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L'intelligence artificielle, nouvel eldorado de l'immobilier

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Les maîtres d'ouvrage doivent appréhender cette technologie en mutation sans tomber dans le gadget. Le défi, pour les habitants : accepter de vivre dans des appartements bardés de capteurs, nourris de leurs données personnelles.

L'intelligence artificielle, nouvel eldorado de l'immobilier
L'intelligence artificielle, nouvel eldorado de l'immobilier © kerezi72 - Creative Commons CC

"Comme pour le téléphone portable à ses débuts, il est probable que nous ne soupçonnions pas 80 % des potentialités d'un bâtiment connecté", s'enthousiasme Emmanuel Olivier, à la tête de la start-up Ubiant, qui propose des services d'intelligence artificielle (IA) pour l'immobilier. L'automatisation des fonctions du bâtiment émerge dès la fin des années 1980 (volets, portails et portes de garage motorisés par exemple), mais la multiplication récente des objets connectés et l'intégration d'une IA dans le bâti marquent un tournant. Désormais, l'idée est de transformer les constructions en plates-formes de services.

 

Un premier niveau basique de l'IA correspond à un système expert qui définit des cas possibles et les associe à une action, par exemple éteindre les lumières quand la pièce est vide. Deuxième degré : l'apprentissage machine. Ici, une partie de l'algorithme est programmée, mais une autre s'améliore d'elle-même en intégrant progressivement des données et propose des réglages au cas par cas. Legrand a ainsi imaginé que le signal vert indiquant la sortie en cas d'incendie soit piloté par une IA s'adaptant aux informations sur les zones en feu, le plan du bâtiment, etc. pour indiquer la bonne direction. Enfin, troisième stade, l'apprentissage profond permet, via l'intégration d'un grand nombre de données, de produire directement, c'est-à-dire sans programmation préalable, des modèles. Par exemple, pour la reconnaissance d'un visage humain, plus besoin de programmer sa description : l'IA, après avoir "digéré" un grand nombre d'images de ce visage, dressera elle-même un schéma le définissant et sera donc capable de le reconnaître, comme le font déjà des interphones équipés de caméra.

 

"Evidence"

"Dans quelques années, le bâtiment connecté et adaptatif sera une nécessité et une évidence", estime Marie-Luce Godinot, directrice générale adjointe de Bouygues Construction en charge de l'innovation, pour qui l'IA est un bouleversement énorme. "Dans l'immobilier, il n'y a pas encore de découvertes révolutionnaires, comme c'est le cas pour la mobilité avec les voitures autonomes, tempère Georges-Etienne Faure, directeur de l'innovation chez Nexity. Dans cette période de foisonnement, nous expérimentons, puis nous évaluons la pertinence pour notre activité." Car, si elle est susceptible de dynamiser un secteur, l'IA donne aussi lieu à des innovations qui pourraient s'avérer rapidement obsolètes voire inutiles. Un défi pour la construction et l'immobilier, inscrits dans le temps long, qui ne peuvent se permettre de miser sur une technologie qui passerait de mode. "Attention à “l'IA-washing” et aux innovations gadgets", prévient ainsi Jérôme Boissou, à la tête du programme objets connectés de Legrand.

 

La gestion de l'énergie constitue aujourd'hui un domaine qui mobilise particulièrement cette technologie. Une IA, développée par Ubiant et installée par Engie dans 140 écoles de la Ville de Paris depuis 2016, optimise la consommation selon la taille de la classe, le nombre d'élèves, la température… Complétée par des travaux de rénovation des bâtiments et des chaufferies, elle vise à faire économiser 30 % d'énergie et réduire d'autant les émissions de gaz à effet de serre.

 

Identification de potentiels lieux de rénovation ou de construction, création de milliers de configurations possibles du bâtiment, reconnaissance des poutres et des portes à partir d'un nuage de points pour créer une maquette BIM, repérage des dangers sur un chantier en examinant les vidéos… les domaines d'application de l'IA se multiplient. A l'étape de la vente, "beaucoup d'annonces immobilières sont déjà prérédigées par des robots, et une partie de la relation client passe par des chatbots, explique Georges-Etienne Faure. L'IA nous permet également de mieux cerner la probabilité d'achat d'un appartement par un potentiel client selon ses informations, son parcours sur le site, les données de l'appartement…". Côté maintenance, Bouygues Construction a testé l'IA Watson d'IBM en lui faisant reconnaître une tache au sol ou une lampe cassée à partir de photos envoyées par les usagers avant de faire intervenir un technicien ou les services d'entretien.

 

Interopérabilité encore peu garantie

Pour intégrer l'IA, les acteurs du bâtiment s'appuient à la fois sur la pléthore de start-up et sur les géants de cette technologie tels IBM ou Google. "Nos interrupteurs, prises, volets, portiers connectés… peuvent être interopérés, c'est-à-dire liés à l'IA d'une autre entreprise, par exemple pour installer la Google Home", précise Jérôme Boissou. Cette interopérabilité des équipements, encore peu garantie, est nécessaire pour qu'un bâtiment puisse s'adapter aux progrès rapides de l'IA.

 

Autre défi: accepterons-nous de vivre dans un appartement bardé de capteurs, nourris de nos données personnelles ? "Oui car le confort de vie va primer", assure Marie-Luce Godinot. Pas si sûr, comme le montre un sondage réalisé par The Economist Intelligence Unit en mars dernier, révélant que 73 % des Français "craignent que le cumul des atteintes mineures à la vie privée débouche sur un recul des libertés individuelles", plus de 9 sur 10 souhaitant "des sanctions accrues pour les entreprises portant atteinte à la vie privée des consommateurs".

 

L'enjeu tient aussi à la transparence des algorithmes, dont le chemin de décision constitue une véritable boîte noire. "Dans quelques années, une IA pourrait présélectionner les candidatures pour une location, imagine Georges-Etienne Faure. La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) pourrait constater qu'une partie de la population est discriminée par cette IA dont personne ne serait capable d'expliquer la mécanique de décision. L'un des enjeux futurs est donc de savoir expliciter son fonctionnement et éventuellement de limiter son champ d'action."

 
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