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L'assurtech Luko acquiert l'allemand Coya et devient un poids-lourd de la néo-assurance

La start-up française spécialisée dans l'assurance habitation absorbe Coya, titulaire d'un agrément d'assureur en Allemagne. Un moyen d'accélérer à la fois son développement en Europe et en France.
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L'assurtech Luko acquiert l'allemand Coya et devient un poids-lourd de la néo-assurance
Luko x Coya : Raphael Vullierme et Max Bachem. © Luko

L'assurtech française Luko, qui propose depuis 2018 des assurances habitation, va changer de dimension. Elle annonce ce jeudi le rachat de l'assurtech allemande Coya – pour un montant non dévoilé -, qui va lui permettre de devenir un vrai assureur, autrement dit un porteur de risque. La start-up, qui a dépassé en 2021 le cap des 200 000 assurés en France, atteint grâce à cette acquisition un portefeuille de plus de 300 000 clients en Europe.

Luko va devenir assureur
Coya, présent sur le même marché que Luko, lui apporte près de 80 000 assurés. C'est la première assurtech à avoir obtenu l'agrément et la licence d'assureur en Allemagne en 2018. C'est l'une des raisons de ce rachat : grâce à cet agrément, Luko va pouvoir se contenter d'une procédure d'obtention d'un passeport européen pour pouvoir devenir assureur en France, au lieu de démarrer de zéro une procédure auprès de l'autorité de contrôle prudentiel française. C'est beaucoup plus rapide, et moins coûteux en ressources.  

Bien que Luko ait toujours affirmé que devenir assureur n'était pas une fin en soi, "à partir d'une certaine taille cela fait sens", explique son CEO Raphaël Vullierme. Être un néo-assureur vient certes avec davantage de contraintes réglementaires (en termes de gouvernance et de conformité) qui engendrent des coûts supplémentaires, mais cela comporte aussi des avantages. "Nous allons pouvoir garder nos données pour nous, donc nos secrets de pricing ; aller plus vite pour lancer de nouveaux produits et faire évoluer nos garanties ; réduire nos frais d'intermédiation ; et faire sauter encore plus d'étapes dans la gestion de sinistres." L'assureur Wakam, qui était le partenaire assureur de Luko, le restera sur certains produits.

Atteindre la taille critique pour rentabiliser les investissements
L'autre objectif de cette acquisition est de se développer en Europe. Luko est déjà présent en Espagne depuis 2021, mais son objectif est d'atteindre 1 million de clients en Europe en 2023. "Nous investissons énormément dans la technologie, et pour rentabiliser ces investissements il faut être à l'échelle mondiale ou européenne", nous explique Raphaël Vullierme. L'Allemagne, le premier marché européen pour l'assurance, est un bon point de départ, surtout que Coya a connu une croissance de 300% en 2021. L'assurtech allemande est rebaptisée Luko Insurance et deviendra la plateforme de l’ensemble des filiales du groupe en Europe. Le groupe compte recruter une centaine de personnes en Europe cette année, dont une cinquantaine à Berlin. Luko grossit très vite en France également. Avec 100 000 nouveaux contrats multirisque habitation en 2021, elle se classe 4e en termes de recrutement de clients, derrière trois bancassureurs.   

Les investissements évoqués par Luko concernent son application mobile, les technologies d'intelligence artificielle (par exemple en computer vision, pour déterminer à distance la surface concernée par un sinistre), et le hardware. En effet, Luko a pour ambition de développer une offre complète autour de la protection du foyer. Pour cela, il conçoit des objets connectés, comme un capteur d'eau pour prévenir les dégâts des eaux, qui est en train d'être déployé chez 200 assurés. Une offre qui lui coûte très cher et n'a pas encore remporté le succès escompté.

"Nous avons investi entre 5 et 7 millions d'euros dans la R&D pour la prévention, entre le hardware et l'IA. Nous sommes obligés de développer ces produits nous-mêmes, car notre but est de les offrir gratuitement avec la garantie d'assurance. Si nous les achetions chez un partenaire, cela coûterait beaucoup trop cher. Par conséquent, nous avons besoin d'économies d'échelle."

Lancer de nouveaux produits et services
Miser sur la prévention permet à Luko de diminuer les risques de sinistre, et donc d'améliorer ses résultats techniques (la différence entre les primes et les indemnisations). Pour l'instant, ces résultats lui permettent de remplir la promesse de son modèle : ne conserver que 30% des primes pour sa rémunération et celle des porteurs de risque, consacrer 70% à l'indemnisation des sinistres, et distribuer le reliquat s'il existe à des associations (Luko est titulaire du label Bcorp, attribué aux entreprises à impact sociétal et environnemental positif). En 2021, plus de 100 000 euros ont ainsi été redistribués au titre de l'exercice 2020.

Luko, qui a lancé en 2021 une assurance de crédit immobilier et une assurance immeuble, ainsi qu'un agrégateur d'annonces immobilières, va continuer à développer son offre de produits et de services. La start-up étudiera notamment la possibilité de lancer en France une assurance santé pour les animaux de compagnie, que propose déjà Coya. Elle va pouvoir pour cela s'appuyer sur les 50 millions d'euros levés fin 2020, qui ne sont pas consumés par l'acquisition, réalisée en grande majorité en actions.

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