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"La grande distribution se rend bien compte de l’intérêt de proposer Alipay à ses clients", Jean-Cyrille Girardin, Alipay

Entretien Opération séduction pour Alipay. La plate-forme de paiement opérée par Ant Financial espère convaincre 10 millions de commerçants européens d’accepter sa solution d’ici 2024. La France, première destination des touristes chinois avec deux millions d’entre eux venus en 2018, est la grande priorité de la filiale d’Alibaba. Les précisions de Jean-Cyrille Girardin, directeur des partenariats stratégiques d’Alipay en France, à l’occasion de la conférence Alipay Partners Global Summit, qui s’est tenue jeudi 14 novembre à Londres.
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La grande distribution se rend bien compte de l’intérêt de proposer Alipay à ses clients, Jean-Cyrille Girardin, Alipay
Jean-Cyrille Girardin, Alipay France. © Alipay

L’Usine Digitale : qu’est-ce que représente l’événement Alipay Partners Global Summit ?

Jean-Cyrille Girardin : C’est une étape importante. C’est la première fois que nous réunissons nos partenaires en Europe dans un événement de cette ampleur. Cela montre l’ambition d’Alipay en Europe dans les années qui viennent (la société a annoncé viser 10 millions de commerçants européens d’ici 2024, NDLR). Aujourd’hui, nous comptons quelques dizaines de milliers de commerces qui acceptent le paiement mobile via Alipay.

 

Quels sont les commerçants visés en priorité ?

Nous avons commencé par cibler les lieux fréquentés par les clients chinois : les aéroports, où les flux de voyageurs sont conséquents et dans lesquels on a le temps de procéder à des achats, puis les grands magasins, comme Les Galeries Lafayette ou le Printemps, et le luxe, avec des marques comme Louis Vuitton, Cartier, Longchamp ou Prada. Nous avons ensuite élargi aux enseignes et aux indépendants, en passant par les boutiques de souvenirs, les hôtels et les restaurants tels que Léon de Bruxelles, mais aussi La Vallée Village et Le Bon Marché. Cette année, Alipay a été lancé chez Sandro, Maje, Franprix et le Groupe Etam, qui vient de finir le déploiement.

 

A présent, l’un de nos grands axes est de se développer sur les petits commerces, les commerces de proximité, pour permettre aux touristes chinois de payer leurs achats sur Alipay. Les touristes chinois sont désireux de ramener des souvenirs, des cadeaux. Mais ils font aussi des achats alimentaires, c’est un vrai besoin lorsque l’on visite un pays. Et c’est aussi sur ce marché que l’on sera en capacité d’obtenir des volumes de transactions intéressants.

 

Le secteur de la beauté est également très ouvert à des solutions comme Alipay…

Les boutiques Sephora, Marionnaud et L’Occitane font partie des enseignes qui le proposent désormais aux clients chinois. La parapharmacie également. Les Chinois sont friands des marques françaises, et en achetant ces produits, qui sont bien moins chers en France, ils ont la garantie qu’il s’agit de produits certifiés.

 

Les aéroports ont été vos premiers partenaires. Pouvez-vous continuer à innover ?

Oui, nous poursuivons notre développement. C’est le sens de notre solution In App, qui propose des "mini-programmes", et que nous avons lancé en juillet 2018. Les développeurs peuvent créer des "lite apps" et proposer des services personnalisés aux touristes. Nous avons par exemple testé à l'aéroport international de Hong Kong, un service permettant de réaliser ses achats Duty Free en ligne avant d'arriver à l'aéroport et de les récupérer 90 minutes après la commande. Notre objectif est de de le développer en Europe dans plusieurs pays. Nous sommes partenaire de l’UEFA Euro 2020, qui se déroulera dans 12 villes de 12 pays d'Europe, et qui est donc un événement très important, notamment en matière de flux de voyageurs.

 

Les touristes chinois viennent majoritairement à Paris. L’ouverture de certaines lignes, comme la liaison aérienne Nice-Pékin depuis le mois d’août, change-t-elle la donne et la stratégie de développement d’Alipay ?

Nous avons construits notre stratégie sur les flux de touristes, les endroits où ils sont présents. La ligne Nice-Pékin nous a amené à tisser un partenariat avec le centre commercial Cap 3 000, où l’on travaille des logiques marketing pour attirer les flux de visiteurs vers le centre.

 

Ce que l’on observe, c’est que les touristes chinois tendent à délaisser les voyages collectifs au profit des voyages individuels. Cela les amène à faire des déplacements dans des lieux moins conventionnels que Paris ou Versailles. En augmentant le nombre de partenaires bancaires et acquéreurs, nous nous assurons d’avoir une couverture plus large et de couvrir aussi bien Paris que les Pyrénées. C’est également pour cette raison que nous tissons des partenariats avec des acteurs nationaux, afin d’assurer une couverture homogène.

 

Franprix, qui a adopté Alipay en octobre dernier, compte un bon nombre de magasins franchisés. Est-ce que cette configuration complique le déploiement de la solution ?

Pas vraiment. Nous avons des partenariats avec des banques acquéreurs - la Banque Postale, BNP Paribas, la Banque Edel, Natixis BPCE ou encore Worldline - et ce sont elles qui ensuite qui gèrent la réglementation et implémentent la solution. Sur Franprix, c’est un peu particulier, puisque le développement et l’intégration ont été réalisés par LyfPay. Néanmoins, il est vrai que lorsque le siège dit oui, le déploiement passe rapidement à un niveau industriel. Les enseignes franchisées demandent un peu plus de temps, des délais d’onboarding un peu plus longs.

 

Pour quelle(s) raison(s) ?

Le paiement par QR Code n’est pas accepté par de nombreux terminaux, il n’est pas intégré nativement dans les systèmes de caisse. L’implémentation nécessite des développements. Nous nous appuyons notamment sur Ingenico et Verifone pour les nouveaux TPE (terminal de paiement électronique). Mais il n’est pas nécessaire d’investir dans de nouveaux équipement, cela ne signifie pas qu’il faut tout changer. Notre partenaire Wordline gère à la fois les flux Alipay et les  solutions qui acceptent le paiement par QR Code.

 

Observez-vous toujours des freins chez certains professionnels, de la défiance vis-à-vis d’Alipay ?

De moins en moins. Les commerçants situés dans les zones touristiques ont bien compris les opportunités liées au tourisme chinois. La plupart des freins sont techniques. Comment déployer Alipay ? D’où notre stratégie de partenariats avec les banques et les acquéreurs. Un commerçant a en moyenne deux ou trois banques. Plus on a de partenaires et donc d’utilisateurs, plus on lève les freins.

 

Les entreprises, celle de la grande distribution par exemple, se rendent bien compte de l’intérêt de proposer Alipay à leurs clients. Pour le paiement, mais aussi par l’ensemble de services que propose l’application. En devenant progressivement une plate-forme marketing, Alipay est aussi devenu un outil d’acquisition de flux, de trafic, et donc de ventes additionnelles. Notre force, c’est de pouvoir adresser en temps réel une offre ultra personnalisée à un client.

 

Quels secteurs ont du mal à rejoindre l’écosystème Alipay ?

Nous travaillons avec tous les secteurs aujourd’hui, mais la restauration est notamment un axe où nous devons progresser. Les touristes asiatiques aiment déjeuner et dîner dans des restaurants asiatiques, qui en général acceptent Alipay mais il faut aussi développer les chaines et la restauration traditionnelle. Pour les voyages organisés, où les prestations sont en prépayées, y compris pour les hôtels, les solutions de paiement ne sont pas forcément des sujets prioritaires. Beaucoup de professionnels travaillent avec Fliggy, la plate-forme de voyage d’Alibaba, pour toucher la clientèle chinoise. Ce sont tout de même des sujets qui nous concernent, dans la mesure où il y a toujours de dépenses imprévues, et qu’il est nécessaire que les clients chinois puissent payer avec Alipay quand ils le souhaitent.

 

En France, nous avons également matière à faire avec les services de taxis et les VTC. Là encore, les freins sont technologiques. Mais en Italie par exemple nous avons réussi à déployer Alipay. Nous avons également lancé la solution de paiement dans les distributeurs automatiques.

 

On parle beaucoup de paiement par reconnaissance faciale…

En Chine, c’est effectivement une réalité. Il y a des dizaines de milliers commerces où l’on peut payer ses achats via une technologie de reconnaissance faciale. En France, le marché n’est pas encore prêt.

 

Vous visez 10 millions de commerces européens en 5 ans. Quel est l’objectif pour la France, première destination européenne des touristes chinois ?

Je n’ai pas d’objectif chiffré à communiquer sur le marché français, mais ce qui est certain, c’est qu’il s’agit d’un marché prioritaire. Mais ce n’est pas le seul. En dehors de l’Europe, notre premier marché reste l’Asie, où nous développons à la fois le réseau et l’émission de wallet via des partenariats locaux.

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