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La consommation électrique des data centers serait largement surévaluée

Des chercheurs affirment que la consommation électrique des data centers est souvent exagérée par des études qui ne prennent pas en compte l'amélioration de l'efficacité énergétique. Ainsi, bien que la quantité de calcul dans les data centers ait plus de quintuplé entre 2010 et 2018, la quantité d'énergie électrique consommée n'a augmenté que de 6% sur cette même période.
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La consommation électrique des data centers serait largement surévaluée
La consommation électrique des data centers serait largement surévaluée © 3DS Outscale

Des chercheurs veulent rompre avec les idées reçues sur l'impact environnemental des data centers. Dans une étude publiée le 28 février 2020 dans la revue Science, ils affirment que bien que la quantité de calcul dans les data centers ait plus que quintuplé entre 2010 et 2018, la quantité d'énergie électrique consommée n'a augmenté que de 6% sur la même période.

 

Ce paradoxe est dû à l'amélioration de l'efficacité énergétique. L'efficacité ou efficience énergétique désigne l'état de fonctionnement pour lequel la consommation en énergie est minimisée, pour un service rendu identique. Ainsi, en 2018, la consommation électrique des data centers est de "205 térawattheures d'électricité", soit environ 1% de la consommation mondiale.

 

Des approches jusqu'ici trop simplistes

Certaines études attestent que l'énergie utilisée par les data centers a doublé au cours de la dernière décennie et que cette consommation triplera, voire quadruplera, au cours de la prochaine décennie. Une approche beaucoup "trop simpliste" pour ces chercheurs, qui estiment que ces chiffres reposent sur une idée reçue suivant laquelle la consommation énergétique augmente à mesure que la demande de service de data centers s'accélère.

 

"De tels indicateurs négligent les fortes tendances compensatoires en matière d'efficacité énergétique qui se sont produites en parallèle", notent les scientifiques. De plus, ils estiment que les précédentes études souffrent d'un manque d'informations sur "les types de data centers, leurs emplacements, leur équipement et les tendances sur l'efficacité énergétique".

 

Des data centers sous-marin

"Depuis 2010, le paysage des data centers a considérablement changé", remarque l'étude. En effet, les entreprises avaient l'habitude de stocker leurs données dans de petits data centers sans trop réfléchir à l'impact environnemental. La naissance de data centers gérés par de grandes entreprises technologiques a considérablement changé cette situation car ils ont été conçus pour avoir une efficacité maximale.

 

Par ailleurs, ces entreprises ont pris des mesures supplémentaires pour réduire davantage cet impact environnemental. En 2018, Microsoft a par exemple immergé un data center de 12,1 mètres de long au Nord de l'Europe, afin de tirer parti de la température de l'océan pour refroidir le matériel. 

 

Des normes strictes pour maintenir le cap

Le rapport avertit qu'il n'y a aucune garantie que cette tendance se poursuive face à la naissance et à l'utilisation de nouvelles technologies gourmandes en données telles que l'IA, les véhicules autonomes ou encore la 5G.

 

Et pour ne pas faire exploser la consommation énergétique jusqu'ici compensée par des gains d'efficacité, l'étude propose des leviers d'actions adressés aux décideurs. Elle leur recommande ainsi d'appliquer des normes strictes en matière d'efficacité énergétique pour les serveurs, le stockage et l'équipement réseau et d'adopter des politiques publiques pour favoriser un cloud computing "plus efficace". Elle propose également d'exiger des opérateurs de data centers la publication de leur consommation d'énergie annuelle. 

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

eboiro
03/03/2020 17h18 - eboiro

Que la consommation d'électricité des data centers soit souvent surestimée pour des alertes se comprend. La corriger aussi, mais pas s’il s’agit de se dédouaner de sa résponsabilité, à encourager à de toujours plus grands et efficients datacenter, et à déculpabiliser et inciter à la boulimie actuelle d’informations sans borne (à l’instar de la boulimie d’objets manufacturés depuis la révolution industrielle des énergies fossiles): la surconsommation aveugle (et en bonne partie futile) nous éloigne d’une écoresponsabilité : nous = les GAFAs et les lobbys commerciaux et industriels traditionnels via les réseaux sociaux), le citoyen con-so-mateur, et même les états (ex : le BigBrother chinois). Car la question n'est pas que là, sur la consommation "quintuplée entre 2010 et 2018" qui serait quasi compensée par l'efficience gagnée... -6% d'augmentation d'électricité au lieu de bien plus (surestimé) reste une augmentation, et n’a pas compensé la (sur)consommation passée des datacenters; -les ‘services rendus’ par les datacenter s’appliquent majoritairement à de nouveaux services (ou intermédiaires) qui donc ajoutent de la consommation plus qu’ils réduisent le cout énergétique des anciens services à présent numérisés (mais toujours existants et consommateurs); -les gains d’efficience ‘technique’ importants au début, ne vont que réduire (t) ; -il faut ajouter les couts des autres infrastructures du monde numérique! Qui s’additionnent (interfaces, nouveaux services complémentaires,…) plus qu’ils ne se mutualisent. Ainsi du fait de la sophistification, du temp-réel et de l’hyperconnection, l’efficience plus globale (amont et aval aux datacenters, cad tous les systèmes électro-informatico-numériques) ne fait qu’elle aussi que diminuer, et meme davantage. =Bref, l’efficience dite améliorée n’est pas dans la sobriété du service global rendu ! (s) -il faut ajouter enfin la démocratisation de l'accès à le consultation, création et stockage de l'information électronique, qui est louable/nécessaire mais aussi futile, multipliée par la démographie humaine (+1.2% par an)... =Le problème de la consommation des datacenters (et systèmes amont/aval) est bien davantage politique/éthique que technique, sur le ‘service rendu’ : quelle utilité, quels freins à la boulimie d'informations consommées (et corrolaire énergie dépensée) et surtout stockée (quasi sans sélection/filtre et sans péremption) ?

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