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La 5G, une révolution sous conditions

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La 5G, tout le monde en parle comme la prochaine révolution mobile. Mais que faut-il vraiment en attendre ? Simple évolution de la 4G ou véritable bouleversement technologique ? Le point avec Alexandre Ménard, Directeur associé du cabinet McKinsey & Company, expert des questions télécommunication et IoT.

La 5G, une révolution sous conditions
La 5G, une révolution sous conditions © Commission Européenne

La 5G couvrira plus de 20% de la population mondiale dans six ans, selon le dernier rapport Ericsson sur la mobilité publié le 28 novembre 2017. L’opérateur prévoit 1 milliard d’abonnements 5G d’ici 2023. Mais que peut-on vraiment en attendre et qu’est-ce que cela implique pour les opérateurs et les usagers ?
"Si tout n’est pas encore stabilisé ni totalement normé, on peut d’ores et déjà avoir une vision à peu près stable des technologies qui supporteront les 5G, des cas d’usages et du timing", affirme Alexandre Ménard, Directeur associé du cabinet McKinsey & Company, expert des questions télécommunication et IoT, interrogé par L’Usine Digitale.

La question fondamentale : la 5G est-elle une évolution ou une véritable révolution ? "Si l’on porte un regard à date, la 4G est une évolution, il n’y a pas eu de nouveaux cas d’usages, en tout cas ils sont venus plus tard, alors que la 3G était une révolution. La 5G sera a minima une évolution. Cela pourrait devenir une révolution, mais à plusieurs conditions", indique l’expert.

 

La 5G, une évolution sur la basse fréquence

Alexandre Ménard met en avant les deux applications majeures de la 5G. "La première se fera sur les bandes fréquences basses, en-dessous de 3 Ghz". Selon lui, l’évolution sera dans la lignée de la 4G et de la 4G+, avec un certain nombre de performances, comme la vitesse et le débit, la latence et la capacité à absorber du trafic. "Avec la 4G et la 4G+, nous sommes entre 10 et 50 mégabit, tandis que la 5G devrait permettre d’être entre 20 et 60 mégabit/sec, explique-t-il. C’est une amélioration, pas un saut quantique profond. Ce sera intéressant pour le consommateur final. Cela permettra notamment de baisser le coût". Et de rappeler à titre d'exemple que 4G est dix fois moins chère en coût par mégabit que la 3G. "Le réseau mobile double tous les ans en trafic : on pourra ainsi doubler voire tripler le débit actuel. Cela améliorera la saturation des réseaux". Ni plus ni moins…

Alexandre Ménard identifie trois cas d’usage de la 5G dans la basse fréquence. Le premier a trait à "la poursuite des progrès et des besoins de débit et de bande passante pour l’Internet mobile". Le second concerne l’IoT à grande échelle, "avec des latences plus faibles, une consommation d’énergie plus basse que la 4G, des connexions plus efficaces en complément des réseaux mobiles traditionnels…" La troisième application est quant à elle plus critique : "il s’agit de la protection d’infrastructures, des process à distance : cela nécessite une latence très basse et d’une plus grande stabilité du réseau", selon l’expert. Et de citer la voiture connectée en exemple.

 

Une révolution sur la haute fréquence, mais…

Deuxième application de la 5G : les ondes millimétriques. Avec des bandes très hautes fréquences, au-delà de 30 GHz, la 5G devrait permettre des débits considérablement plus élevés, c’est-à-dire de 100 Mb/sec à 1Gb/sec, comme la fibre, mais avec une technologie mobile. Voilà qui pourrait être perçu comme une révolution. Inconvénient, selon Alexandre Ménard : "La couverture nécessite d’avoir un certain nombre de sites très haut débit. Le signal devrait être aussi moins bon à l’intérieur des bâtiments…"

Pour cela, une solution : le Fixed wireless broadband qui peut offrir un accès de qualité équivalente au fixe. "On sait faire quelque chose qui correspond peu ou prou à la fibre avec un coût optimisé. Cela restera moins cher de déployer le réseau 5G haute fréquence, soit de 40 à 50% par rapport au coût de déploiement de la fibre", avance Alexandre Ménard.  Selon les données américaines, cela serait de 600 à 700 dollars par foyer aux Etats-Unis et de 300 à 400 dollars en Europe. Et ce, alors qu’il faut compter environ 2500 euros (2900 dollars) par une ligne fibre pour connecter une maison à la campagne, par exemple. En zone urbaine ou péri-urbaine, l’expert table sur les mêmes performances, avec un réseau moins cher à déployer. "On économise le dernier kilomètre où on doit câbler des dizaines et des dizaines d’habitations. (…) C’est une accélération de la démocratisation du très haut débit pour tous. Dans une ville comme Paris, la question ne se pose pas, mais il y a des petits sites en zone péri-urbaine à couvrir. C’est un vrai bénéfice pour les villes moyennes", détaille Alexandre Ménard.


Un défi économique et de déploiement

Mais l’expert émet un bémol : "Il va falloir trouver des dizaines et des dizaines de nouveaux sites et le foncier pour implanter de nouvelles antennes", poursuit Alexandre Ménard. Et d’ajouter que cela pose également la question "du partage de réseaux entre les opérateurs et de la manière dont on les relie au cœur du réseau".

Autre défi majeur, celui du modèle économique : "Les business case et les modèles économiques ne seront pas simples. Les opérateurs sont très prudents avant de rentrer dans les zones urbaines et périurbaines. Ils testent les coûts de déploiement par rapport aux bénéfices. Les investissement sont colossaux". Même si cela restera moins cher que la fibre, "déployer la 5G en haute fréquence, générera des coûts de plusieurs milliards de dollars".  Le défi économique sera de trouver la bonne équation économique. Sur ce point, l’un des bons indicateurs sera le coût par abonné.

 

La 5G, alors, c’est pour quand ?

Côté timing, 2018 est très ambitieux pour un déploiement de la 5G à grande échelle.  "Les standards ne sont pas arrêtés : on devrait atterrir à des standards globaux en 2019-2020. Pour la basse fréquence, des tests sont en cours, cela devrait arriver entre 2020 et 2025", projette Alexandre Ménard.
Quant à la haute fréquence, il faut davantage tabler sur 2025. "L’Amérique du Nord a une infrastructure compliquée, avec très peu de fibre, beaucoup de câbles. L’Internet fixe n’atteint pas les niveaux de la fibre en France, qui fait figure de bonne élève", rappelle-t-il. En attendant, les pilotes se développent. AT&T et Verizon sont déjà très avancés sur le sujet, mais les Européens, comme Orange, Nokia ou Ericsson, rattrapent leur retard en multipliant les expérimentations.

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1 commentaire

landais
28/12/2017 09h02 - landais

Département d'Eure & Loir, 75km de Paris...nous avons à peine la "1G" dans la rue de mon petit village (28210)...coupure régulière du réseau, avoir une conversation est compliquée...internet vous oubliez car quand cela fonctionne c'est d'une lenteur à pleurer.... Vivement la 5G....j'ai hâte vraiment!

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