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L'OM s'allie à l'université d'Aix-Marseille pour mieux entraîner ses joueurs grâce à l'analyse de données

Reportage L’Olympique de Marseille souhaite utiliser la data pour améliorer ses performances sportives et ses finances avec le projet OM DataLab. Parmi les angles d’attaque, un partenariat entre les chercheurs d’Aix-Marseille Université et les joueurs du centre de formation du club de foot.
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L'OM s'allie à l'université d'Aix-Marseille pour mieux entraîner ses joueurs grâce à l'analyse de données
Tom Moustier en plein squat jump. © Mathilde Ruchou

En cette matinée de mi-octobre, dans une salle du pôle universitaire de Luminy à Marseille, Tom Moustier, 18 ans et Evan Huriez, 19 ans, tous deux joueurs au centre de formation de l’OM, s’entraînent sur ce qui ressemble au premier coup d’œil à des machines de musculation. Mais, tout autour, des câbles et ordinateurs transforment cette salle d’entraînement en laboratoire.

Leur séance se déroule sous les regards de leur médecin, de leur entraîneur et d’ingénieurs d’Aix-Marseille Université (AMU). Ce mélange entre les univers scientifique et sportif est le fruit d’un partenariat entre l’Olympique de Marseille et le pôle Technosport d’AMU, officialisé le 17 septembre mais débuté dès juillet dernier.

Pendant que Tom s’échauffe avec des sauts en hauteurs, Evan s’entraîne sur ce qui s’apparente à un banc de musculation. Il y fait du "squat jump chargé" : allongé sur une planche, les pieds contre une plateforme de force plus ou moins chargée sur laquelle il pousse. Les deux joueurs sont analysés par une multitude de capteurs. Sur l’exercice du squat jump, chaque plateforme de force dispose d’un capteur pour dissocier les jambes et d'un autre pour mesurer les vitesses.
 


Echauffement au saut en hauteur entre des capteurs lasers surveillé par Romain Hardouin, ingénieur


En face est assis Arnaud Hays, ingénieur de recherche responsable des sports de haut niveau de la filière Fast Spor’in, scrutant son écran d’ordinateur. "On prend 1 000 points à la seconde, ça permet de voir comment la force de poussée et la vitesse se développent tout au long de l’exercice sur la jambe droite et la jambe gauche séparément. Aussi, on voit le comportement des chevilles dans les axes XYZ", éclaircit le chercheur.

Un prototype unique au service du sport
Pour arriver à ce résultat, les ingénieurs travaillent sur cette machine depuis trois ans. Outre la récupération et l’ajout de capteurs au matériel, ils ont conçu les logiciels qui servent au traitement des données en temps réel (pour attester la validité des tests) et à leur analyse en aval des séances. "Ça fait un certain temps qu’on sait que trop de déséquilibre peut devenir pathologique chez les grands athlètes. On a donc apporté une innovation pour les mesurer", souligne Denis Bertin, directeur de la filière Fast Spor’in. En effet, avec une pratique sportive intense, les blessures sont courantes et peuvent entraîner de longs arrêts, voire faire avorter des carrières.

Leurs recherches permettent de voir en détail les capacités, forces et faiblesses des sportifs pour anticiper les blessures. La reprise sportive après une convalescence est également prise en compte, comme l’explique Arnaud Hays : "On peut aussi coupler avec de électromyogramme pour voir les coordinations musculaires qui peuvent se dégrader en fonction des réticences psychologiques de l’athlète lors de l’exercice".
 


Arnaud Hays, ingénieur de recherche responsable des sports de haut niveau de la filière Fast Spor'in


Ce partenariat est donc une aubaine pour le club. "Connaître les déséquilibres en amont nous permet à nous, entraîneurs, de travailler pour les corriger. Moins nous avons de joueurs qui passent par la case médicale, mieux le travail est fait. Ces données sont importantes pour être plus performant", assure Nasser Larguet, directeur du centre de formation de l’OM.

Pour mener à bien cet objectif, les 139 joueurs du centre de formation sont passés par cette étape en juillet dernier. "Quand on a testé Tom, il avait une jambe vraiment faible et qui manquait de vitesse par rapport à l’autre. Il a donc fallu faire des exercices spécifiques pour rééquilibrer. Ce travail est important en matière de prévention, surtout quand les joueurs vont bien et qu’on ne peut pas le voir", explique Joël Coste, médecin du centre de formation.
 


Evan Huriez s'installe sur le prototype créé par les ingénieurs d'Aix-Marseille Université


"Faire de la technologie un catalyseur"
Le club Olympien espère tirer de ce travail un historique des pathologies chez leurs joueurs d’ici plusieurs années. "Une information inestimable" pour le directeur. Avec autant de données, le stockage de toutes ces informations de manière sécurisée est un point crucial. "Les  données sont anonymisées avec un code unique pour chaque joueur et chaque test. Elles sont ensuite stockées sur une base de données dans un ordinateur qui n’est pas relié au réseau. Pour les donner au club, nous transmettons les données sur une clé USB sécurisée qui contient une table de conversion afin de retrouver quel code correspond à quel joueur", rassure Arnaud Hays. Cette méthodologie est nécessaire pour être homologué à faire passer ces tests.

Pour l’instant, seuls les footballeurs du centre de formation sont concernés par ce partenariat entre l’OM et l’université. "Les jeunes sont vecteurs de développement pour le club, il est donc nécessaire d’apporter les meilleurs outils. On a la chance d’avoir à Marseille des équipes et des outils au meilleur niveau possible sur le plan biomédical, analyse physiologique et sur les équipements qu’ils conçoivent", observe le directeur technologie et innovation de l’OM, Frédéric Cozic.

Cependant, ces entraînements ne sont qu’un volet d’un projet plus global : l’OM DataLab qui vise l’amélioration des performances des joueurs tout autant que des outils marketing ou l’expérience du supporter. Est prévu, par exemple, un partenariat avec l’opérateur Orange sur la 5G pour  installer des capteurs physiques, d’humidité, de déplacements afin de mieux gérer les lumières ou encore les files d’attentes. "Le club a envie de faire de la technologie un catalyseur. Le foot restera bien sûr au centre, mais la différence va aussi se joueur en dehors du terrain".

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