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La majorité des singes sur lesquels Neuralink a testé son implant seraient morts

Mandatée par la start-up Neuralink, fondée par Elon Musk, l'université de Californie aurait tester ses implants cérébraux sur 23 singes. Seuls sept d'entre eux auraient survécu à la procédure. C'est le Physicians Committee for Responsible Medicine qui émet ces accusations de maltraitance. L'association vient de déposer une plainte devant le département américain de l'agriculture.
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La majorité des singes sur lesquels Neuralink a testé son implant seraient morts
La majorité des singes sur lesquels Neuralink a testé son implant seraient morts © Pixabay

Les accusations sont graves, d'autant plus dans un contexte de prise en compte croissante du bien-être des animaux. Neuralink, la start-up fondée par Elon Musk qui développe des implants cérébraux, est accusée d'avoir maltraité 23 singes dans le cadre de ses essais. Seuls sept primates auraient survécu aux tests, mais en conservant d'importantes séquelles.

Une plainte a été déposée
Ces accusations sont portées par le Physicians Committee for Responsible Medicine (PCRM), une organisation à but non lucratif qui promeut la médecine préventive et prône l'application de normes éthiques dans la recherche. Elle a annoncé le 10 février avoir déposé plainte auprès du département américain de l'agriculture (USDA). Elle estime que l'université de Californie, mandatée par Neuralink pour tester les implants cérébraux, a violé la loi fédérale sur le bien-être animal.

Le PCRM dit s'appuyer sur une série de 600 documents auxquels il a eu accès à la suite d'une plainte en 2021 contre les archives publiques. L'université refusait de les publier, invoquant le caractère privé des recherches. Une deuxième plainte vient également d'être déposée pour obliger l'établissement universitaire à publier des vidéos et des photographies des singes maltraités. 

Les singes auraient subi de nombreux sévices
Le Comité des médecins, organise décisionnel du PCRM, argue que l'équipe de recherche n'a pas fourni aux singes mourants "des soins vétérinaires adéquats" et a utilisé une substance non approuvée connue sous le nom de "Bioglue" qui a tué les singes en détruisant des parties de leur cerveau.

Les singes impliqués dans l'expérimentation étaient enfermés seuls dans des cages, avaient des poteaux en acier vissés dans leur crâne (provoquant un "traumatisme facial"), ont subi des convulsions causés par les implants cérébraux et des infections récurrentes au niveau des sites d'implantation. Dans certains cas, en raison de la détérioration de leur santé, la start-up et l'université ont euthanasié des animaux avant même qu'ils ne soient utilisés dans l'expérience prévue, affirme l'association américaine dans sa plainte.

"L'université a peut-être cédé ses installations financées par l'État à un milliardaire, mais cela ne signifie pas qu'il peut se soustraire aux exigences de transparence et enfreindre les lois fédérales sur le bien-être des animaux", a déclaré Jeremy Beckham, coordinateur de la promotion de la recherche auprès du Comité des médecins. "Ce n'est pas un mystère si Elon Musk et l'université veulent garder les photos et les vidéos de cet horrible abus cachées du public", a-t-il ajouté.

Une start-up aux objectifs controversés
Ces accusations, si elles s'avèrent vraies, pourraient considérablement noircir la réputation de Neuralink. Cette jeune pousse a été fondée en 2017 par Elon Musk, fondateur de SpaceX et CEO de Tesla. Elle a développé des interfaces cerveau-machine, un système de liaison directe entre un cerveau et un ordinateur permettant par exemple à des personnes paralysées d'effectuer des tâches de la vie quotidienne sans passer par l'action des nerfs périphériques et des muscles.

Si elle destine sa technologie au traitement de maladies neurologiques dans un premier temps, le but avoué d'Elon Musk est plus discutable : l'augmentation des capacités humaines. A ce stade, Neuralink n'a créé que des prototypes. Le dernier a été présenté fin août 2020 dans une vidéo retransmise en direct. L'implant présenté faisait 23 mm de diamètre et 8 mm d'épaisseur. Inséré dans le crâne, il est composé de 1024 fils extrêmement fins qui sont fichés à quelques millimètres de profondeurs dans le cerveau. L'appareil peut être rechargé quotidiennement par induction.

Ce sont ces fils qui détectent l'activité des neurones ou émettent des signaux électriques pour les stimuler. L'activité peut être enregistrée via une application mobile, l'implant se connectant à un smartphone à l'aide d'une connexion Bluetooth LE. Jusqu'ici, le prototype n'avait été testé que sur des cochons. L'une des innovations mise en avant par Neuralink est la machine qui pose l'implant de façon automatisée, l'idée étant de faire de cette procédure lourde et potentiellement dangereuse une banalité.

Prochaine étape : les essais cliniques sur les humains
Cet implant a reçu le statut de "breakthrough device" par la Federal and Drug Administration (FDA), l'agence américaine qui régule les médicaments et équipements médicaux. Ce programme permet d'accélérer la mise sur le marché américain d'appareils basés sur des technologies de rupture. Avant d'en arriver là, Neuralink devra lancer des essais cliniques sur les humains pour prouver l'efficacité mais également l'innocuité de son dispositif. Reste à voir si les difficultés rencontrées avec les singes, ainsi que la procédure légale engagée par le PCRM, vont entraver ces plans.

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