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Jenseigne.fr : quand un serial entrepreneur s'attaque au décrochage scolaire

Avec la plate-forme de ressources pédagogiques Jenseigne.fr, la start-up The School Project entend libérer du temps aux professeurs des écoles pour privilégier les interactions avec les élèves et le développement de parcours personnalisés. Particularité de cette edtech ? Les deux fondateurs n'avaient aucune expérience dans l'Education nationale. Ils ont donc troqué leur casquette d'entrepreneur pour celle de professeur vacataire. 
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Jenseigne.fr : quand un serial entrepreneur s'attaque au décrochage scolaire
Jenseigne.fr : quand un serial entrepreneur s'attaque au décrochage scolaire © DR

Multiposting, 6nema.com, Work4, LegalStart, Avostart… Stéphane Le Viet est ce qu'on appelle un serial entrepreneur. Sept ans après avoir lancé sa première start-up, cet ingénieur diplômé de l'Ecole polytechnique et de l'université de Harvard a cherché à mener un projet "qui ait plus de sens". Avec son associé, Maxime Faguer (ancien directeur d'investissement à Bpifrance et trésorier de l'association Frateli), il fonde The School Project. "Cette start-up est aussi née d'un constat très personnel : j'ai adoré l'école, j'ai toujours adoré apprendre et cela a été très structurant pour moi", explique-t-il. Une expérience loin d'être partagée par tous puisqu'en France, 20% des enfants qui arrivent en 6ème présentent des difficultés en matière de lecture et de maîtrise de la langue (selon le document de référence sur le sujet : l'Etat de l'école). Des statistiques qui doublent dans les zones d'éducation prioritaires.

 

D'entrepreneur à professeur vacataire

Comment jouer sur cette réalité lorsqu'on est entrepreneur, mais ni professeur, ni éducateur ? Stéphane Le Viet a choisi l'approche par le terrain en s'immergeant dans le monde de l'éducation. Pendant plusieurs mois, il a enseigné comme professeur vacataire dans des écoles maternelles et primaires de Saint-Denis et La Courneuve, deux communes de la Seine-Saint-Denis en banlieue parisienne.

 

"Avec mon associé, nous avons visité des écoles, rencontré des enseignants, nous sommes allés leur parler. Nous en avons tiré deux constats : il existe plein de solutions pour résoudre certains problèmes, mais ils n'ont pas le temps de les mettre en œuvre, ni de parler pour échanger sur les bonnes pratiques. Ensuite, même s'ils avaient le temps, ils ne sont pas assez équipés et ne disposent pas d'outils collaboratifs. Nous nous sommes donc dit qu'une des solutions à la problématique du décrochage, c'était d'intervenir tôt et de personnaliser au maximum le parcours de l'enfant, en libérant du temps aux enseignants et en leur donnant des outils de suivi de la progression des élèves", raconte Stéphane Le Viet.

 

Donner du temps aux enseignants 

Pour redonner du temps aux enseignants en faveur de plus d'interactions avec les enfants, les deux cofondateurs ont lancé la plate-forme jenseigne.fr pour en faire un portail unique de l'ensemble des ressources pédagogiques pertinentes pour les enseignants. "25% du temps de travail des professeurs des écoles est consacré à la préparation des cours. Les enseignants passent beaucoup de temps à chercher des ressources sur Google, des sites d'éditeurs, des blogs et des forums. Tout ça est encore très déstructuré", explique Stéphane Le Viet.

 

Développée en "mobile first", la plate-forme jenseigne.fr aspire une série de sources issues de sites et de blogs recommandés par les professeurs des écoles. La plate-forme propose ensuite un moteur de recherche traditionnel qui prend en compte les retours des enseignants : un contenu particulièrement "liké" remontera en priorité dans les résultats d'une requête.

 

Une marketplace appliquée à l'éducation...

Aujourd'hui, jenseigne.fr revendique 60 000 ressources disponibles. Pour se rémunérer, les deux entrepreneurs veulent développer des ressources payantes, en parallèle des contenus gratuits. "Ce seront des ressources plus élaborées, comme une séquence complète d'une journée", précise Stéphane Le Viet. Jenseigne.fr prélèvera alors une commission sur chaque petite transaction (le prix d'une ressource payante ne devrait pas excéder quelques euros).

 

Il s'agira en somme d'un modèle classique de marketplace appliqué à l'éducation... Un déclinaison qui n'est pas inédite, comme l'explique lui-même l'entrepreneur : "Aux Etats-Unis, la plate-forme Teachers Pay Teachers est un succès phénoménal. Elle compte 4 millions de membres enseignants et deux tiers des enseignants américains utilisent le site au moins une fois par an. Les ventes de contenus pédagogiques ont généré 300 millions de dollars pour un panier moyen de 3,5 dollars".

 

Et les bons ingrédients marketing

La reproduction de ce succès de l'autre côté de l'Atlantique ne pourra se réaliser que par la capacité de Jenseigne.fr à atteindre une certaine masse critique. La start-up entend s'appuyer sur les leviers marketing classiques et la génération de contenus pour attirer du trafic et améliorer son référencement naturel. The School Project prévoit aussi de développer des communautés d'enseignants ambassadeurs pour favoriser le bouche-à-oreille.

 

Pour l'heure, la plate-forme, lancée officiellement au début du mois de septembre 2017, ne revendique que 10 000 visiteurs par mois. "Nous enregistrons une croissance de 30 à 50% d'une semaine sur l'autre et nous visons les 50 000 visiteurs uniques à la fin du 1er trimestre 2018, puis les 100 000 au trimestre suivant", détaille Stéphane Le Viet.

 

Aimer L'Ecole avec l'Ecole M

Prochaine étape : connecter la plate-forme jenseigne.fr à celle de mesélèves.fr dédiée au suivi des compétences des élèves. "L'idée est de trouver le moyen de faire un lien entre la recherche de ressources pédagogiques et l'état des compétences d'une classe ou d'un élève", explique Stéphane Le Viet.

 

En parallèle du développement de ces outils numériques, le tandem planche sur un projet (bien distinct) qui aura une réalité physique avec l'ouverture prochaine de l'Ecole M : une maternelle associative bilingue basée sur une pédagogie innovante et personnalisée. Interviewé dans le magazine Socialter, Maxime Faguer promet que l'Ecole M sera accessible à tous, même aux moins riches. 

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1 commentaire

uneenseignante
03/10/2017 10h54 - uneenseignante

Une question subsiste : qui doit payer ce "panier moyen de 3.5$" ? Les enseignants ? Ou l'Education Nationale ? On touche là le problème de fond de cette profession.

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