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L'entrepreneuriat participatif devrait devenir un outil indispensable à la formulation de solutions innovantes

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Pour Dominique Vian, professeur associé à Skema business school, l'entrepreneuriat participatif pourrait résoudre certains problèmes majeurs auxquels nous sommes confrontés. En ouvrant les portes de l'innovation, il offre la possibilité de créer des solutions originales, quand bien même une entreprise ne s'intéresse pas au problème posé. Enfin, en plaçant l'innovation sous le regard de la foule, il réduirait mécaniquement (ou presque) l'influence des lobbies de toutes sortes. 

L'entrepreneuriat participatif devrait devenir un outil indispensable à la formulation de solutions innovantes
L'entrepreneuriat participatif devrait devenir un outil indispensable à la formulation de solutions innovantes © Les laboratoires orientent leur R & D vers de nouvelles voies, notamment les thérapies ciblées et les associations de traitements.
A l’occasion de la 8ème édition du Global Peter Drucker Forum, son fondateur, Richard Straub, s’interrogeait sur l’apport de l’approche entrepreneuriale dans la résolution des questions sociales et sociétales. Il poursuivait en précisant que le discrédit du capitalisme financier et la pression sans cesse plus importante de la bureaucratie étatique n’avait jamais autant rendu nécessaire une société de l’entrepreneuriat afin de résoudre les problèmes majeurs de nos sociétés.

En effet, l’entrepreneuriat peut se définir comme une initiative citoyenne visant à répondre à des problèmes de toute ou partie de la société. C’est ainsi que pour satisfaire la mobilité des biens et des personnes, plusieurs solutions de transport ont été inventées comme l’avion, l’hélicoptère ou la voiture. Toutes ont bien été développées par des entreprises.
 

Un autre entrepreneuriat est possible

Parfois, c’est l’entreprise qui invente la solution et si ce n’est pas le cas, l’entreprise la recherche à l’extérieur. Elle pratique alors ce que l’on appelle l’innovation ouverte dont une forme particulière s’appelle le crowdsourcing. Ce procédé permet de se tourner vers la masse potentielle des inventeurs pour rechercher une solution adéquate et moins coûteuse que si elle avait été développée en interne. Bien qu’impliquant la foule dans cette recherche, ceci ne résout pas tous les problèmes, puisque c’est l’entreprise qui le choisit et non pas nécessairement celui qui est concerné. De ce fait, nombreux sont les problèmes qui n’ont pas encore trouvé leur solution, tout simplement parce qu’aucune entreprise ne s’y est intéressée ou bien que la solution a été jugée non rentable à court terme. Par exemple, comment éliminer les quantités impressionnantes de plastiques qui se concentrent à la surface des océans ou la pénurie annoncée de sable pour la construction (1) , deux problèmes qui ne semblent pas réglés à ce jour. Ni les états, ni l’entrepreneuriat tel que nous le connaissons n’apportent des réponses.

Pourtant, une autre forme d’entrepreneuriat est possible pour pallier cette difficulté (2). Dans ce cas, ce n’est plus l’entreprise qui se saisit du problème mais une foule déterminée à le résoudre. Ceci s’appelle l’entrepreneuriat participatif, en anglais le crowd driven entrepreneurship. Participatif signifie ici que le processus est contrôlé par la foule et non par l’entreprise. Cela mérite quelques explications.
 

Pour espérer trouver une solution, bien poser le problème

Tout d’abord, le problème choisi doit être précis et perçu comme suffisamment important pour que des personnes et des acteurs se mobilisent pour contribuer à sa résolution. Une fois le problème clairement posé, il devient possible d’identifier les critères qui permettront d’évaluer la pertinence de la solution future. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, celle-ci ne doit surtout pas être imaginée à ce stade puisque c’est à à la foule des inventeurs que l’on s’adressera.
 

Prenons l’exemple du plastique à la surface des océans. Toute solution visant à le recycler pour satisfaire un besoin spécifique sera préférée à une autre qui éliminerait le plastique sans le valoriser. Même inconnus à ce stade, les impacts environnementaux du procédé utilisé, du transport et l’effort pour mettre en œuvre seront autant de critères pour choisir la plus efficiente des solutions. Sans aller plus loin dans l’énoncé des critères, cette tâche n’est pas très compliquée. Il en est de même pour réunir un comité d’experts volontaires sans conflit d’intérêt avec l’émergence d’une possible solution. C’est alors qu’un appel à solution peut être lancé à l’échelle de la planète pour augmenter les chances d’en identifier une et si possible plusieurs. En effet, une solution peut surgir de là où on ne l’attendait pas, venant ainsi résoudre le problème de l’inventeur qui peinait à la mettre sur le marché. Les coûts supportés pour opérer cet appel à solution peuvent être financés grâce au succès d’une première campagne de financement participatif. Celle-ci permet de mesurer rapidement le niveau d’engagement de la foule à s’engager dans la résolution de ce problème. Déjà développée ou non, la solution pourra être choisie selon les critères précédemment définis. Une nouvelle campagne de financement participatif permet alors de financer le prototypage de la solution. Le livrable est payé directement au développeur de la solution. Dans ce cas, aucun besoin, ni aucune légitimité à déposer un brevet pour un dispositif financé par la foule : le contenu de l’offre, les procédés pour y arriver sont transparents et publiés sur Internet. Pour reprendre le jargon des informaticiens, le code source de la solution est public. Fin de la première étape.
 

Se protéger des lobbies

Toujours sous la surveillance d’une foule animée par la volonté de résoudre le problème initial, les étapes suivantes consistent à permettre à de nouveaux acteurs de rendre opérationnelle la solution. Des livrables successifs sont définis à chaque étape avec un comité d’experts ad hoc, dès lors que l’étape justifie un financement participatif. Par exemple, le cabinet juridique sélectionné, selon des critères spécifiques définis a priori, sera payé pour la rédaction des contrats. D’autres activités marchandes apparaissent au fur et à mesure, comme la logistique. Celle-ci sera directement rémunérée par les clients qu’elle sert.
 

L’ensemble des contributions des acteurs qui interviennent dans le projet permet progressivement d’agréger une offre complète qui résout le problème de départ. Tout acteur peut développer une activité commerciale, conséquence de la valeur créée par le projet. L’absence de propriétaire du code source permet une libre concurrence en évitant une situation de monopole, comme celle qui résulterait d’un dépôt de brevet pour un seul acteur. De plus, les entreprises existantes ou les nouvelles sont mises sur le même pied d’égalité puisqu’il n’est pas nécessaire de payer des redevances au développeur pour engager une activité rémunérée. Le problème est résolu, fin du processus.
 

Conclusion : les avantages de cet entrepreneuriat différent sont nombreux. Le plus important est certainement que la foule protège le projet des lobbies qui n’ont pas intérêt que la solution trouve sa place sur le marché. Un lobby, aussi puissant soit-il, travaille toujours dans l’ombre, rarement sous les projecteurs d’une foule mobilisée sur les réseaux sociaux. Voilà un processus qui ne demande qu’à être mis en œuvre, qu’attendons-nous pour en devenir le promoteur et le catalyseur ?

Dominique Vian est Professeur associé à SKEMA Business School

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

 

(1) Les grains de sable du désert sont malheureusement trop polis pour être utilisés dans la fabrication du béton. Zhang,G, Song, J., Yang,J., Lui, X., 2006. Performance of mortar and concrete made with fine aggregate of desert sand, Building and Environment. 41, 1478-1481.

(2)Ce dispositif a été testé partiellement avec des étudiants de SKEMA et le soutien de Jaime Arredondo qui est à l’origine de cette nouvelle façon d’entreprendre.

 

 

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