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La Water Tech, un marché en ébullition en Israël

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D’ici à 2025, 50% de la population mondiale manquera d’eau. Située en zone aride, Israël mise depuis longtemps sur la "Water Tech", désalinisation et irrigation contrôlée en tête. 86% des eaux usées sont également recyclées pour arroser les cultures dans le désert du Negev. 300 compagnies et 100 start-ups planchent sans relâche sur de nouvelles solutions techniques et leurs nombreux débouchés économiques.

La Water Tech, un marché en ébullition en Israël
86% des eaux usées israéliennes sont utilisées pour l’agriculture après traitement. Désalinisation, purification et irrigation ne sont pourtant que la partie émergée de l’iceberg nommé “Water Tech”. © Marie Peter

Le marché mondial de l’eau devrait s’élever à 915 Md$ en 2023, selon les prévisions de Global Water Intelligence, la revue de référence dans la domaine de la Water Tech. Israël a une longueur d’avance dans le domaine car David Ben Gurion, l’un des pères fondateurs de l’État, rêvait de "faire fleurir le désert". C’est pourquoi le pays a créé dès les années 60 des centres de recherche et développement spécialisés dans l’irrigation, le traitement des eaux usées et la désalinisation. En 1965, le "goutte-à-goutte" voit le jour au kibboutz Hatzerim. L’entreprise, nommée Netafim (qui signifie "gouttes d’eau" en hébreu) détenait là un concept qui deviendrait une fierté nationale et surtout un produit d’exportation très prisé.


La technologie n’a cessé de se développer depuis. La start-up israélienne Watergen vient même de remporter le prestigieux prix "Tech for a better world" décerné par le CES Innovation Awards 2019. Son concept ? Transformer l’air en eau. Des générateurs peuvent créer jusqu'à 5000 litres d’eau potable par jour, de quoi couvrir les besoins de base d’environ 170 personnes selon les recommandations de l’OMS. Ces générateurs peuvent être installés dans des zones de crise, comme des camps de réfugiés, ou dans des villages isolés. La start-up développe également des distributeurs domestiques d’une cinquantaine de kilos qui permettent de produire jusqu’à 30 litres d’eau potable par jour et qui sont peu gourmands en énergie.


L’eau, un enjeu stratégique

En Israël, 300 compagnies sont spécialisées dans la "Water Tech" et plus de 100 start-up représentent une industrie évaluée à 2Md$. Des start-up comme Manna et SupPlant continuent de perfectionner le principe du "goutte-à-goutte" grâce aux évolutions de l’IoT et du Big Data. Il est désormais possible de contrôler l’irrigation de cultures isolées avec précision, en prenant en compte les paramètres traditionnels (précipitations, nature des sols, stade de croissance de la plante, etc), collectés sur le terrain par des dispositifs d’analyse alimentés par panneaux solaires. Ces données sont ensuite analysées par une Intelligence Artificielle qui détermine le volume d’eau et de nutriments à apporter.

 

Une autre start-up israélienne nommée Utilis s’est, elle, spécialisée dans la détection des fuites. Elly Peretz, le PDG d’Utilis, estime que "plus de 20.000m3 d’eau potable sont perdus chaque jour aux États-Unis à cause de fuites dans les infrastructures". Soit l’équivalent de 8 piscines olympiques. Sa start-up détecte les écoulements depuis l’espace car, dit-il "l’eau est un matériau possédant une structure facilement détectable par un radar approprié". L’IA développée par sa start-up est capable d’analyser les clichés pris par un satellite japonais spécialisé afin de géolocaliser les fuites avec précisions.


Sur la planète bleue, 84 millions de personnes ne disposent pas d’un accès sécurisé à l’eau potable. Un problème particulièrement sensible au Moyen-Orient qui fait face à sa sixième année de sécheresse consécutive. L’Autorité Israélienne de l’Eau évalue le déficit en liquide précieux à 2,5 milliards de m3. Israël manquerait donc d’eau? À l’usine de désalinisation de Sorek, on balaye cette question d’un revers de la main. "C’est une décision politique", affirme Boris Liberman, vice-président et directeur du développement technologique de IDE Technologies. "Nous sommes prêts à produire la quantité que le gouvernement souhaite." Israël tire en effet 70% de son eau potable de la désalinisation, grâce à 5 usines exploitées par des groupe privés, dont IDE Technologies.


La mer à boire

À entendre Boris Liberman, les capacités de production sont quasi illimitées, pour un coût écologique minime. Les journalistes sont invités à admirer le processus. Du pompage garantissant la survie des poissons jusqu’à une réduction maximale des déchets à stocker, en passant par plusieurs étapes de filtrage à travers des membranes high-tech qui débarrassent l’eau de mer de toutes bactéries et particules chimiques indésirables comme le Bore... la Méditerranée est rendue potable afin d’alimenter les robinets israéliens.


97,2% du volume d'eau de la planète est salé. La désalinisation est donc vue par de nombreux pays comme la solution idéale au problème du stress hydrique (NDLR : quand la demande en eau dépasse les ressources disponibles). La "Water Tech" est d’ailleurs aujourd’hui l’un des savoir-faire qu’Israël exporte le mieux et qui lui permet de nouer des partenariats avec d’autres pays en développement, particulièrement la Chine et l’Inde. Le 30 juillet 2018, Tel Aviv et New Delhi ont lancé un fonds d'investissement technologique doté de 40 M$ sur 5 ans. En tête des échanges technologiques se trouvent l’IoT dans l’irrigation, le traitement des eaux usées et même la prévention des inondations dues (paradoxalement) à la sécheresse.

 

Pékin aussi s’abreuve des procédés israéliens pour garantir sa survie agricole et sa croissance industrielle. Le textile est un secteur particulièrement gourmand en eau : il en faut 11.000 litres pour produire un jean. Les deux pays ont signé des partenariats renforçant leur coopération suite à la visite du Premier Ministre Benyamin Netanyahou à Pékin en mars 2017. Le communiqué officiel évoquait, entre autres, "la conservation et la purification de l'eau" sans dévoiler de chiffres. Les enjeux stratégiques sont bien trop importants.


*Étude publiée dans le 3 Juillet 2018, Environmental Research scientific journal
 

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