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L'Europe face au défi de l'internet par satellites

Pour apporter l’internet depuis l’espace, les fabricants de satellites et de lanceurs vont devoir produire à des rythmes encore jamais atteints. S'ils font moins de bruit que les porteurs de projets SpaceX et Virgin, les acteurs européens Thales Alenia Space et Arianespace sont prêts à entrer dans la danse.
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L'Europe face au défi de l'internet par satellites
L'Europe face au défi de l'internet par satellites © Thales Alenia Space

Des satellites par centaines, voire par milliers ! Ce sont les projets fous imaginés par des milliardaires qui n’en sont pas à leur coup d’essai. L’objectif : créer des constellations pour connecter à internet des milliards de Terriens qui ne sont actuellement pas desservis par les réseaux de télécommunications fixes et mobiles. D’un côté, Richard Branson, le patron du groupe Virgin, associé à Greg Wyler, un vétéran du secteur spatial, rêvent de mettre sur orbite une flotte d’environ 648 satellites d’ici à 2018. De l’autre, Elon Musk, le fondateur de SpaceX – le nouveau concurrent –, et Google, qui veulent produire et lancer pas moins de 4 000 satellites !

Légers, bon marché et à 1 200 kilomètres

Richard Branson veut investir 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros) pour son projet OneWeb. Son rival environ cinq fois plus ! À chaque fois, le principe est le même : miser sur des satellites d’une centaine de kilos, peu chers à produire, et positionnés sur une orbite basse à 1200 kilomètres de la Terre. Les communications seront quasi instantanées avec un temps de latence du signal (le temps de faire un aller-retour spatial) de l’ordre de quelques millisecondes, contre 500 millisecondes pour les satellites traditionnels positionnés, eux, sur l’orbite géostationnaire, à 35786 kilomètres.

 

Infographie : Drones, ballons, satellites... 7 projets pour connecter le monde par l'espace

 

L’industrie spatiale s’apprête à vivre une rupture. "Avec ce type de constellations, on entre dans un nouveau paradigme industriel. Les ordres de grandeur sont totalement différents de ce que nous connaissons", explique Pierre Lionnet, le directeur de recherche d’Eurospace, l’association qui réunit les acteurs de l’industrie spatiale européenne. À titre de comparaison, l’opérateur de satellites O3B ("Other 3 billions", soit les trois milliards de Terriens qui ne sont pas connectés à internet) est sur le point d’achever le déploiement d’une constellation de 16 satellites.

Ces projets donnent le vertige à l’industrie européenne. Surtout qu’elle est courtisée. Richard Branson a obtenu le 20 janvier une audience auprès de Geneviève Fioraso, la secrétaire d’État chargée du secteur spatial, à laquelle participait Stéphane Israël, le PDG d’Arianespace. "Richard Branson et Greg Wyler étaient très intéressés par l’expertise industrielle française en matière de lanceurs, avec Arianespace, mais aussi de satellites, avec Thales Alenia Space et Airbus", explique l’entourage de la secrétaire d’État.

Un circuit de production à revoir

Les fabricants européens semblent prêts à relever ce défi. En particulier Thales Alenia Space (TAS). Le groupe franco-italien a déjà décroché les contrats liés aux constellations existantes (Globalstar, O3B, Iridium…). Il commence à livrer les équipements pour Iridium, soit une centaine de satellites. TAS, qui a adapté la conception de ses satellites pour les produire en série, livre quatre satellites par mois. Un record ! Mais loin du compte pour les constellations du type OneWeb. L’usine de Cannes-La Bocca (Alpes-Maritimes) devrait en produire deux par jour ! 

Il s’agira de satellites plus petits, d’une complexité technologique et d’un niveau de robustesse moindres. "Pour produire plus vite, une piste serait de nous inspirer des process industriels de l’automobile. Et de toute façon il faudra revoir complètement nos approvisionnements, explique Bertrand Maureau, le directeur des activités de télécommunications de TAS. Nous sommes prêts à affronter cette deuxième rupture industrielle." Le fabricant pourrait acheter sur étagère une large partie de ses composants (cartes électroniques, cellules de panneaux solaires…) et choisir des éléments destinés à des applications terrestres et non plus conçues pour le spatial. Les tests, l’intégration, l’assemblage et les coûts des satellites seraient très largement réduits.

Un satellite à 500 000 dollars pièce (441 000 euros) devient envisageable, à comparer aux 200 millions de dollars (176 millions d’euros) pour les satellites géostationnaires produits à quelques unités par an. Côté lanceur, c’est aussi une gageure. "Si on dédiait la capacité de l’ensemble des lanceurs disponibles, il faudrait deux ans pour envoyer 4 000 satellites d’environ 100 kg", explique un spécialiste. Tous lanceurs confondus, l’industrie mondiale envoie, bon an mal an, quelque 300 tonnes de satellites dans l’espace chaque année.

Pour démultiplier cette capacité, il faudra produire et lancer des fusées à la chaîne. Pour lancer plus d’Ariane, le doublement de l’usine des Mureaux (Yvelines), qui produit l’étage principal de la fusée, serait nécessaire ! "Pour répondre au défi, il faudrait procéder à deux lancements par semaine", explique Marc Pircher, le directeur du Centre spatial de Toulouse. Arianespace n’en réalise qu’un par mois environ. Même avec ses trois lanceurs – Ariane, Soyouz et Vega –, et des tirs par grappe d’une dizaine de satellites, Arianespace sera loin du compte.

Les Russes ont montré qu’il est possible de procéder à autant de lancements. "Dans les années 1980, pour répondre à leurs besoins télécoms et d’observation, Soyouz était tirée plus d’une fois par semaine", rappelle Marc Pircher. Reste que les grandes constellations imaginées à l’époque, comme celles de Globalstar ou de Microsoft baptisée Teledesic (près de 840 satellites), n’ont soit jamais vu le jour, soit ont tourné au fiasco financier. Il est donc urgent de garder les pieds sur Terre !

Hassan Meddah

 
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