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La guerre sur table tactile

La Direction générale de l’armement (DGA) mise sur ses experts en simulation pour accélérer la conception de futurs systèmes d’arme.

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La guerre sur table tactile
La table tactile numérique, une carte d’état-major version high-tech.

Imaginez-vous commandant d’un navire de guerre en train de superviser l’opération de débarquement d’un commando. Dans la salle de commandement, la bonne vieille carte d’état-major a laissé place à une grande table tactile numérique qui présente dynamiquement la situation tactique, la position des cibles et celle des moyens dont vous disposez pour atteindre votre objectif. Dans le scénario envisagé, vous voyez la progression de vos troupes embarquées sur leur Zodiac fonçant vers le littoral pour neutraliser une unité logistique ennemie. D’un geste de la main, en tapotant sur la bonne icône, l’officier affiche dans une petite fenêtre le flux vidéo de la caméra fixée à l’avant de l’embarcation rapide. En sélectionnant l’icône du drone rattaché à cette zone, ce sont les images capturées du ciel qui se mettent à défiler. Bref, tous les flux vidéo pris depuis différents endroits du champ de bataille sont intégrés à la table tactique et visibles instantanément. Pour chaque flux, des métadonnées viennent préciser la source des images, l’élément pointé… Si nécessaire, ces informations peuvent être envoyées par liaison satellitaire au commandement central pour valider une décision.

La centralisation des flux pour objectif

Depuis quelques mois, tout cela n’est plus du domaine de la science-fiction. Un tel prototype a été développé par une poignée d’experts logiciel du laboratoire technico-opérationnel (LTO) de la Direction générale de l’armement (DGA), installé à Arcueil et sur le site du Mourillon à Toulon. "Après l’opération Harmattan en Libye, les forces navales opérationnelles ont exprimé le besoin de mieux exploiter toutes les informations vidéo qui étaient à leur disposition. Ils nous ont demandé un outil capable de centraliser l’ensemble des flux vidéo pour les aider à prendre plus rapidement les bonnes décisions", explique Éric Bujon, le responsable simulation à la DGA. Les marins l’ont testé en mer l’été dernier et leur retour d’expérience sera précieux pour disposer, à terme, d’une version industrialisable.

Le laboratoire a également été mobilisé pour valider d’autres concepts d’armes, notamment le tir de missiles à partir d’un véhicule blindé sans vue directe de la cible. Les développeurs se sont appuyés sur un "serious game", qui plonge l’observateur, le décideur et le tireur dans un monde virtuel où ils peuvent tester différents scénarios de tirs. Ces simulations ont permis de définir la meilleure répartition des rôles entre les opérationnels. Au-delà des traditionnels simulateurs et systèmes d’entraînement comme celui du Rafale, la DGA exploite donc la simulation comme un outil d’ingénierie technique. "Pour la définition d’un nouveau système d’arme, le dialogue entre les opérationnels, les ingénieurs et les industriels s’avère essentiel. Il permet de traduire un besoin opérationnel en un cahier des charges qui servira de base au contrat avec l’industriel. Un contrat réaliste aussi bien sur le plan des performances que sur les coûts de développement du futur équipement", précise le responsable simulation.

Utilisatrice intensive des technologies de simulation depuis plus de vingt ans, la DGA peut aujourd’hui compter sur 230 experts dans ce domaine, soit trois fois plus qu’il y a dix ans. Elle y consacre un budget de plusieurs dizaines de millions d’euros par an. "Malgré la baisse des ressources, la simulation reste une priorité. Nous avons mis en place un programme de rationalisation de nos activités en 2013. Dans notre mode de fonctionnement, nous devons nous rapprocher de celui d’une société d’ingénierie avec une meilleure mutualisation des ressources et des outils", conclut Éric Bujon.

Hassan Meddah

 
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