)”.

L'exception culturelle française ?

Partant du principe que la France peut déjà compter sur une filière d'excellence dans les technologies de l’immersion, les auteurs imaginent un nouvel institut de recherche et coordination, sur le modèle de l’Ircam, qui jouerait à la fois le rôle de laboratoire de recherche en informatique dédié aux arts immersifs et un facilitateur entre scientifiques et artistes.

Car la culture pourrait bien être une carte à jouer par la France, qui devrait dans sa stratégie “réconcilier la souveraineté technologique et la souveraineté culturelle” en passant par exemple par la commande publique “pour joindre ces deux volets et soutenir des attelages hybrides entre structures françaises technologiques et institutions culturelles”.

Ce rapport de la mission exploratoire sur les métavers embrasse tous les enjeux liés au développement de ces nouveaux espaces numériques et montre à quel point les créateurs sont amenés à jouer un rôle de précurseur pour en déterminer le plein potentiel”, s’est réjouie la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak.

Adapter le cadre réglementaire

Données personnelles, haine en ligne, biais algorithmiques… les auteurs invitent la puissance publique à se pencher sur le cadre réglementaire en vigueur et de “lancer le travail d’adaptation” notamment du RGPD, du DMA et du DSA. “Une grande partie des risques que ces textes […] visent à réguler […] se traduiront de manière nouvelle dans les métavers”, écrivent-ils.

Les règles encadrant l’écosystème Web3, considéré comme orthogonal à celui des métavers par le rapport, gagneraient également à être éclaircies, selon eux, au regard de “l’inadéquation et le manque d’expertise des messages affichés au niveau européen” sur le sujet. Ces mises à jour ne devraient pas non plus faire l’impasse sur le développement d’outils et de techniques d’analyse permettant “aussi bien la détection des infractions pour remonter aux auteurs qu’à percevoir l’impôt”, sans quoi “un réel risque de souveraineté se profile”, souligne le document.

L’environnement n’est pas en reste, alors qu’un métavers tel qu’on l’imagine devrait être particulièrement énergivore. Les auteurs suggèrent dès à présent de réfléchir à un système de mesure de cet impact environnemental, et d’investir dans "des innovations durables". Tout un programme.

Ce rapport est une étape importante dans le développement des métavers en France et propose des leviers d’actions concrets et activables aux acteurs technologiques, culturels et industriels français”, a déclaré le ministre délégué au Numérique, Jean-Noël Barrot, réitérant les ambitions de la France à jouer "les premiers rôles au niveau mondial". Une volonté louable, le gouvernement comme les fleurons nationaux n'ayant jusqu'à présent pas vraiment soutenu l'écosystème hexagonal.

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