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L'US Navy utilise la réalité augmentée pour construire ses porte-avions (et vous devriez faire pareil)

Cas d'école L'un des plus grands chantiers naval du monde, Newport News Shipbuilding, teste l'utilisation de la réalité augmentée depuis 5 ans. Et c'est un succès. La spin-off AR Index Solutions est née de cette expérience et s'apprête à déployer cette année une première solution en production, à grande échelle. Elle pourrait faire économiser 1 milliard de dollars à l'US Navy pour la construction de son dernier porte-avions nucléaire. Ses dirigeants nous ont expliqué pourquoi cette technologie va révolutionner l'industrie, et pourquoi vous devez vous y mettre dès aujourd'hui.

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L'US Navy utilise la réalité augmentée pour construire ses porte-avions (et vous devriez faire pareil)
L'US Navy utilise la réalité augmentée pour construire ses porte-avions (et vous devriez faire pareil) © AR Index Solutions

L’industrie, c’est un peu comme l’informatique, ça peut vouloir dire beaucoup de choses. Il y a industrie et industrie. Il y a des fabricants d’ustensiles de cuisine, et il y a le chantier naval Newport News Shipbuilding (NNS), situé en Virginie, qui construit les porte-avions et sous-marins nucléaires de la Marine de guerre des Etats-Unis. Alors quand deux cadres de NNS fondent une spin-off spécialisée dans la réalité augmentée (fin 2015) et parlent de faire économiser un milliard de dollars pour la construction d’un porte-avions nucléaire de nouvelle génération (classe Ford)… On les écoute.

 

D’autant que Dan Arczynski, CEO d’Index AR Solutions, et Patrick J. Ryan, directeur de l’ingénierie, ne sont pas des jeunes premiers. Dan Arczynski l’admet volontiers lors de sa présentation à la conférence Liveworx 2016 de PTC, en confiant qu’il est sorti de l'école militaire de Westpoint il y a 38 ans. Loin du hype technologique, leur intérêt pour la réalité augmentée est donc motivé par ses résultats : "une réduction des coûts, mais aussi une meilleure sécurité et une diminution des délais."

 

Et les chiffres font tourner la tête. AR Index Solutions a réalisé 50 projets pilotes jusqu’ici, et s’apprête à déployer son premier projet à échelle industrielle à l’automne. L’un de ces pilotes a porté sur l’inspection des structures temporaires mises en place pour soutenir la structure d’un navire lors de sa construction. Une étape délicate qui prend traditionnellement 36 heures de travail, mais qu’AR Index Solutions a réduite à 90 minutes. "Aucune autre technologie n’offre un tel retour sur investissement", commente Dan Arczynski. Et pour lui, aucun doute, la technologie est prête : "Il est possible de faire des choses réelles, utiles, dès aujourd’hui."

 

Commencer par de petits projets à fort impact

Evidemment, il ne faut pas essayer de tout faire en même temps, ni lancer 10 projets d'un coup. La réalité augmentée n’est pas une panacée. "N’essayez pas de faire tout et n’importe quoi, prévient Patrick J. Ryan. La réalité augmentée n’est pas bonne pour tout. Et n’allez pas commencer des projets qui sont sûrs d’échouer dans une grande entreprise, car vous n’aurez pas de seconde chance." Il vaut mieux bien définir le besoin et démarrer avec de petits projets, simples, pour ensuite itérer. "Il faut commencer en priorité par les cas d’usage qui auront les meilleurs résultats", ajoute l'ingénieur. Il faut également prendre en compte les contraintes du projet lui-même, car ce qui fonctionne pour un porte-avions pourrait être inadapté pour un sous-marin. 

 

L’avantage, c'est qu’un projet pilote en réalité augmentée peut être opérationnel en quelques mois. "Ce n’est pas comme mettre en place un ERP où il faut débourser des centaines de milliers de dollars avant de voir un impact, reprend Patrick J. Ryan. Même de petits projets donnent des résultats." Après, pour un déploiement complet, il faut entre 2 et 4 ans. "Passer à l’échelle industrielle est la partie la plus difficile, met en garde le dirigeant. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Les plans sur papier existent depuis plus d’un siècle, en comparaison la réalité augmentée est très jeune. Il faut donc se dire dès le départ qu’il faudra réévaluer les choses en cours de déploiement, pour s’améliorer."

 

Les trois cas d’usages les plus mûrs sont l’inspection qualité, les manuels d’utilisation interactifs, et la formation. La gestion du workflow (avec instructions), l’identification de pièces et le guidage géographique dans une usine sont les autres cas sur lesquels AR Index Solutions commence à travailler. "L’évaluation de positionnement dans l’espace est particulièrement adaptée à la réalité augmentée," commente Patrick J. Ryan. Plus besoin de plans ou d’outils, tout est immédiatement apparent. Pour les instructions, il faut "éviter de trop en faire. Il est rarement nécessaire de détailler une procédure étape par étape. On peut par exemple mettre en surbrillance le chemin que doit suivre un câble, c’est beaucoup plus utile." Même chose pour la formation : "il faut que cela reste utile. N’essayez pas de rivaliser avec la réalité virtuelle, chaque techno a son usage. Il faut augmenter le physique, c’est là que c’est le plus utile."

 

Les casques arrivent, mais ne sont pas encore prêts

A noter qu’AR Index Solutions, comme l’ensemble des professionnels du salon, s’accorde à dire que les casques de réalité augmentée ne sont pas encore prêts pour un déploiement industriel. "Ils sont trop distrayant en matière de pollution lumineuse lorsque les techniciens se déplacent," explique Patrick J. Ryan. Celui de Microsoft, HoloLens, est unanimement décrit comme prometteur, mais réservé à l’expérimentation et au développement jusqu’à l’arrivée d’une version commerciale mature. "Dans deux ans les choses seront très différentes", pour l'ingénieur.

 

Pour l'instant des tablettes (généralement des iPad) sont utilisées dans la plupart des cas. "N’attendez pas l’arrivée du hardware parfait, conseille le directeur. 95% du travail est dans le software et l’adoption culturelle dans l’entreprise," poursuit le directeur. Prendre de l’avance dès aujourd’hui, c’est donc autant de travail qu’il n’y aura pas à faire plus tard. Et Dan Arczynski enfonce le clou : "N’attendez pas que les autres viennent vous dire à quel point c’est génial. Les pionniers du domaine ne partagent pas leurs résultats... car ils veulent garder leur avantage concurrentiel."

 

Questionné sur la fragilité de ces équipements dans un milieu industriel, Patrick J. Ryan se montre très serein : "L’appareil lui-même va devenir un consommable. Il est remboursé en un jour ou deux. On n’utilise même pas de coque de protection, car elles ne protègent pas efficacement et peuvent causer des surchauffes." Et les ouvriers en prennent suffisamment soin. "Sur 97 appareils déployés jusqu’ici, avec des déploiements qui ont duré jusqu’à 3 mois et demi, nous n’en avons cassé que trois... dont deux dans mon bureau..."

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