Kriptown, une bourse d'actifs numériques pour financer les PME

La place de marché de Kriptown permet aux PME de réaliser une augmentation de capital en euros en émettant des titres sous forme de jetons. Elle vient de lever un peu plus d'un million d'euros.

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Kriptown, une bourse d'actifs numériques pour financer les PME
Mark Kepeneghian, président de Kriptown.

La start-up parisienne Kriptown propose une nouvelle solution aux PME pour lever des fonds, alternative au capital risque et à la dette. Son concept, hybride, est une bourse à la croisée du crowdfunding et de l'ICO, pour lequel elle vient de lever 1,35 million d'euros auprès du fonds luxembourgeois Accurafy et d'institutions publiques.

Comme une introduction en Bourse pour les PME non cotées
La solution de Kriptown permet aux start-up et aux PME de se financer en fonds propres en émettant des actifs numériques, et aux investisseurs de réaliser des opérations sur une nouvelle classe d'actifs proche du private equity, mais plus liquide. Elle se présente sous la forme d'une place de marché, similaire à une bourse, sauf que la cotation s'opère en tokens et non en actions. Concrètement, l'entreprise qui réalise une augmentation de capital sur Kriptown émet des jetons, dont la valeur est liée à celle des parts de l'entreprise. A l'issue de l'opération initiale, ces actifs numériques deviennent négociables sur un marché secondaire, offrant de la liquidité aux investisseurs. Si jamais l'entreprise se fait racheter ou finit par s'introduire en Bourse, elle rachète l'ensemble des tokens.

Juridiquement, l'opération entre dans le régime juridique de l'ICO, défini par la loi Pacte. Mais à la différence d'une ICO, les fonds sont levés uniquement en euros. Kriptown utilise la blockchain mais pas de cryptomonnaies. Elle est enregistrée en tant que PSAN auprès de l'AMF, et en tant qu'agent d'émetteur de monnaie électronique. Son partenaire pour l'émission de monnaie numérique est Mangopay, une filiale de Leetchi (Crédit Mutuel Arkéa).

Par rapport à une opération de crowdfunding standard, l'intérêt pour les investisseurs est de pouvoir revendre leurs titres dès le bouclage de l'opération, et de bénéficier dans l'idéal de la croissance de l'entreprise soutenue au moment de revendre leurs parts. Par exemple, l'assurtech Leocare a levé en seed 213 000 euros sur la plateforme auprès de 250 investisseurs. Les tokens de la start-up, qui a depuis levé 110 millions d'euros auprès de VC, ont vu leur valeur augmenter de 700%. Selon le cofondateur et président de Kriptown, Mark Kepeneghian, plusieurs centaines de transactions mensuelles sont réalisées sur le marché secondaire sur le token Leocare. Pour entrer sur ce marché secondaire, nul besoin d'avoir participé au financement initial.

Ressusciter les Bourses régionales
Une dizaine de financements ont été réalisés sur la place de marché depuis la création de la start-up en 2018, et une vingtaine de projets sont en phase de présélection. La plus grosse augmentation de capital (475 000 euros) a été réalisée par Tako, une application de taxi. L'objectif de la fintech est d'avoir entre 30 et 50 actifs listés fin 2022.

Grâce à sa levée de fonds Kriptown souhaite étendre son activité au Luxembourg, "la Bourse du Luxembourg étant très ouverte aux innovations et le marché très demandeur", explique son fondateur, ancien trader, à L'Usine Digitale. Elle va aussi recruter pour passer de 11 à 15 salariés dans les prochains mois, et souhaite créer des Bourses régionales pour financer les PME en région.

Elle a déjà noué un partenariat avec la région Grand Est pour un projet qui doit voir le jour en mai 2022, soutenu par le conseil régional à hauteur de 95 000 euros. Elle espère en lancer un second dès cette année, et cinq en tout d'ici 2023. "Il y a 30 ou 40 ans, il y avait des Bourses régionales, mais elles ont disparu pour être remplacées par Euronext", rappelle Mark Kepeneghian, ce qui a nui au financement des PME régionales. Selon le fondateur, qui cite une étude de la Banque de France, le besoin en fonds propres des PME françaises et européennes s'élève à 23 milliards d'euros, ce qu'elle considère comme la taille de son marché.

Un business model qui repose sur le marché secondaire
La start-up prélève 4 à 5% du montant levé lors de l'opération de financement, une fois terminée. Mais son business model repose surtout sur le marché secondaire, puisqu'elle prend une commission de 2% sur toutes les transactions. C'est pourquoi elle espère amener aussi les VC à utiliser sa plateforme, comme instrument de liquidité.

Kriptown est incubée depuis 2019 au sein de Platform58 (La Banque Postale). Elle a également été repérée par la Banque de France, qui a utilisé sa technologie pour expérimenter le règlement-livraison de titres non cotés dans le cadre de son expérimentation de monnaie numérique de banque centrale en juillet 2021.

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