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La parité dans la tech, l’impossible pari de la Silicon Valley ?

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Couplé aux multiples scandales sexistes qui ont explosé en 2017, le manque de mixité fait de plus en plus d’ombre à l’empire technologique, à tel point que certains la surnomment “la vallée des hommes”. Mauvaise volonté ou réelle carence de profils féminins ?

La parité dans la tech, l’impossible pari de la Silicon Valley ?
La parité dans la tech, l’impossible pari de la Silicon Valley ? © wocintechchat

“La discrimination visant à atteindre une représentation égale est injuste, clivante, et mauvaise pour les affaires”. Ces mots prononcés par James Damore, ancien ingénieur de chez Google, lui ont valu son licenciement. Dans un mémo adressé début août 2017 à la direction de la firme, il explique que le manque de femmes au sein des postes techniques et à responsabilité n’est pas un problème de sexime mais de “différences biologiques”. Autrement dit, un homme est plus à même de coder des algorithmes qu’une femme.

 

“NE PAS TOMBER DANS LA CHASSE À L’HOMME”

La guerre des sexes aura-t-elle lieu ? Elle se profile, selon un article du New York Times intitulé “Faire pression pour la parité ? Certains hommes trouvent que ça va trop loin ”, publié fin septembre. On y apprend que des groupes de discussions fleurissent sur Reddit et Facebook, pour dénoncer “l’ampleur que prend la question du genre dans la Silicon Valley”.

 

“Il y a une espèce de brèche en ce moment où on oppose les femmes et les hommes alors que l’on vit dans un monde global”, commente Géraldine Le Meur, co-fondatrice de The Refiners, l'accélérateur cross-border basé à San Francisco. Dès qu’elle en a l’occasion, l'entrepreneuse tend volontiers la main aux femmes, mais ne veut pas tomber dans le carcan “les femmes parlent aux femmes que pour les femmes”. Selon elle, “on arrive à un paroxysme. Il y a des femmes qui ont souffert. La bonne nouvelle, c’est que l’on en parle. Il fallait que ça explose. Mais l’émergence de ces problèmes crée aussi parfois de l’excès. Il ne faut pas tomber dans une chasse à l’homme”.

 

POSTES TECHNIQUES : OÙ SONT LES FEMMES ?

En mars dernier, à San José, la conférence Silicon Valley Women in Engineering (WiE), faisait un constat sans appel : seulement 16 % des rôles techniques sont occupés par des femmes. Selon l’étude Gender Diversity de Fenwick & West, seulement 6 % de femmes sont à la tête des 150 principales entreprises (par revenus) de la vallée. Et même si la proportion de femmes dans les boards des entreprises a augmenté de 4,1 % ces deux dernières années, elle peine à dépasser les 15 %.

Pointés du doigt, les GAFA publient depuis trois ans leur rapport annuel sur la diversité au sein de leurs équipes. Facebook compte 16 % de femmes ingénieurs et 27 % de femmes cadres supérieurs. Du côté de Google, les postes techniques sont occupés par 20 % de femmes. En juin dernier, Uber a également emboîté le pas en publiant son premier rapport sur la diversité de ses effectifs : 88 % d’hommes occupent des rôles techniques.

Pour Vidya Narayanan, ancienne responsable des projets d’ingénierie chez Google, “si la diversité au sein des équipes techniques est un échec misérable à ce jour, ce n'est pas parce que nous n'avons pas essayé”. Dans une tribune publiée sur Medium, elle témoigne de son incapacité à recruter des femmes. “Au cours de toutes les embauches que j’ai faites chez Google, j’ai recruté 97% d'hommes. Ce n’est pas comme si je n’avais pas essayé d’embaucher des femmes mais je me retrouvais avec des listes de candidats composées à 90% d’hommes”. Selon elle, pour que la parité dans la tech devienne une réalité, il faut “prendre le problème à la source en encourageant les femmes à faire des études d’ingénieur.”

ET SUR LES BANCS DES UNIVERSITÉS ?

Si les femmes sont minoritaires dans les entreprises tech, c’est avant-tout parce qu’elles le sont déjà sur les bancs de l’université. Elles étaient 37,1 % à être diplômées en science informatique en 1984, contre 18 % aujourd’hui, selon le National Center for Education Statistics.

Cette carence de talents féminins, certains cabinets de recrutement en ont fait leur fonds de commerce. C’est le cas de Talentzilla, une entreprise basée à San Francisco qui propose uniquement des CV d’ingénieurEs informatiques aux start-up. “Talentzilla a l’air d’avoir un nombre limité de candidates car aucune ne correspondait au poste de devOps que nous cherchions”, rapporte un des ingénieurs en charge du recrutement dans une start-up de big data. Sur une trentaine de CV reçus, j’ai proposé seulement cinq appels téléphoniques et zéro entretien physique à la clé”.

Au cours de ses cinq années de formation, le software engineer a été entouré de très peu de femmes : “Elles étaient une dizaine dans ma classe en Chine et zéro pour ma dernière année à San Francisco”. Selon lui, "si on veut la parité, il faut faire des sacrifices sur la qualité, car le top 10 % de dix personnes n'est pas le même que les dix meilleurs talents sur 100 personnes. Donc il y a des femmes moins compétentes non pas parce que ce sont des femmes, mais parce qu'elles sont moins représentées dans les écoles".

 

Face à l’impérialisme masculin dans le domaine de l’ingénierie informatique, d’autres portes pourraient s’ouvrir pour les femmes. Recode prédit “un raz-de-marée d’opportunités en science des données” : aujourd’hui, 40 % des diplômés en statistiques sont des femmes.  Avec le boum de la data, Géraldine Le Meur se veut optimiste quant à la place grandissante des femmes dans les entreprises tech : “Il y a de plus en plus de femmes dans les filières statistiques et mathématiques des universités. On va voir beaucoup de femmes occuper des postes de data scientist.”

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