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La pénurie de semi-conducteurs dans l'automobile va-t-elle accélérer la stratégie européenne ?

La pénurie de semi-conducteurs semble toucher l'ensemble des constructeurs automobiles. Cet événement met en lumière la dépendance de l'Union européenne en la matière, dont les capacités de production sont limitées. Les Etats membres réfléchissent ainsi à se renforcer dans ce domaine, un sujet qui a des implications de souveraineté bien au-delà de l'industrie automobile.
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La pénurie de semi-conducteurs dans l'automobile va-t-elle accélérer la stratégie européenne ?
La pénurie de semi-conducteurs dans l'automobile va-t-elle accélérer la stratégie européenne ? © Pascal Guittet

Les français Renault et PSA, qui fait désormais partie du groupe Stellantis, sont aussi touchés par la pénurie d'approvisionnement en semi-conducteurs. Les deux constructeurs ont été contraints de suspendre temporairement certaines de leurs lignes de productions. Pour Renault, des lignes de ses usines de Sandouville en Seine-Maritime, Tanger au Maroc, et Pitesti en Roumanie ont été concernées. Quant à PSA, se sont notamment des lignes de ses usines d'Eisenach en Allemagne et Saragosse en Espagne qui sont concernées.

Les fabricants d'électroniques ont devancé les constructeurs
Les semi-conducteurs sont devenus des composants indispensables des nouveaux véhicules. Ils sont utilisés dans différents domaines que ce soit les systèmes d'info-divertissement, les systèmes avancés d'aide à la conduite, la connexion Bluetooth, etc. Cela explique la multiplication des annonces de la part des constructeurs automobiles contraints de réduire leurs productions : Volkswagen est déjà fortement affecté par cette pénurie et Daimler a ralenti la production sur certains sites et fermés temporairement certaines lignes. Ford Motor Co, Subaru Corp, Toyota Motor Corp, Nissan Motor Co Ltd et Fiat Chrysler (Stellantis) ont aussi été touchés.

Les pénuries actuelles ont différents facteurs. Pour commencer, les fondeurs n'ont pas pu répondre à la forte accélération de la demande après deux mois d'arrêt des usines de production en raison de la pandémie de Covid-19. L'incitation au télétravail mis en avant par de nombreux gouvernements et la forte demande dans les produits informatiques ont accentué cette pénurie. Les entreprises d'électroniques et de smartphones ont devancés les constructeurs automobiles dans leurs demandes auprès des fondeurs.

La dépendance européenne
L'Union européenne est dépendante d'autres pays que ce soit en terme de technologie ou de capacité de production. Alors que des industriels asiatiques comme TSMC et Samsung sont passés en gravure de 5 nm, la principale fonderie d'Europe GlobalFoundries produit généralement des processeurs 28 nm dans son usine de Dresde pour des applications grand public, rappelle Bloomberg.

La part de l'Europe dans le marché mondial des semi-conducteurs, qui est évalué à 440 milliards d'euros, est de seulement 10%, l'Union européenne comptant principalement sur les puces conçues et fabriquées à l'étranger. Cette dépendance, mise en exergue par cette pénurie de semi-conducteur, soulève aussi des inquiétudes concernant la sécurité des citoyens et la souveraineté des Etats.

Une ré-industrialisation de l'UE ?
19 pays de l'Union européenne, avec à leur tête l'Allemagne et la France, ont donc décidé d'unir leurs forces et d'investir dans le domaine des semi-conducteurs en partenariat avec des industriels. Le but étant de partager l'investissement nécessaire entre les Etats et les entreprises participants à ce projet. Il est probable que les pays demandent à utiliser une partie des 145 milliards d'euros du Fonds de Relance alloués aux projets numériques.

Cette ambition européenne a été rappelée ce mardi 16 février par  Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, et Peter Altmaier, ministre de l'Économie et de l'Énergie du gouvernement fédéral allemand. Lors d'une rencontre les deux responsables ont réitéré la nécessité de la collaboration européenne et des alliances industrielles sur les technologies innovantes dont la microélectronique. "La crise sanitaire l’a confirmé : créer de nouvelles chaînes de valeur industrielles en Europe pour garantir l’indépendance stratégique du continent est une nécessité absolue", a déclaré Bruno Le Maire à cette occasion.

Une vision partagée par Volkswagen. Markus Duesmann, membre du conseil d'administration de Volkswagen, a récemment affirmé que Volkswagen ne produirait pas ses propres puces tout en ajoutant qu'il "aimerait avoir [en Europe, Ndlr] des fabricants de puces solides qui soient au moins à égalité avec l'Asie et les États-Unis", selon Reuters. Les acteurs européens réfléchissent notamment à la production de puces avec des gravures inférieures à 10 nm voir éventuellement des gravures de 2 nm, rapporte Bloomberg. Des fondeurs comme Samsung ou TSMC pourraient être impliqués dans un tel projet. Cela pourrait mener à la remise en route d'une usine existante ou la fabrication d'un nouveau site.

Une ambition judicieuse mais tardive ?
Une ambition judicieuse mais qui ne répondra pas à la pénurie qui frappe aujourd'hui les constructeurs. Celle-ci est temporaire et devrait se résorber dans le courant de l'année lorsque les fondeurs auront absorbés le pic de demande. Toutefois, cette stratégie est intéressante sur le long terme puisque les semi-conducteurs sont essentiels à bon nombre d'industries, dont certaines, comme la défense et les télécoms, qui ont des implications au niveau de la souveraineté.

Le plan de l'UE arrivera-t-il trop tard ? Des pays comme la Chine, Taïwan et les Etats-Unis investissent déjà massivement pour renforcer leurs capacités de production. Des plans qui ont peut-être déjà séduits les principaux fondeurs qui ne voudront pas nécessairement investir dans de nouvelles unités de production.

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