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"La France est le pays dans lequel l'accès à la santé connectée est le plus compliqué", Eric Carreel, président de Withings

Entretien Eric Carreel est un entrepreneur français, président et cofondateur des entreprises technologiques Withings (santé connectée), Sculpteo (impression 3D), Invoxia (trackeurs GPS) et Zoov (vélos électriques). Il revient auprès de L'Usine Digitale sur les raisons de la vente puis du rachat de Withings à Nokia et explique les difficultés rencontrées par la société pour commercialiser ses produits en France. Il nous explique aussi ce qu'il espère apporter de plus dans le secteur de la mobilité avec Zoov.

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La France est le pays dans lequel l'accès à la santé connectée est le plus compliqué, Eric Carreel, président de Withings
"La France est le pays dans lequel l'accès à la santé connectée est le plus compliqué", Eric Carreel, président de Withings © Withings

L'Usine Digitale - Après l'avoir vendu à Nokia, pourquoi racheter Withings ?

Eric Carreel - J'ai été poussé à vendre Withings. A l'époque je n'étais pas tout à fait vendeur. Aujourd'hui, je rachète Withings pour deux raisons. Premièrement, la qualité de l'équipe avec laquelle j'aime travailler qui dispose d'une énergie extraordinaire et de compétences remarquables.


Deuxièmement, le positionnement de Withings sur la prévention, un secteur en forte évolution. On passe d'une santé de gestion de l'urgence (je me soigne quand je suis malade et il faut agir rapidement), à une santé de la prévention (je prends soins de moi tout au long de ma vie). Le secteur de la santé va être complètement disrupté par la santé connectée. Dans ce secteur, sur lequel Withings est positionné depuis 10 ans, on a essayé de travailler avec le corps médical il y a 4-5 ans. On s'est heurté à des murs. Mais aujourd'hui, les choses sont en train de bouger.

 

Comment voyez-vous l'avenir de Withings ?

E. C. - Ça ne va pas être simple parce que l'entreprise a perdu beaucoup d'argent dans l'ère Nokia et qu'il y a des Américains assez forts dans ce domaine. Mais on a une qualité de proposition qui est reconnue dans presque tous les pays et une demande qui commence à intégrer pas uniquement l'utilisateur final mais aussi le corps médical comme aidant. L'idée est donc de poursuivre le virage entamé avant la vente de Withings à un moment où les conditions extérieures sont plus favorables, notamment en Europe.

 

Mais la France est le pays au monde dans lequel l'accès à la santé connectée est le plus compliqué parce qu'il y a probablement encore une majorité de médecins qui ne veut pas utiliser ces outils et une majorité de Français qui a peur. La France est l'un des pays dans lesquels il y a la meilleure qualité de soins et la meilleure efficacité économique de ces soins. Les Etats-Unis étaient mauvais sur les deux, mais je ne serais pas étonné que dans 5 ans ils nous rattrapent. Ils ont tellement souffert d'être mauvais sur ces aspects qu'ils ont compris que la prévention à travers les données était le meilleur moyen de faire des économies. Les stratégies d'Apple et de Google y participent et la FDA (Food and Drug Administration, NDLR) a fait sa mue il y a 10 ans pour enclencher ce mouvement. En France on est complètement bloqués. Il y beaucoup de couches de qualification et d'organismes de vérification à contacter avant de pouvoir commercialiser un objet connecté reconnu comme dispositif médical.

Le secteur de la santé va être complètement disrupté par la santé connectée.

Pourquoi les Français sont-ils moins réceptifs que les Américains ? Le prix des objets connectés peut-il être un frein ?

E. C. - Les mutuelles et les organismes publics sont convaincus que les objets connectés peuvent engendrer des économies dans le secteur de la santé dès la première année. Par exemple, lors d'une visite médicale, lorsqu'une personne est détectée comme étant pré-diabétique, en France, rien n'est fait. Aux Etats-Unis, plusieurs programmes de coaching sont proposés (via les mutuelles, NDLR) qui consistent généralement à faire perdre entre 5 à 10% du poids à une personne. Ces quelques centaines de dollars déboursés dans un programme et un objet de santé connecté évitent d'avoir à dépenser les 22 000 dollars nécessaires pour soigner un malade chronique.

 

Mais aujourd'hui, si on veut que ça rentre dans un système de remboursement de santé, il faut entrer dans des process de validation qui sont longs. C'est aux individus d'imposer ces objets de santé connectés au système de soins.

 

Plus récemment, vous avez souhaité mettre vos compétences dans le domaine des objets connectés au service de la mobilité avec Zoov.  Pourquoi vous lancer dans la mobilité alors même que ce secteur semble très saturé ?

E. C. - Je viens de l'industrie du hardware et j'en suis passionné. Ce n'est pas l'industrie la plus facile car ça demande des investissements énormes et les risques sont plus gros qu'ailleurs. Mais il se trouve que je ne suis pas là par calcul mais parce que ça m'intéresse. Dans le secteur de la mobilité, il est possible de faire du beau hardware qui tire parti de l'écosystème des objets connectés. Il devient possible de gérer l'énergie de la batterie, l'état du vélo ou sa sécurité à l'aide de cet écosystème.

Dans le secteur de la mobilité, il est possible de faire du beau hardware qui tire parti de l'écosystème des objets connectés.

Quelles innovations Zoov apporte-t-elle au secteur des vélos électriques ?

E. C. - Zoov apporte essentiellement deux innovations. La première est liée au fait qu'on ne veut pas se focaliser sur le centre-ville mais gérer le trajet domicile/travail des personnes puisqu'un vélo électrique permet de parcourir facilement 7 à 10 kilomètres. Zoov cherche à se démarquer des services de mobilité qui font de l'échange de batterie et ont besoin d'une forte concentration pour que ce soit rentable pour la personne réalisant cet échange. A partir du moment où la concentration des déplacements baisse, il n'y a plus de rentabilité et donc il faut faire participer le consommateur à cette recharge d'énergie. C'est ce qu'on fait en fournissant une batterie personnelle qui est de la taille d'une gourde. Il est possible de parcourir 15 kilomètres une fois cette batterie branchée sur le vélo mais aussi de recharger son téléphone ou son ordinateur. A terme, l'idée est que le service fonctionne avec une batterie communautaire, que Zoov s'occupera de recharger lorsque le vélo sera connecté à une station de rechargement, et une batterie personnelle.

 

La deuxième innovation , c'est la capacité de stack (la station de rechargement, NDLR) qui permet d'accrocher beaucoup de vélos sur une petite place. Le tout pour un coût extrêmement faible puisque l'installation d'une station de rechargement est quelque chose de très simple.

 

Quelles sont vos ambitions pour Zoov ?

E. C. - Notre marché, c'est l'Europe mais nous avons décidé de ne pas adresser les capitales européennes parce qu'il y a pléthore d'acteurs et une concurrence acharnée. Nous sommes actuellement en discussions avec plusieurs villes et nous souhaitons en équiper une première cette année. On se focalise d'abord sur la France et on regardera les autres pays européens à partir de l'année prochaine. On espère avoir équipé une vingtaine de villes à l'échelle européenne dans deux ans.

On espère avoir équipé une vingtaine de villes à l'échelle européenne dans deux ans.

On pense que des dizaines de milliers de vélos suffisent pour être rentable. Pour savoir précisément combien, il va falloir voir quelle est l'évolution du nombre d'utilisateurs adhérent à un tel service quand on adresse les agglomérations. Notre ambition, c'est d'aller au-delà du cœur des villes et donc d'adresser une population beaucoup plus large mais aussi moins dense. Une ambition qui soulève donc de nouveaux types de difficultés et d'opportunités.
 

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