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Karine Alquier-Caro (Legrand) : "Nous travaillons sur une marketplace achat pour mi-2022"

Entretien Karine Alquier-Caro est directrice des achats chez Legrand. Une activité qui pèse 2,9 milliards d'euros, soit environ 50% du chiffre d'affaires du groupe. Elle décrypte pour nous les défis auxquels fait actuellement face le spécialiste du matériel électrique.
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Karine Alquier-Caro (Legrand) : Nous travaillons sur une marketplace achat pour mi-2022
Siège du groupe Legrand, à Limoges.

Comment intégrez-vous les nouveaux indicateurs de performance chez Legrand ?
Karine Alquier-Caro : Effectivement, le temps où nous n’avions que des indicateurs de productivité, de profitabilité, de compétitivité et de management de nos prix d’achat est révolu. Désormais, nos indicateurs sont davantage liés à la RSE. Je suis d’ailleurs garante de l’atteinte des objectifs de la feuille de route de Legrand sur le "sustainable procurement".

Nous devons acheter de façon de plus durable en se formant aux bons outils et en assurant le suivi des fournisseurs à risque. Et, en tant que manager de la performance élargie aux enjeux de RSE, je suis responsable de l’atteinte, sur mon périmètre hiérarchique, de l’ensemble de la feuille de route qui embarque à la fois des sujets RH, environnementaux, climatiques, achats responsables… Legrand a d’ailleurs été l’un des premiers groupes à intégrer, dans son rapport annuel, la performance extra-financière.

Comment ces nouveaux enjeux font-ils évoluer vos relations avec les fournisseurs ?
Cela impacte tout le processus des achats, à commencer par le choix des fournisseurs, avec la phase d’homologation et de référencement. Nous y avons intégré des critères liés à la conformité de nos attentes RSE.

Ensuite, tout au long de la relation, nous continuons à évaluer nos fournisseurs chaque année, en particulier les plus stratégiques, pour vérifier que la collaboration est toujours faisable. Pour les fournisseurs qui sont sur des familles de risque accru, c’est-à-dire particulièrement exposés aux problématiques environnementales, comme le traitement de surfaces par exemple, notre approche est beaucoup plus poussée. Cela peut aller jusqu’à la réalisation d’audits et éventuellement une aide à l’élaboration de plans d’amélioration de leur empreinte RSE. Si le fournisseur n’est pas au niveau et qu’il ne fait pas d’efforts, nous pouvons aussi mettre fin à la relation.

Quel a été l’apport du digital dans votre quotidien ?
En ce qui concerne la roadmap digitale de la direction des achats, nous avons décidé de nous focaliser sur l’apport en efficacité de nos process pour créer de la valeur ajoutée. Un bon exemple : les fonctions plus administratives au sein des Achats bénéficient de ces outils pour gagner de la capacité à aller sur des sujets à plus fortes créations de valeurs. Cela se traduit aussi par une transformation des compétences au sein des équipes, et la disparition de certaines activités.

Nous souhaitons aussi nous servir du digital dans la gestion du risque comme outil de veille : utiliser la data, accélérer des programmes de sourcing, approfondir le travailler sur les process de "Know Your Business Partner".

Et comment vos équipes se sont-elles emparées de ces nouveaux outils ?
En 2017, lorsque nous avons accéléré la roadmap digitale, nous aurions pu imaginer une certaine réticence, d’autant plus que nous faisons face à un changement générationnel dans nos équipes. Ça n’a finalement pas du tout été le cas, car nous avons formé, accompagné et donné du sens à cette transition.

Nous avons cherché à faire gagner du temps aux collaborateurs, donc ils ont tout de suite compris l’avantage. Il y a aussi eu une solidarité qui s’est créée avec les nouveaux entrants "digital native", qui apportent leur soutien. Nous nous appuyons donc sur des key users en interne, plus à l’aise avec ces outils, pour accompagner l’ensemble du personnel.

Quels sont les chantiers en cours en matière de numérique, à la fois en interne mais également auprès de vos fournisseurs ?
Nous travaillons sur une marketplace achat avec différents partenaires. L’état des lieux est fait, les POC sont prévus pour 2022 et si tout va bien, nous prévoyons un déploiement graduel au niveau international au cours du deuxième semestre 2022 et après 2023. Nous souhaitons répliquer l’expérience d’un achat digital B2C dans le B2B.

Nous développons aussi quelques sujets qui mêlent compétitivité, productivité et RSE, avec des partenaires utilisant l’IA, en particulier sur la partie transports. Nous avons continué à déployer une plateforme internationale de SRM, avec de plus en plus d’intégration. Enfin, l’utilisation de RPA est en cours de déploiement, surtout sur les activités administratives et répétitives du métier.

Cette année, il ne vous a pas échappé qu’il y a eu beaucoup de changements de prix, nous avons donc digitalisé au maximum ces transactions. L’idée reste la même : simplifier certaines tâches pour gagner en bande passante et en capacité, pour que les équipes puissent se dévouer à des taches à plus haute valeur ajoutée. Je reviendrai plus en détail sur ces projets lors de mon intervention dans le cadre des Enjeux Innovation B2B 2022.

Justement, comment gérez-vous les tensions sur les approvisionnements et la hausse des coûts ? Cela vous a-t-il conduit à revoir ou à accélérer certaines stratégies ?
Nous avons organisé une gestion de crise collective. Nous nous en sortons grâce à une mobilisation importante de ressources transverses qui travaillent ensemble : achats, supply chain, R&D… Il faut être capable d’être très réactif pour chercher de nouvelles solutions. Cette période nous a beaucoup appris sur le management collectif, l’agilité dans la prise de décisions, l’importance de mettre au clair ses priorités… Nous organisons des réunions fréquentes, mais brèves, pour faire le point avec nos équipes.

Enfin, il y a eu un changement de paradigme vis-à-vis des fournisseurs, pour être le meilleur client, celui qu’ils ont envie de servir. Et cela passe par une posture non-agressive, ce qui n’a pas été le cas de tout le monde, et un lien humain – car le digital ne fait pas tout.

Interview menée par l'équipe des Enjeux Innovation B2B