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L'intelligence artificielle pourrait "nous élever en tant qu'espèce" en nous libérant du travail

Étude Exclusif Document L'expression "intelligence artificielle" a 60 ans, et elle a connu bien des hauts et des bas. Elle vit en ce moment un renouveau, portée par l'ubiquité du cloud et sa puissance de calcul, par les données plus nombreuses que jamais, et par l'émergence du deep learning. L'Institut Mines-Télécom a consacré son 8e cahier de veille annuel à ce renouveau, à ses défis et à ses promesses. L'Usine Digitale vous le dévoile en exclusivité.
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La Fondation Télécom publie chaque année un cahier de veille basé sur les travaux des enseignants-chercheurs de l'Institut Mines-Télécom. Pour son 8e cahier, elle a choisi le thème de l'intelligence artificielle. Un choix logique, la découverte du deep learning ayant provoqué un renouveau du secteur depuis quelques années. Car le terme, né à la conférence de Darmouth en 1956, est passé par plusieurs phases d'engougement et d'obscurité.

 

Le printemps de l'intelligence artificielle

Mais cette fois, pour Aymeric Poulain Maubant, l'auteur du cahier, c'est la bonne. "La crainte que les annonces aillent trop vite et que l'on retombe dans un 'AI Winter', dans lequel l'intelligence artificielle serait dévaluée, est toujours là, explique-t-il. Mais je pense que l'on est plutôt dans un 'AI Spring' cette fois-ci. Par le passé il y a eu les systèmes experts à base de règles complexes mais qui ne pouvaient pas tout résoudre. Puis sont venus les réseaux de neurones, mais il manquait la puissance de calcul et les bases d'apprentissage. Aujourd'hui, grâce au cloud, au big data et à l'arrivée des algorithmes de deep learning, les conditions sont réunies."

 

La contribution centrale du cahier, réalisée par Claude Berrou, va dans ce sens. Le chercheur fut à l'origine de la découverte des turbo codes dans les années 90, technologie majeure notamment utilisée au sein de l'ADSL 2, de la 3G et 4G, ainsi que pour certaines communications satellitaires. Fasciné par la transmission de l'information dans le cerveau, ses travaux se concentrent aujourd'hui sur l'information neuroinspirée. Au sein du projet européen Neucod (Neural Coding), il tente avec son équipe de modéliser le cerveau humain.

 

Vers des intelligences complémentaires

L'objectif n'est pourtant pas de recréer l'intelligence humaine, mais de mettre à jour de nouvelles formes d'intelligence. "La notion originelle d'imitation de l'intelligence humaine a disparu aujourd'hui, et cela a ouvert beaucoup de possibilités," commente Aymeric Poulain Maubant. La nouvelle définition de l'IA est celle de formes d'intelligences qui accompagnent l'humain de façon bienveillante et lui sont complémentaires. "Prenez AlphaGo lors de son match contre Lee Sedol, poursuit-il. Il a transformé le Go en effectuant des coups dont aucun humain, même un joueur réputé créatif comme Lee Sedol, n'aurait eu l'idée. En observant ces intelligences et la façon dont elles résolvent des problèmes, l'Homme devient plus créatif. Les IA auront un jour le potentiel de nous faire coévoluer."

 

Apprendre à dompter les peurs

Reste un frein à cet idéal philosophique : la peur. "Lorsque des personnalités comme Elon Musk ou Stephen Hawking se sont exprimées publiquement pour mettre en garde contre ces technologies, cela à profondément atteint la communauté scientifique. Elle a pris conscience qu'il fallait faire un travail de recherche sur ces points, sous peine de connaître un rejet de la population." Pour lui, la solution se trouve peut-être dans un manque d'éducation à l'IA et aux algorithmes, comme cela se fait pour la conception avec les Fab Labs. Mais il se veut optimiste : "J'espère qu'un jour nous n'aurons plus à travailler pour gagner notre vie. Les IA pourraient nous aider à y parvenir. En nous libérant de ces tâches, elles nous permettrons de nous élever en tant qu'espèce."

 

Ci-dessous le cahier de veille dans son intégralité :

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

2 commentaires

Thomas Stanic-Muller
28/06/2016 09h58 - Thomas Stanic-Muller

Le progrès technologique, n'a pas été, jusqu'à aujourd'hui, systématiquement synonyme de progrès social. La rentabilité du gain de productivité s'est dilué vers les actionnaires plus que vers une réduction du temps de travail. J'ai du mal à imaginer que cette logique puisse changer.

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Sam
29/06/2016 17h20 - Sam

Entièrement d'accord avec vous Thomas. De plus, croire que les gens ont peur de l'IA seulement par méconnaissance est une insulte pour tous ceux qui justement se penchent sur cette question et qui contrairement aux scientifiques, arrivent à envisager cette technologie sous l'angle éthique. Certains scientifiques considèrent que parce qu'on sait techniquement le faire, on doit le faire. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme..."

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