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La pépite française Hap2U parie sur le sens du toucher pour l'interface homme-machine du futur

La start-up Hap2U développe une technologie de retour haptique permettant d’intégrer une troisième dimension à nos interfaces : le toucher. De quoi révolutionner la signalétique dans les habitacles automobiles, ou rendre plus immersive l’expérience des utilisateurs de smartphones ou de jeux videos.
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La pépite française Hap2U parie sur le sens du toucher pour l'interface homme-machine du futur
Intégrée à l’écran tactile, la technologie d’Hap2U permet à l’utilisateur, qui parcourt des doigts son écran, de ressentir des sensations en accord avec ce qu’il voit. © Hap2U

L’ouïe, la vue… et maintenant le toucher. C’est ce dernier sens qui préfigure, selon la start-up Hap2U, le futur de la communication. Créée en 2015, la jeune pousse grenobloise développe une technologie haptique permettant de modifier virtuellement la texture lisse d’un écran tactile, et de reproduire ainsi des sensations sous les doigts des utilisateurs. “Notre objectif est de faciliter l’utilisation de ces écrans quelle que soit la situation. Or, le toucher se montre parfait car il est très intuitif et permet d’envoyer des informations de façon certaine”, souligne Cédrick Chappaz, CEO d’Hap2U. Des fabricants automobiles manifestent déjà leur intérêt, comme Daimler, devenu actionnaire de la start-up en 2018.

 

“Aujourd’hui, dans les voitures de nouvelles génération, un conducteur règle son GPS ou la climatisation sur son écran tactile, généralement situé au niveau du tableau de bord, avec la nécessité de quitter un moment la route des yeux. Avec notre technologie, il peut effectuer ces paramétrages à l’aveugle. Il lui suffit de toucher l’écran tactile du tableau de bord pour sentir, par exemple, une molette virtuelle se dessiner sous ses doigts. En l’effleurant, l’automobiliste sent les crans défiler. Une contre-réaction qui valide simultanément les gestes effectués”, explique le responsable. L’haptique pourrait également pénétrer le secteur aéronautique, pour transmettre des signaux d’alerte dans le cockpit. Mais aussi le marché des smartphones ou des jeux vidéos, en proposant aux joueurs de ressentir les textures des décors visionnés à l’écran... 

 

Reproduire les contours d’un bouton ou d’une texture particulière

Pour parvenir à ce résultat, la start-up s’appuie sur deux technologies brevetées : d’une part, des actionneurs piezo-électriques intégrés dans les écrans. De l’autre, des puces électroniques. “Les actionneurs piezo-electriques ont une propriété assez particulière : ils viennent se déformer sous l’effet d’un signal électrique et transmettre cette déformation - qui prend la forme d’un frottement - à la surface à laquelle ils sont accolés. En l'occurrence, l’écran tactile. C’est en modulant l’amplitude de ce signal électrique que l’on va pouvoir modifier en temps réel le frottement ressenti sous le doigt de l’utilisateur et reproduire ainsi les contours et le contact d’un bouton, d’une molette ou d’une texture particulière”, explique Cédrick Chappaz.

 

Les puces électroniques vont de leur côté permettre de piloter les actionneurs en les synchronisant à la position et la vitesse de déplacement du doigt sur l’écran, des informations récupérées par les capteurs des écrans. “Il s’agit de restituer de façon précise l’expérience haptique à laquelle l’utilisateur s’attend”, insiste le responsable. 

 

 

Une résolution supérieure au toucher humain

Pour atteindre un meilleur réalisme, la start-up a depuis peu développé une option multitouches. “Avant, tout le boîtier du smartphone vibrait. Aujourd’hui, si l’utilisateur pose simultanément plusieurs doigts sur diverses zones de l’écran, il recevra des retours haptiques différents correspondant à chacune d’elles, précise Cédrick Chappaz. Le tout avec une résolution supérieure au toucher humain. Nous pouvons distinguer 2 points distants d’un millimètre”. De quoi faciliter l’utilisation des claviers de smartphone, par exemple. A chaque touche pourrait être attachée une texture différente, faisant apparaître une séparation nette entre une lettre et la suivante. On ne taperait plus un A au lieu d’un Z. 

 

Une technologie intégrable à d’autres surfaces que l’écran

Aujourd’hui, la start-up propose déjà une centaine de retours haptiques différents. Le domaine de l’haptique n’étant pas standardisé, chaque fabricant doit configurer son application en choisissant l’effet qu’il souhaite et en le customisant. “On peut ainsi choisir si l’on préfère deux, trois crans ou plus sur le pourtour d’une molette virtuelle. Et opter pour une sensation intense ou plus douce”, explique le responsable. La solution peut également s’intégrer à d’autres surfaces que l’écran. “Bois, plastique ou métal. A partir du moment où nous pouvons détecter la position du doigt, l’information fondamentale, nous pouvons implémenter notre technologie dans presque n’importe quel produit”, détaille Hap2U qui présentait, au dernier CES de Las Vegas, un bureau en bois intégrant une zone tactile faisant office de trackpad. 

 

Vers l’haptique 3D

Reste à savoir si les utilisateurs sont prêts. “Pour le domaine de l’électroménager, où ces derniers restent très attachés aux boutons et interrupteurs, nous développons une technologie haptique en 3D pour ne pas les déboussoler, pointe Cédrick Chappaz. La technologie est toujours intégrée à une surface plane, comme le bandeau d’un four, sauf que l’on pourra venir y positionner des objets 3D passifs (de la forme d’un bouton par exemple). Quand je viendrai les toucher, ceux-ci répercuteront les retours haptiques délivrés sur la surface plane". De quoi assurer une transition en douceur.

 

Estampillée deep tech, la start-up, qui dispose déjà d’une vingtaine de brevets, se concentre aujourd’hui sur la R&D en partenariat avec des laboratoires et des industriels. Après une première levée de fonds de 4 millions d’euros auprès du géant allemand de l’automobile Daimler en 2018, elle en prépare une nouvelle pour 2020 afin d’accélérer sa croissance et pénétrer plus rapidement le marché.

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