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L’Internet industriel peut-il vraiment faire gagner 2 200 milliards d’euros à l’Europe ?

Alerte visionnaire ou marketing maladroit ? Un rapport de GE prétend que l’Internet industriel pourrait contribuer pour 2 200 milliards d’euros au PIB européen à horizon 2030.  La démonstration laisse perplexe.
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L’Internet industriel peut-il vraiment faire gagner 2 200 milliards d’euros à l’Europe ?
L’Internet industriel peut-il vraiment faire gagner 2 200 milliards d’euros à l’Europe ? © Eric Caballero - Flickr - C.C.

La méthode est éprouvée. Pour promouvoir un service ou un produit, quoi de mieux qu’une bonne étude de marché. Prospective, si possible. Mais à trop vouloir vendre le potentiel d’un produit, on risque de le décrédibiliser. C’est le risque qu’a pris l’américain GE (General Electric), en publiant depuis Londres, le 19 juin 2013,  une étude sensationnelle sur les "retombées économiques immenses  attendues de la connexion entre machines et Internet pour lancer une révolution de la productivité  en Europe".  Intitulé "Internet industriel - Repousser les limites des esprits et des machines : une perspective européenne", le rapport estime que "l’Internet industriel - un réseau ouvert  mondial reliant individus, données et machines - pourrait contribuer pour 2 200 Milliards d’euros au PIB européen à horizon 2030." Selon le même rapport, "le secteur industriel pourrait  réaliser des milliards d’euros d’économies si l’Internet industriel parvient à accroître de seulement 1 % le taux de croissance annuel de la productivité sur les 15 prochaines années."

Pour arriver à ce chiffre astronomique, le rapport fait des hypothèses du type : "des économies de seulement 1 % dans la production électrique au gaz, rendues possibles par l’Internet industriel, représentent à elles seules des économies de carburant de 11 milliards d’euros en Europe sur 15 ans" !  Idem pour la santé, l’aviation, les hydrocarbures, le ferroviaire.

Forcer le trait

A n’en pas douter, les smart grid annoncés ou les futures villes intelligentes sont porteurs de valeur ajoutée. Ces services passeront probablement par des réseaux ouverts de qualité industrielle. Et GE est surement bien placé pour les opérer (le rapport évoque pour GE en Europe 1 500 ingénieurs en logiciel et scientifiques spécialisés dans l’étude de données, dédiés à l’analyse des données recueillies par des capteurs installés sur une vaste gamme de machines et qui servent à générer des gains d’efficience et de productivité). Mais de là à chiffrer le potentiel à 2 200 milliards de d’euros d’ici à 17 ans… Cela laisse perplexe malgré les exemples avancés de suivi de consommation de carburant chez Alitalia ou de dosimétrie chez Dosewath.

Certes, pour demander aux gouvernements européens de "dynamiser fortement l’offre des compétences et mettre en place un cadre politique robuste afin d’exploiter ces opportunités", mieux vaut forcer le trait, pour marquer les esprits. Mais là, GE y est peut-être allé un peu fort.

Aurélie Barbaux

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