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L'Union européenne refuse de communiquer sur son "détecteur de mensonge" basé sur l'IA

Vu ailleurs La Commission européenne refuse de répondre à l'eurodéputé Patrick Breyer, qui exige la publication d'informations sur "iBorderCtrl". Financé par l'exécutif européen, ce projet de "détecteur de mensonge" a pour objectif d'accélérer les contrôles aux frontières extérieures de l'UE grâce à un système capable de discerner parmi 38 "micromouvements" les déclarations supposément mensongères d'une personne.
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L'Union européenne refuse de communiquer sur son détecteur de mensonge basé sur l'IA
L'Union européenne refuse de communiquer sur son "détecteur de mensonge" basé sur l'IA © Commission européenne

Où en est le projet de détecteur de mensonge "iBorderCtrl" financé par des fonds européens ? C'est cette question que se pose l'eurodéputé allemand Patrick Breyer. Mais la Commission européenne refuse de lui transmettre des informations sur les essais de cette technologie, rapporte Euractiv dans un article publié le 31 mars 2020.

Un financement de 4,5 millions d'euros

Lancé en 2016, le projet "iBorderCtrl" a pour objectif d'accélérer les contrôles aux frontières extérieures de l'Union européenne. Il est porté par un consortium de treize partenaires, dont des universités, des entreprises et des organismes publics, et est financé à hauteur de 4,5 millions d'euros par la Commission européenne via son programme-cadre Horizon 2020 pour la recherche et l'innovation. 

L'idée est simple : remplacer les garde-frontières humains par un détecteur de mensonges doté d'un algorithme capable de discerner parmi 38 "micromouvements" les déclarations mensongères d'une personne (automatic deception detection system). Dans ces "micromouvements", on compte par exemple l'angle de la tête ou le mouvement des yeux. Ce garde-frontière virtuel pose des questions au voyageur (nom, pays d'origine, durée de séjour, motif du voyage…). Les personnes dont les réponses sont jugées honnêtes par le système se voient remettre un code les autorisant à passer la frontière. Les autres sont orientées vers des gardes-frontières physiques.

Il est important de rappeler que le concept de "détecteur de mensonges", qu'il s'agisse des classiques polygraphes ou de ce nouveau système, n'est pas scientifiquement prouvé. Il part du principe que le mensonge s'accompagne de signes mesurables de nervosité. En 2018, des tests ont été effectués en Grèce, en Hongrie et en Lituanie dans le cadre d'un projet pilote de six mois. Les emplacements exacts des postes de contrôles demeuraient confidentiels. En Grèce, "la frontière […] avec la République de Macédoine du Nord a été considérée comme une zone d’intérêt", indique simplement le site d’iBorderCtrl.

Une vague de contestations

Ce projet a provoqué une vague de contestations. The Intercept a publié une enquête en juillet 2019 dans laquelle il révèle un nombre élevé de faux positifs. Le détecteur de mensonge avait considéré à tort 4 des 16 réponses honnêtes comme fausses. L'eurodéputé Patrick Breyer s'inquiète également des éventuels biais discriminatoires : le système reconnaît-il correctement les personnes de couleurs, les femmes… ? Face à ces doutes, il exige de la part de la Commission européenne la publication de tous les rapports écrits suite aux tests.

En réponse, la commissaire aux affaires intérieures Ylva Johansson assure qu'"iBorderCtrl" n'est qu'un "projet de recherche" et qu'il n'est prévu de le déployer en tant que "système fonctionnel". Mais Patrick Beyer n'est pas satisfait. Il estime que "le public a le droit de connaître la vérité". La position de la Commission européenne tranche avec le discours qu'elle tient sur l'IA. Dans son livre blanc publié en février 2020, elle présentait la confiance des citoyens comme l'un des piliers de cet écosystème et demandait à tous les acteurs de se montrer transparents dans le développement de leurs technologies. Une exigence qu'elle a apparemment dû mal à s'appliquer à elle-même.

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