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La Caisse des Dépôts investit tous azimuts dans la blockchain

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Création du LaBChain, expérimentations internes, partenariats avec le monde de la recherche, animation de l'écosystème français… La Caisse des Dépôts intensifie ses initiatives dans la technologie de la blockchain. Etat des lieux avec Nadia Filali, la "Madame blockchain" de la CDC, que nous avons rencontrée lors de la troisième édition de Bordeaux Fintech.

La Caisse des Dépôts investit tous azimuts dans la blockchain
La Caisse des Dépôts investit tous azimuts dans la blockchain © Flickr - Wally Gobetz - c.c.

"La Caisse des Dépôts a été créée en 1816 pour gérer les fonds privés et rétablir la confiance dans le crédit public. Elle assure depuis lors un rôle de tiers de confiance", explique la CDC sur son site Web. De par sa mission, l'institution financière est donc directement concernée (sinon menacée ?) par la technologie décentralisée de la blockchain qui promet une désintermédiation de toutes sortes de transactions (financières, mais pas que). Plutôt que de se laisser distancer par l'essor de cette technologie, le groupe public a pris les devants pour mieux l'appréhender. Il en résulte une multitude d'initiatives.

 

D'abord, la création dès décembre 2015 du LaBChain, un consortium qui réunit des acteurs de la banque, de la finance, de l'assurance, mais aussi des start-up spécialisées dans la blockchain. "A sa création, le LaBChain comptait 11 partenaires. Il en compte 29 aujourd'hui et d'autres vont bientôt rentrer", se félicite Nadia Filali, à la tête du LaBChain et des programmes blockchain de la Caisse des Dépôts.

 

Un fonds en cryptomonnaies

La blockchain, une technologie distribuée

La blockchain est surtout connue comme la technologie sur laquelle est bâtie la cryptomonnaie Bitcoin, mais ce protocole technologique offre des champs d'applications bien plus larges que le seul domaine financier. Elle fonctionne à la manière d'un grand registre distribué dans lequel chaque transaction d'un réseau peer-to-peer est enregistrée non pas dans un serveur central mais à travers une multitude de serveurs grâce à la réalisation d'opérations cryptographiques. De quoi rendre l'historique des transactions sécurisé, transparent et infalsifiable.

 

La structure s'articule autour de trois outils : un think tank, un dispositif de formation et un "do tank". C'est dans ce cadre que le consortium travaille par exemple avec la start-up lilloise Utocat sur la notion de KYC (Know your customer), essentielle dans le domaine bancaire. Objectif de ces travaux : trouver le moyen de reconnaître un client qui utilise une clé publique sur la blockchain. Dans le domaine financier, le LaBChain teste également la technologie de chaîne de blocs pour la gestion des prêts/emprunts titres.

 

Plus récemment, le laboratoire s'est penché sur les avantages que pouvait présenter un fonds en cryptomonnaies. "Nous avons simulé la gestion d'un fonds en cryptomonnaies en définissant des règles de gestion sur plusieurs semaines. Contrairement aux autres expérimentations, nous n'avons pas testé un protocole mais l'intérêt d'investir en cryptomonnaies", précise Nadia Filali. Si les résultats du fonds ont été performants, ils s'accompagnaient d'une volatilité impressionnante. "Cela ne correspond pas à nos politiques d'investissement. Ce sont des actifs très risqués, mais nous voulions comprendre le sujet", commente la spécialiste.

 

Un partenariat avec l'IRT SystemX

Ensuite, en dehors du LaBChain, la Caisse des Dépôts a également monté un programme en interne baptisé BloCDChain. Objectif du dispositif : faire monter en compétences et acculturer les collaborateurs du groupe. "Nous réfléchissons à des offres et aux impacts de la blockchain sur nos métiers quels qu'ils soient, pas uniquement dans la banque et la finance", expose Nadia Filali. Ce programme a permis de fédérer une communauté de 250 collaborateurs. Plusieurs expérimentations sont en cours dans le domaine des smart cities, du juridique, des contrats, du climat et de la finance verte.

 

Un troisième volet d'action repose sur des partenariats noués avec le monde de la recherche. La Caisse des Dépôts vient ainsi de se rapprocher de l'IRT SystemX pour monter une plate-forme autour de la blockchain pour des applications dans la fintech et l'insurtech. L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi) est aussi membre de cette nouvelle plate-forme. Les différentes parties ont monté un environnement qui permet de tester le niveau de sécurité de plusieurs technologies et protocoles selon des cas d'usages choisis par la Caisse des Dépôts. Les partenaires étudient actuellement la possibilité de déployer une place de marché sur un produit financier basée sur la blockchain. Outre l'évaluation de la sécurité cyber et juridique des technologies testées, l'enjeu de cette nouvelle plate-forme est de passer à une étape d'industrialisation.

 

Structurer l'écosystème français

Plus largement, la Caisse des Dépôts entend jouer un rôle d'animation. "On réfléchit à favoriser le développement de l'écosystème blockchain en France, au niveau de sa structuration et de son financement. Il y a pas mal de start-up qui font de la blockchain en France mais elles n'ont pas la même dimension qu'aux Etats-Unis, qu'en Chine ou qu'en Australie. (…) Ledger et Stratumn ont fait des levées de fonds mais cela reste des petits tickets. Par ailleurs, il y a une multiplication des POCs mais qui ne se développent pas forcément. Je pense que ce n'est pas qu'un sujet français, mais européen", regrette Nadia Filali. Pour surmonter cet écueil, deux leviers peuvent être actionnés, selon la spécialiste : une mise en relation accrue des start-up avec les grands groupes et la création d'une enveloppe à l'échelle européenne. Nadia Filali en est persuadée : parce que la blockchain est une technologie par essence décentralisée, son avènement ne pourra avoir lieu que par un travail collectif.

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